• [^] # Re: Scandaleux .... ou pas, moi, j'opte pour la 1ère option

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal La France crée un fichier des personnes trans. Évalué à 10. Dernière modification le 31 janvier 2024 à 11:55.

    Perso, j'ai moinsé pour plusieurs raisons. Primo, parce que le journal aurait pu être un lien. Ensuite, parce que la quadrature (qui a eu son lot de dérive par le passé sur la 5g, le burnout des salariés, le règlement intérieur qui interdit de dire du mal de l'assoce) continue à faire dans le sensationnaliste.

    Par exemple, citer une association de 2022 avec 5 antennes comme "des assoces", c'est du sensationnalisme. Sortir l'équivalent d'un micro trottoir twitter comme "ça va décourager des gens", c'est faire du sensationnalisme, surtout quand les raisons évoqués sont au mépris de toute logique car l'ANTS a déjà les infos (vu que c'est son boulot), tout comme la pref a les dossiers de naturalisations (vu que c'est la que tu envoies les papiers), et c'est justement ce qui est ciblé par le decret. Mais LQDN a fait le choix de dire "ça semble normal, mais en fait non, c'est une dérive autoritaire".

    Balayer d'un revers de main les gens qui vont pointer que "on est déjà fiché, on s'en fout", c'est n'importe quoi car dans ce cas la, c'est surtout "c'est déjà le status quo, annuler la loi ne va faire que compliquer l'administratif".

    Le raisonnement est aussi un peu claqué au sol. Il n'y a plus de fichiers sur l'orientation sexuelle depuis la dissolution de je ne sais plus quel fichier de la police des mœurs en 1980. Ça n’empêche pas les discriminations, cf l'article lui même, parce que les discriminations de nos jours ne sont pas dérivés d'un fichier (une discrimination d'état), mais de l'interaction avec des flics (et d'autres). Faire l'amalgame a un effet, trompeur, et faire appel à un imaginaire lié à la seconde guerre mondiale via l’holocauste et le recensement va paradoxalement masquer les raisons de la majorité des discriminations de nos jours. C'est assez contre productif que de décontextualiser tout dans un but politicien. C'est un petit peu comme évoquer la figure de Marc Dutroux dans le cadre de la pédophilie quand on sait que la majorité des cas se passent autrement (dans la famille, ou les proches), ou l'image du violeur dans un parking quand la majorité des viols sont fait par une personne proche.

    L'article de blog est aussi un poil approximatif. Il donne un lien vers le jugement que j'avais déjà pointé pour dire que ça tombe sous le coup de l'article 9 puis ensuite va faire le lien entre "changer de prénom" et "être trans", puis "être trans" et "informations médicales", puis "info médicale" et l'article 9, ce qui est globalement un assez grand écart (grand écart qui au passage va à l'encontre des revendications des communautés trans qui vont dire aussi que la transition n'implique pas forcément une médicalisation). Mais surtout, l'article ne pointe pas que parmi les exceptions, il y a l'article 9.2.g qui parle d’intérêt publique substantielle, qui s'appliquerait sans doute ici (malgré le fait que ça soit un point mal défini dans le RGPD si j'en crois la littérature sur le sujet).

    L'article 9 n'est pas le totem d'immunité que l'on croit. Par exemple, dans Drelon c. France, l'état français a été condamnée pour avoir mis la mention "homosexuel" dans un fichier du de l'EFS dans le cadre du don du sang. L'état a perdu non pas à cause de la mention, mais à cause de la durée de vie de l'info (grosso modo 300 ans). Le fichier du décret dont parle ce journal est limité à 6 ans, ce qui ne me semble pas dans le domaine de l'irraisonnable.

    Un autre point critiquable dans l'article, c'est son but qu'on voit en regardant ce qui pourrait être écrit, mais qui n'est pas écrit, comme "venez nous rejoindre contre ce fichier" ou "nous allons porter plainte". Ça pose la question du pourquoi, car l'assoce l'a fait assez rapidement pour le fichier d'avant ( SISPoPP ).

    Il y a aucun appel à l'action dans l'article de blog. Pas d'annonce sur ce que fait LQDN à part "c'est pas bien". pas d'appel à rejoindre LQDN pour partager des frais d'avocat, pas d'appel à l'action politique, rien.

    Donc pourquoi écrire ça, à part pour se faire de la pub ? Et si c'est le cas, on arrive à ce que je trouve le plus criticable, l'effet de ce genre d'articles approximatif, et son inscription dans un écosystème plus vaste d'influence sociale négative autour des droits des personnes trans. C'est moins le cas en France qu'ailleurs que je sache, mais je vois bien l'effet avec mes collègues US trans qui sont assez déprimés, en partie à cause de l'effet de doomscrolling constant venant de comptes d'influenceurs comme Alejandra Caraballo (esqueer sur les réseaux sociaux, mais attention, qui poste que la ou y a du monde comme X ou Insta) ou Erin Reed (qui est sur substack, malgré les polémiques) qui passent leur temps à poster des news négatives en partie pour faire de l'engagement.

    Donc en faisant un article à visée spécifiquement sensationnaliste, ça rajoute à la négativité globale, et c'est franchement dommageable, surtout quand ça ne débouche sur rien d'autre.

    De l'article même, le fait de savoir ce que fichier existe (alors que l'info est déjà la et enregistré par la nature même de la bureaucratie en place) a découragé des transitions.

    Donc à quel moment est ce que quelqu'un s'est dit "je vais foutre une news sensationnaliste pour déprimer une population qui est déjà plus dépressive que la moyenne" suivi de "ça me semble une bonne idée, aucun effet de bord, let's go !".

    Perso, j'ai du mal à inscrire comme une démarche de soutien, et plus comme une récup, et je trouve ça un peu naze.