• [^] # Re: Le HS de la conclusion

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Xz (liblzma) compromis. Évalué à 10.

    Quand le développeur d’un logiciel libre a la possibilité d’obtenir une rémunération de son travail je pense qu’il est rare celui qui la refuse.

    Ça ne marche malheureusement pas comme ça. Les gens doivent chercher la rémunération, personne ne vient la leur proposer, donc l’opportunité de refuser est quasiment nulle.

    Par exemple j’ai jamais reçu un seul don bien qu’il y ait 4 liens pour faire un don sur ma page github alors qu’y sont référencés plus de 3 à 4 fois plus de contributions que le mainteneur de xz suspecté d’avoir introduit la porte dérobée, dons la masse de travail a été suffisante pour devenir mainteneur et prendre le pouvoir sur le projet.

    Pourtant ces liens sont connus puisque j’ai déjà reçu des messages de gens que je ne connais pas qui m’ont dit ne pas comprendre comment des profils comme le mien ne reçoivent jamais rien (mais qui n’ont pas donné non-plus).

    C’est pourtant simple. Pour obtenir de l’argent il y a deux chemins :

    Il faut soit trouver des entreprises qui vont te payer pour ce que tu fais, mais sur des briques fondamentales ce n’est pas simple. Par exemple je gagne de l’argent en hébergeant et maintenant des instances AtoM (Access to Memory) pour des services d’archives et donc cela paie le travail que je pourrais faire autour, y compris l’écriture de scripts de migrations depuis d’autres logiciels (dont la publication n’a pas de sens car à usage unique, donc pas libre). Je vends aussi une expertise sur Samba, donc éventuellement si je contribue à Samba on peut dire que ce travail est indirectement payé par mon entreprise et donc par mes clients, mais c’est tout. Contribuer à un logiciel libre sur son temps de travail en étant salarié c’est la même chose. Vendre une application ou un service autour d’une application utilisée par un client directement est une chose. Vendre son travail sur une bibliothèque de compression c’est autre chose.

    Il faut soit trouver des particuliers et pour cela jouer les influenceurs Twitter 20 fois par jours tous les jours, éventuellement streamer son développement, développer une communauté de fans, ne présenter qu’un profil cool et jovial et éventuellement se retenir de donner son avis publiquement sur autre chose que l’objet du financement, se construire éventuellement un personnage, et susciter des dons de la part de sa fanbase.

    Jamais personne ne m’a proposé de l’argent pour une seule de mes contributions, de lui-même. J’ai du code dans Samba, dans Mesa, dans Linux, ou même dans LLVM, mais en fait ça ce sont mes contributions les plus mineures, le truc c’est que pour en arriver là il faut des besoins très spécifiques, et ça peut parfois cacher des mois de travail (C’est au moins vrai pour Samba, Mesa, LLVM). J’ai aussi investi le temps de traquer des bugs historiques et inexplicables et d’un niveau de recherche comparable à ce qui a été fait pour identifier la backdoor xz et probablement jamais corrigé, mais qui n’ont jamais mené à un commit signé par moi (Gstreamer incapable de faire du son temps réel alors que c’est sa mission première, d’où le nom, Le noyau Linux incapable d’utiliser des cartes PCI graphiques AMD si le processeur est AMD, ImageMagick ayant un bug qui inverse verticalement les images à la conversion entre certains formats, etc.). Il n’y a personne qui va payer pour corriger ces problèmes. La seule raison pour laquelle ces rapports d’incidents existent c’est que j’ai investi mon temps et mon argent pour les produire. Personne ne va payer pour ça. Certains diront et à juste titre que le temps que j’ai passé à investiguer et rapporter ces bugs « est déjà payé ». Mais ça ne m’a jamais fait manger.

    Parmi les rapports de bugs que j’ai pu faire (que je détaille souvent de manière à ce que la solution est déjà proposée) qui ont été corrigés, je crois que ma première contribution significative fut un rapport de bug montrant comment lorsqu’un même chipset pouvait gérer les mêmes disques SATA à la fois avec un pilote ata ou ahci, le pilote ata été chargé en premier empêchant le pilote ahci de se charger et donc rendant inaccessible les fonctions d’hotplug. En bref, on peut dire d’une certaine manière que des milliers de gens qui ont utilisé l’hotplug AHCI dans les années 2010 sous Linux peuvent me dire merci. Mais qui va payer pour ça ? Qui va me proposer de l’argent pour ça ?

    Ça pose une autre question : il faut payer les développeurs de logiciels libres, mais il faut aussi payer tous ceux qui sont autour, ceux qui identifient, investiguent et qui rapportent les bugs, etc. Le gars qui a identifié la porte dérobée, sera-t-il payé pour ça ? J’ai entendu dire qu’il travaillait chez Microsoft, peut-on dire que d’une certaine manière, nous devons la mise en échec de cette attaque à une sorte de mécénat indirect de Microsoft ?

    L’essentiel de mes contributions sur GitHub/GitLab sont des trucs que personne ne paient, le jeu Unvanquished, l’éditeur 3D NetRadiant. Pour ce dernier je suis celui qui maintient la seule branche suffisamment fonctionnelle de GtkGlExt pour macOS. Qui va payer pour ce travail ? Personne.

    Pour finir d’essayer d’expliquer ce que je veux dire : on choisit réellement le bénévolat quand l’activité concernée n’est pas créatrice de valeur économique

    On s’y résigne plutôt à le faire quand même gratuitement par dépit, parce qu’on en a besoin pour soi ou pour des gens qui comptent pour nous. Entre se résigner et choisir, il y a une différence tout de même. Se résigner à faire le travail bénévolement est tout de même un choix, mais c’est le choix de se résigner, pas le choix d’être bénévole.

    Or beaucoup de logiciels libres permettent à des personnes qui choisissent l’entreprenariat d’en retirer un revenu, parfois substantiel.

    C’est vrai, mais ça ne concerne que certains logiciels. Je pense qu’il serait très facile d’ajouter une option pour payer son application sur FlatHub, et ça marcherait peut-être (même si optionnel), je ne vois pas comment proposer à un utilisateur de payer les développeurs pour les milliers de dépendances que chaque utilisateur de Debian tire avec un apt-get dist-upgrade, c’est déjà plus simple d’envoyer de l’argent à Debian, mais ça ne paiera toujours pas le travail d’un développeur qui a soumis upstream un patch pour une bibliothèque linkée avec un exécutable utilisé pour dépaqueter le fond d’écran par défaut de ta distribution.

    On peut bien sûr être salarié (ou freelance) payé pour développer du logiciel libre mais ça implique une entreprise (plus globalement un client) et les places sont comptées, tout comme les développeurs en position de faire un tel choix.

    Les places sont très comptées en effet, et à la fois les développeurs et logiciels en position de faire l’objet d’un tel choix sont tout aussi comptées, tout à fait.

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