• [^] # Re: Problème de méthodologie

    Posté par . En réponse au lien Éducation : voici pourquoi les "données probantes" ne disent pas tout. Évalué à 5. Dernière modification le 25 août 2023 à 15:54.

    J'ai l'impression qu'on parle quand même de choses qui sont très différentes. La recherche en sciences de l'éducation, c'est un domaine des sciences humaines, qui cherche à comprendre l'influence des différentes méthodes d'enseignement sur les élèves, à court terme (par exemple sur la note qu'ils auront au contrôle), à long terme (par exemple sur les scores d'alphabétisation), et sur la société (niveau de vie, emploi, criminalité, etc).

    Je ne connais rien au sujet, mais les sciences de l'éducation, c'est un domaine dominé par les courants dogmatiques. Différentes philosophies de l'enseignement sont apparues pour coller à différents courants religieux, politiques, ou pseudo-scientifiques (comme la psychanalyse); puis à différents mouvements ou tendances de la société (avant/après Mai 1968, typiquement). Les changements de ministres sont souvent associés à des innovations drastiques, soufflées par des conseillers douteux, à qui ont doit par exemple les maths modernes ou la méthode globale. Par dessus, en France, tu as des "innovations" qui viennent des ministères et des écoles supérieures de formation (IUFM, puis ESPE), qu'on peut sans trop exagérer assimiler à un mouvement pseudoscienfique (c'est eux qui inventent le fameux jargon ridicule), et dont les réformes successives ont pour principal objectif de diminuer leur pouvoir de nuisance.

    Tout ça pour dire qu'il faut bien se rendre compte que quasiment rien dans les programmes scolaires ou la formation des enseignants n'a de base scientifique, et c'est aussi vrai dans la plupart des domaines liés (typiquement, la formation professionnelle). Une des raisons, c'est que les multiples "pédagogues" issus d'une école de pensée ou d'une autre ne souhaite absolument pas que les méthodes qu'ils proposent soient testées. La raison, c'est juste que la méthode est basée sur des considérations idéologiques (souvent avec de bonnes intentions), et que la pédagogie n'est qu'une excuse.

    Par exemple, les défenseurs des méthodes fondées sur la "bienveillance" (absence de sanctions en cas d'échec ou de non-respect des règles) prétendent qu'on apprend mieux dans ce genre de contexte. Il faut bien avoir conscience qu'ils se moquent complètement que cette dernière phrase est vraie ou fausse, et ne souhaitent absolument pas que cette affirmation soit testée. L'augmentation du niveau d'étude au recrutement (master au lieu de licence) est fondée sur l'argument de la qualité de l'enseignement, mais c'est évidemment sans rapport avec la question (qui tourne plutôt autour des effectifs universitaires, des durées des carrières, de la revalorisation des grilles de salaires, etc). Je ne vais pas faire une liste avec des centaines d'exemples, mais tout est comme ça : l'introduction d'outils numériques, les devoirs à la maison, l'évaluation, les classes de niveau, etc etc; tout ça n'est que du dogme politique.

    Du coup, il faut lire entre les lignes. Quand un professionnel de la pédagogie dit "Les sciences de l'éducation sont trop complexes pour être approchées par les méthodes réductionnistes issues de la pensée positiviste", il veut en faire dire "il est hors de question que mes convictions dans le domaine puissent être remises en cause sur des bases rationnelles".

    Regarde ce qu'il écrit: Le discours sur les données probantes est souvent très exclusif. Certains auteurs proposent même une hiérarchie formelle des approches méthodologiques et de la robustesse des « preuves » en recherche. Ah bah oui mon gars, c'est un peu ça l'idée de la recherche scientifique, en fait. Si tu as sorti tes méthodes pédagogiques de ton fondement et que tu te refuses à les évaluer de manière contradictoire, c'est que tu fais un peu de la m***, en fait. Seuls les charlatans tiennent ce genre de discours.

    Ça me fait un peu penser à la chroniqueuse que France Inter a eu l'idée saugrenue de mettre à l'antenne cet été; elle milite pour plus de dialogue entre la médecine et la psychanalyse. Il y a un côté "Je rêve d'un monde où les Juifs et les Nazis pourraient discuter paisiblement."