• [^] # Re: Ah bon ?

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien « 95% des projets NFT ne valent plus rien » : après l’emballement, la désillusion. Évalué à 3. Dernière modification le 07 juin 2023 à 11:41.

    Disons que ça a la valeur que les gens veulent bien lui accorder. 🤷

    Hormis cela, techniquement le truc entier repose sur une incompréhension totale du droit (droit d'auteur comme droit de propriété). En effet la valeur de la Joconde est essentiellement matérielle. L'image de la Joconde est depuis longtemps dans le domaine public. Il y a bien sûr des tentatives de recréer un nouveau droit d'auteur en se basant sur celui du "copieur", à savoir par exemple le photographe qui aurait pris une photo de la Joconde pour des cartes postales et qui donc interdirait aux gens de copier la carte postale sur base du droit d'auteur du photographe (et non du peintre d'origine puisque son droit patrimonial est terminé). Cela va en fait à l'encontre de l'interprétation actuelle des juges qui estiment qu'une œuvre sans originalité artistique n'est pas sujette à droit d'auteur (or c'est bien ce qu'on attend d'une reproduction "à l'identique", telle qu'une carte postale d'une œuvre d'art existante: on n'attend pas que le photographe y ajoute sa "touche personnelle") mais bon... ça n'empêche pas les nombreux musées ou photographes avides d'essayer d'ajouter leur droits d'auteurs.
    Mais ce qui a de la valeur, c'est bien uniquement le tableau physique maintenant (sans rentrer dans la discussion plus bas si c'est uniquement du fétichisme ou bien de la spéculation ou autre moyen de faire de l'évasion fiscale...).

    Quoiqu'il en soit, les NFTs reposent entièrement sur du vent et ont toujours reposé sur du vent. Il n'y a pas besoin de signature "blockchain" pour du droit d'auteur (et inversement, un NFT ne se substitue pas à un contrat de cession de droits d'auteur qui est un document qui se doit de contenir un certain nombre d'informations sur l'usage attendu pour la cession de l'œuvre; notamment le quand, où, comment...); et il n'y a rien de physique, aucune propriété à laquelle prétendre sur quelques bits de données (qui ne sont d'ailleurs en général même pas les données d'une image mais plutôt un lien vers un serveur quelconque qui peut disparaître à tout moment de ce que j'ai lu; mais même si le fichier entier de l'image était contenue dans le NFT, ce serait bidon). En gros, le truc entier ne se base sur aucun aspect légal d'aucun code (en tous cas pas en droit français et probablement d'aucun droit national autre non plus). C'est une arnaque du début à la fin, qui a visé des esprits peu critiques en recherche d'argent facile (ce qui est le cas de beaucoup d'arnaques d'ailleurs, qui sont souvent des prédations sur la base de la cupidité des proies).

    En tous cas, rien à voir effectivement avec les crypto-currency, que je ne soutiens pas pour autant (loin de là! J'ai toujours trouvé bitcoin "cassé" par design; je me souviens de discussions que j'avais sur le sujet, il y a 10 ans ou plus et je ne comprenais déjà pas comment certains ne voyaient pas les problèmes techniques évidents), et qui sont effectivement devenus de purs objets spéculatifs de nos jours. Néanmoins il paraît évident qu'une majorité des usagers initiaux ne le voyaient pas, et même s'imaginaient bitcoin comme un énième système de "micro-échanges financiers". Je doute que même le(s) auteur(s) originaux (le fameux "Satoshi") s'imaginaient que cela exploserait ainsi.

    Aussi j'ai du mal à avoir beaucoup d'empathie pour les gens extorqués, parce qu'on voit bien que beaucoup de ceux-ci, s'ils n'avaient pas été du côté des arnaqués, ils auraient été du côté des arnaqueurs, et seraient alors tout à fait OK avec cela et encore en faveur des NFTs de nos jours. On le ressent vraiment bien dans cet article de Numerama qui montre bien que ces gens étaient surtout en quête d'argent facile (c'est dit explicitement plusieurs fois dans l'article, avec diverses tournures, mais toutes ayant pour sens de se faire de l'argent rapidement sans labeur, et surtout sans se poser la question "sur le dos de qui?"), les yeux brillants de 1000 paillettes en voyant comment d'autres s'étaient enrichis avant eux. La différence est que certains s'en sont vraiment bien sortis (multiplication de l'investissement par quelques milliers apparemment! C'est énorme) alors que d'autres ont tout perdu. Et c'est en gros la seule différence, les premiers étant encore totalement prêts à défendre l'arnaque quand les autres vont maintenant la dénoncer.

    En fait, je trouve cela juste triste.

    Et donc pour revenir à l'exemple (hypothétique?) cité de "premier sprite de Mario" en NFT. Pour qu'il ait la moindre valeur, déjà il faut que ce soit l'auteur qui fasse le NFT. Ensuite même si c'était le cas... ben ça n'en reste pas moins du vent. Ce n'est pas une cession de droits d'auteurs (ainsi acheter ce NFT ne donne aucun droit d'usage de ce sprite!). D'ailleurs ça n'empêcherait pas Nintendo de continuer à utiliser ce sprite. Ni de faire des contrats de cessions avec d'autres gens. Voire de regénérer de nouveaux NFTs sur le même sprite. En gros, ce serait une belle manne pour les entreprises (et apparemment certaines l'ont compris vite, comme l'article en cite quelques unes qui se sont engouffrées dans cette mode et ont dû faire quelques jolis sousous le temps que ça a duré).

    Donc ça a peut-être de la valeur pour certains parce qu'ils sont naïfs (et c'est eux qui se feront escroquer), mais absolument pas de manière absolu, puisque ça n'a absolument aucune base légale. Ou pour être plus précis, ça en a à peu près autant que si je vendais des bouteilles dans lesquelles des gens célèbres auraient soufflé avant que je pose un bouchon (je vends du "vent" quoi 🤣). C'est probablement(?) pas illégal de vendre cela si certains veulent y mettre une valeur quelconque. Mais il n'y a aucune valeur intrinsèque.

    Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]