• [^] # Re: Puritanisme

    Posté par . En réponse au journal Pornocriminalité : voici comment on finit par vouloir filtrer. Évalué à 3.

    Je ne comprends pas l'argument (mais j'ai l'impression que tu n'as pas d'enfants, ou alors seulement tout petits, je me trompe?).

    Par exemple, on peut apprendre aux enfants à traverser la route, à regarder des deux côtés, à attendre le petit bonhomme vert, etc. Est-ce une raison pour ne pas aménager la route nationale qui passe devant l'école? Même les bons citoyens respectables ont des accidents, et limiter les accidents passe toujours par plusieurs actions.

    La censure administrative des sites qui ne respectent pas les lois en matière de diffusion du porno, c'est complémentaire au contrôle parental. Il n'y a aucune raison de mettre les deux en opposition, c'est même le contraire en fait.

    Pour poursuivre sur mon analogie, ton argument, c'est que ça n'est pas grave de laisser les buralistes vendre des clopes aux mineurs, parce que c'est le rôle des parents de les éduquer. Ça me donne un peu l'impression que tu ne sais pas ce qu'est un adolescent, ni un parent d'ailleurs.

    Par ailleurs, il est impossible de faire reposer un système de prévention sur l'hypothèse que tous les acteurs suivent les règles. Si dans une classe, un seul gamin n'a pas le contrôle parental sur son smartphone (ou a réussi à le contourner), tu peux être certain que tous les copains auront un accès assez confortable au téléphone en question. Déja qu'il est impossible de contrôler ce que fait un ado, espérer contrôler qui il fréquente et que font les parents des copains qu'il fréquente, c'est du fantasme. C'est bien à la société dans son ensemble de faire en sorte que la sécurité de tous est garantie malgré la défaillance de certains acteurs.

    Et puis, ça veut dire quoi, éduquer ses gamins? Leur expliquer que le porno c'est mal, que si un copain leur montre une vidéo ils doivent détourner les yeux en faisant le signe de croix? Ou alors partir du principe qu'ils y seront confrontés un jour et de leur fournir toi-même des liens "de qualité" (hyper-glauque, en plus d'être susceptible de t'envoyer en taule).

    On pourrait discuter pendant des mois, mais j'ai l'impression qu'on n'avance pas. Tu bases tes arguments sur un raisonnement déontologique: toute forme de censure est inacceptable. Tu es alors confronté aux conséquences de tout argument déontologique: il conduit à des paradoxes, puisque son application stricte a des conséquences moralement indéfendables (tu refuses de mentir, donc tu vas dire à la Gestapo que ton voisin héberge des Juifs, tu refuses la censure donc tu acceptes que les ados, filles ou garçons, pensent qu'insérer plusieurs pénis dans une femme qui pleure est une forme de sexualité normale, etc). En fait, je pense que tu es conscient que non, ces situations ne sont pas moralement défendables, et tu cherches donc des arguments (que je trouve absurdes, personnellement) pour les rendre supportables: c'est parce que les parents n'ont pas installé le bon logiciel, ou laissent des adolescents partager le quotidien d'autres ados peu recommandables (après tout, ils n'ont qu'à mettre leurs gosses dans le privé ou leur payer un précepteur); rien ne prouve que les adolescentes Thailandaises ne sont pas consentantes pour se faire couvrir de semence, c'est un droit fondamental de pouvoir visionner des vidéos de femmes humiliées sexuellement, si tous les pays du monde appliquaient la loi française sur les tournages ça n'existerait pas, etc. Mais non en fait, tout cet échafaudage d'argument douteux n'est là que pour justifier une position déontologique sur la censure.

    L'alternative est pourtant claire, à mon avis. Soit tu restes sur une posture déontologique, et tu acceptes les conséquences (comme on est bien obligés d'accepter les conséquences de la gravité—les chutes, et parfois le décès par écrabouillage quand la hauteur de chute est trop grande --; ou comme les ultra-libéraux acceptent les conséquences inévitables du capitalisme, par exemple, une sorte de mal nécessaire), soit tu changes de posture et tu considères qu'une certaine forme de censure est acceptable. Mais je ne comprends pas trop où tu veux en venir en essayant de montrer qu'une approche déontologique serait aussi la meilleure du point de vue de ses conséquences (à ma connaissance, les philosophes ont toujours renoncé à ça, parce qu'il faudrait forcément invoquer une forme de magie ou de superstition qui implique le meilleur des mondes possibles).