• [^] # Re: Tirs mortels

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Tirs mortels en France: un problème systémique (vidéo, 3min). Évalué à 6. Dernière modification le 30 juin 2023 à 11:33.

    Oui, je suis globalement d'accord avec ec que tu écris

    Je reposte ici un échange que j'ai eu avec un ami qui rejoint ton propos il me semble :

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    J'ai essayé de réfléchir à ce qui se joue, c'est tellement sidérant dans un premier temps, et perturbant dans un second temps, ce qui est montré sur la vidéo où le policier abat froidement et méthodiquement un jeune non armé.

    1°) La réalité des actes posés
    Si on fait l'effort d’écarter nos mécanismes inconscients de rationalisation qui sont là pour nous rassurer (police=légitime + stigmate de la victime : il l'a forcément cherché) et d'être honnêtes avec nous-mêmes, ce que montre la vidéo c'est exactement ce que montre le film Dredd de 2013 : la peine de mort ambulante appliquée en cas de refus d'obtempérer, dans le film par un juge armé, ici par un policier armé. Faut quand même prendre le temps de comprendre ce que ça signifie, ce n'est pas tout à fait un détail. Rappelons que le juge Dredd agit conformément à la loi dans une société parfaitement légaliste [1]

    2°) Ce que dit la loi : l'article 435-1 du code de la sécurité intérieure
    "Dans l'exercice de leurs fonctions et revêtus de leur uniforme ou des insignes extérieurs et apparents de leur qualité, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale peuvent [...] faire usage de leurs armes en cas d'absolue nécessité et de manière strictement proportionnée :
    [...] 4° Lorsqu'ils ne peuvent immobiliser, autrement que par l'usage des armes, des véhicules, embarcations ou autres moyens de transport, dont les conducteurs n'obtempèrent pas à l'ordre d'arrêt et dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d'autrui ; [...]

    On comprend qu'il y a deux gardes-fous tout de même dans la loi : "en cas d'absolue nécessité et de manière strictement proportionnée" et "dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d'autrui"

    Je pense que la deuxième condition gagnerait certainement à être précisée, on peut laisser une vague supposition hypothétique la valider.

    Mais la question soulevée, il me semble, comme d'habitude, est celle-ci : qu'est-ce qui fait que de manière non marginale des policiers se sentent autorisés à agir de la sorte ?
    Il faut interroger ce qui déconne dans le système au delà des personnes.
    Par exemple il faudrait questionner :
    - culture viriliste partagée chez les pompiers (voir les cas de viols en tournante entre collègues) et les policiers.
    - discriminations selon la race, l'âge, le sexe et la classe sociale (racisme, âgisme, sexisme, classisme) répandu dans la société mais beaucoup plus parmi les policiers. Ici il s'agissait d'un jeune homme Nord-Africain de 17 ans : à voir si c'est une corrélation ou une causalité.
    - Le système de sanction des policiers est-il efficace (dissuasif) ?
    - L'exemplarité est-elle une priorité des hiérarchies (gouvernements inclus) ? etc.
    - La formation et le recrutement
    etc.

    [1] ce que Emmanuel Todd avait déjà souligné dans « Après la démocratie » (2008) au sujet du régime nazi d'Hitler qui était extrêmement légaliste, chaque ordre étant écrit et respectant les procédures et les hiérarchies légales. La loi est nécessaire mais non suffisante à protéger les libertés fondamentales.

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    Je remarque en me lisant que j'ai employé une périphrase pour le terme "exécution" qui ne m'est même pas venu à la conscience tellement j'ai du mal à réaliser/qualifier ce qui s'est passé et que mon cerveau évacue aussitôt.