Vu la quantité effrayante de conneries que j'ai lues dans cette discussion avant même l'intervention du toutou de RMS (qui ne tardera probablement pas), je pense qu'il est de bon aloi de préciser quelques petits trucs.
Ce n'est pas de l'intégrisme que d'exclure les documents sous GFDL, c'est du simple bon sens. Cette licence a été écrite par des ânes, et avec des objectifs qui vont à l'encontre de l'esprit et de l'intérêt du logiciel libre. S'il n'y avait pas écrit GNU dessus, elle aurait été balancée à la poubelle à la première lecture.
Tout d'abord, une précision pour Debian : la documentation dans Debian est considérée comme du software. Software, pour être plus précis, est, dans le cadre du contrat social, l'intégralité des choses qui peuvent être distribuées sur les CD et les miroirs, et pas seulement les logiciels. Bruce Perens a précisé les choses de façon très claire, et le contrat social lui-même ne laisse que peu d'ambiguïté : Debian will remain 100 % free software. Il n'est pas écrit Software in Debian will remain 100 % free. Même la bible (qui est incluse) doit être considérée, dans sa version électronique, comme du software.
De leur côté, les DFSG ont été écrites en ayant à l'esprit une applicabilité à tout type de software. Si on voulait écrire des règles pour la documentation, il n'y a aucune raison qu'elles en diffèrent d'un seul mot. Ce qui m'amène au point suivant : aucune définition saine de logiciel libre ou de documentation libre ne peut permettre de considérer la GFDL comme libre. Et dans tous les cas, Debian applique les DFSG, qui ont toutes les raisons d'être valables et appliquées aux documentations GNU.
Pourquoi donc la GFDL n'est-elle pas libre, me demanderez-vous donc si vous n'avez pas suivi la discussion. Pour vous expliquer les points les plus litigieux sur lesquels j'ai quelques connaissances, je vais procéder par comparaison avec la GPL, qui est un modèle de licence libre et au copyleft efficace.
1. Les copies transparentes : alors que la GPL définit très simplement le format sous lequel la source doit être distribuée comme étant celui sous lequel se font les modifications, la GFDL impose que ce format soit fait pour être utilisé par un éditeur de texte. Je sais que la promotion de Docbook est quelque chose d'important, mais je ne vois aucune raison d'imposer ça dans une licence. Et de toute façon ce n'est pas libre, car c'est une discrimination du champ d'applicabilité (DFSG 6). La GPL n'empêche pas de prendre un programme C, de le coller dans OpenOffice et de rajouter des commentaires autour pour faire une documentation. La GFDL l'empêche.
2. La clause anti-DMCA. Peut-être le seul point susceptible d'être corrigé par la FSF, car RMS a dit qu'il allait demander à ses avocats de jeter un coup d'il. La GPL interdit d'imposer des restrictions supplémentaires sur l'accessibilité et la modifiablité des sources, ce qui oblige à les fournir, ne serait-ce qu'en option, sur un médium où elles sont accessibles sans contraintes techniques. Si elles sont fournies sur un médium chiffré et utilisant le DRM, c'est une violation de la licence. La GFDL possède une clause similaire, mais très mal tournée : il est interdit d'imposer des restrictions techniques à l'accessibilité d'une copie qu'on fait. Par exemple, il est interdit de la mettre sur un médium chiffré. Ou de la mettre en permissions 0600. Ou de la mettre sur une portion nécessitant un login sur un site web. D'une certaine façon, elle contrevient au test du dissident chinois, à l'origine conçu pour éviter les licences du style "les versions modifiées doivent être communiquées à l'auteur". Et bien que RMS aie manifesté un minimum de bonne volonté sur cette clause, elle est loin d'être résolue et il est exclu de considérer comme libres les documents sous GFDL en attendant.
3. Les sections invariantes. Probablement le point sur lequel on a vu débiter le plus de stupidités à la minute, compte tenu du fait que les intégristes de la FSF défendent bec et ongles cette facilité qui leur est faite de propager leurs textes politiques. Bien qu'en option, les sections invariantes sont utilisées dans tous les manuels GNU, et sont censées être sans rapport avec le propos affiché du manuel, et elles contiennent en général la propagande de la FSF. Déjà, ça impose des restrictions sur le propos du manuel, vu que s'il change, les sections invariantes peuvent devenir à propos, adieu la DFSG 6. Et puis n'escomptez pas faire autre chose qu'un manuel, d'ailleurs. Vous voulez une reference card de 2 pages ? Il faut reproduire les 20 pages de sections invariantes. Inclure quelques sections de 3 manuels GNU dans un bouquin ? Bin on cumule les sections invariantes des 3. Traduire le manuel ? Que pouic. La DFSG 6 s'est suicidée depuis longtemps. Et puis aussi la DFSG 3, vu qu'il est impossible de les modifier, même pour corriger l'orthographe.
Ah, mais je vois d'ici Kilobug arriver avec ses grands sabots et sa dévotion pour RMS, pour nous expliquer que la GPL aussi a une section invariante : la licence elle-même. C'est bien entendu archi-faux : la GPL est le copyright du logiciel, et il faut que le copyright soit invariant. Rien n'impose pour autant la moindre invariance dans le code du logiciel, et la GPL ne s'affiche pas au démarrage. Si on considère une documentation sous GPL (que je ne saurais trop vous conseiller d'utiliser pour la documentation d'un logiciel GPL), la GPL n'est pas incluse au texte de la documentation, elle doit juste y être jointe. Bref, il n'y a pas la moindre restriction sur ce que je peux modifier dans un logiciel ou une documentation GPL. C'est le principe du logiciel libre.
On peut ajouter à ça que grâce aux sections invariantes, la GFDL n'est pas un vrai copyleft. Je peux faire une version modifiée d'un document GFDL, en incluant une section invariante que personne n'aura le droit de modifier sur un sujet suffisamment pourri pour que personne n'ait envie de la distribuer. Autant utiliser la licence BSD, c'est moins hypocrite.
# Visiblement il faut des présisions.
Posté par Jar Jar Binks . En réponse à la dépêche La GNU Free Documentation License et Debian. Évalué à 10.
Ce n'est pas de l'intégrisme que d'exclure les documents sous GFDL, c'est du simple bon sens. Cette licence a été écrite par des ânes, et avec des objectifs qui vont à l'encontre de l'esprit et de l'intérêt du logiciel libre. S'il n'y avait pas écrit GNU dessus, elle aurait été balancée à la poubelle à la première lecture.
Tout d'abord, une précision pour Debian : la documentation dans Debian est considérée comme du software. Software, pour être plus précis, est, dans le cadre du contrat social, l'intégralité des choses qui peuvent être distribuées sur les CD et les miroirs, et pas seulement les logiciels. Bruce Perens a précisé les choses de façon très claire, et le contrat social lui-même ne laisse que peu d'ambiguïté : Debian will remain 100 % free software. Il n'est pas écrit Software in Debian will remain 100 % free. Même la bible (qui est incluse) doit être considérée, dans sa version électronique, comme du software.
De leur côté, les DFSG ont été écrites en ayant à l'esprit une applicabilité à tout type de software. Si on voulait écrire des règles pour la documentation, il n'y a aucune raison qu'elles en diffèrent d'un seul mot. Ce qui m'amène au point suivant : aucune définition saine de logiciel libre ou de documentation libre ne peut permettre de considérer la GFDL comme libre. Et dans tous les cas, Debian applique les DFSG, qui ont toutes les raisons d'être valables et appliquées aux documentations GNU.
Pourquoi donc la GFDL n'est-elle pas libre, me demanderez-vous donc si vous n'avez pas suivi la discussion. Pour vous expliquer les points les plus litigieux sur lesquels j'ai quelques connaissances, je vais procéder par comparaison avec la GPL, qui est un modèle de licence libre et au copyleft efficace.
1. Les copies transparentes : alors que la GPL définit très simplement le format sous lequel la source doit être distribuée comme étant celui sous lequel se font les modifications, la GFDL impose que ce format soit fait pour être utilisé par un éditeur de texte. Je sais que la promotion de Docbook est quelque chose d'important, mais je ne vois aucune raison d'imposer ça dans une licence. Et de toute façon ce n'est pas libre, car c'est une discrimination du champ d'applicabilité (DFSG 6). La GPL n'empêche pas de prendre un programme C, de le coller dans OpenOffice et de rajouter des commentaires autour pour faire une documentation. La GFDL l'empêche.
2. La clause anti-DMCA. Peut-être le seul point susceptible d'être corrigé par la FSF, car RMS a dit qu'il allait demander à ses avocats de jeter un coup d'il. La GPL interdit d'imposer des restrictions supplémentaires sur l'accessibilité et la modifiablité des sources, ce qui oblige à les fournir, ne serait-ce qu'en option, sur un médium où elles sont accessibles sans contraintes techniques. Si elles sont fournies sur un médium chiffré et utilisant le DRM, c'est une violation de la licence. La GFDL possède une clause similaire, mais très mal tournée : il est interdit d'imposer des restrictions techniques à l'accessibilité d'une copie qu'on fait. Par exemple, il est interdit de la mettre sur un médium chiffré. Ou de la mettre en permissions 0600. Ou de la mettre sur une portion nécessitant un login sur un site web. D'une certaine façon, elle contrevient au test du dissident chinois, à l'origine conçu pour éviter les licences du style "les versions modifiées doivent être communiquées à l'auteur". Et bien que RMS aie manifesté un minimum de bonne volonté sur cette clause, elle est loin d'être résolue et il est exclu de considérer comme libres les documents sous GFDL en attendant.
3. Les sections invariantes. Probablement le point sur lequel on a vu débiter le plus de stupidités à la minute, compte tenu du fait que les intégristes de la FSF défendent bec et ongles cette facilité qui leur est faite de propager leurs textes politiques. Bien qu'en option, les sections invariantes sont utilisées dans tous les manuels GNU, et sont censées être sans rapport avec le propos affiché du manuel, et elles contiennent en général la propagande de la FSF. Déjà, ça impose des restrictions sur le propos du manuel, vu que s'il change, les sections invariantes peuvent devenir à propos, adieu la DFSG 6. Et puis n'escomptez pas faire autre chose qu'un manuel, d'ailleurs. Vous voulez une reference card de 2 pages ? Il faut reproduire les 20 pages de sections invariantes. Inclure quelques sections de 3 manuels GNU dans un bouquin ? Bin on cumule les sections invariantes des 3. Traduire le manuel ? Que pouic. La DFSG 6 s'est suicidée depuis longtemps. Et puis aussi la DFSG 3, vu qu'il est impossible de les modifier, même pour corriger l'orthographe.
Ah, mais je vois d'ici Kilobug arriver avec ses grands sabots et sa dévotion pour RMS, pour nous expliquer que la GPL aussi a une section invariante : la licence elle-même. C'est bien entendu archi-faux : la GPL est le copyright du logiciel, et il faut que le copyright soit invariant. Rien n'impose pour autant la moindre invariance dans le code du logiciel, et la GPL ne s'affiche pas au démarrage. Si on considère une documentation sous GPL (que je ne saurais trop vous conseiller d'utiliser pour la documentation d'un logiciel GPL), la GPL n'est pas incluse au texte de la documentation, elle doit juste y être jointe. Bref, il n'y a pas la moindre restriction sur ce que je peux modifier dans un logiciel ou une documentation GPL. C'est le principe du logiciel libre.
On peut ajouter à ça que grâce aux sections invariantes, la GFDL n'est pas un vrai copyleft. Je peux faire une version modifiée d'un document GFDL, en incluant une section invariante que personne n'aura le droit de modifier sur un sujet suffisamment pourri pour que personne n'ait envie de la distribuer. Autant utiliser la licence BSD, c'est moins hypocrite.