C’est vrai pour des débats d’idée, comme tout ce qui touche à la politique.
Par contre, la recherche scientifique n’est pas un débat de points de vue. C’est un processus très différent, un échange d’arguments étayés et construits, dans le but d’arriver à un consensus scientifique. Ce consensus n’est pas toujours atteint, et ce consensus évolue – c’est même très fréquent. Mais cette évolution n’est jamais le fruit de différents points de vue : c’est le fruit de mesures, d’expériences, de vérifications, de contre-vérifications, de modèles étayés qui arrivent à expliquer les phénomènes observés et à faire des prédictions.
La confusion est fréquente dans le grand public, pour deux raisons principales :
L’absence quasi-totale de formation scientifique des journalistes, qui ont été entièrement formés au débat d’idée, dans lesquels chaque parole a le même poids. Ça donne ces articles et émissions lunaires dans lesquels on va opposer un scientifique et un charlatan sur un thème qui fait consensus « parce que la diversité des opinions ».
Le vocabulaire spécifique à la recherche scientifique, avec des mots qui sont utilisés dans la vie de tous les jours mais pas dans le même sens. En particulier, le mot « théorie » : une « théorie scientifique » n’est pas du tout quelque chose d’hypothétique et hasardeux, mais au contraire la forme la plus solide de modèle scientifique qui existe, qui fait consensus et qui est très bien étayée.
D’autre part, dans le monde de la recherche (et du débat sain en général...) la charge de la preuve est pour la personne qui émet ses idées. Si je prétends que A, je dois aussi apporter les éléments qui soutiennent que, effectivement, A. La parole d’une personne qui prétendrait que « A, c’est évident » sans rien prouver (ou pire en exigeant de ses interlocuteurs de prouver que non-A) n’a aucune valeur et devrait être ignorée tant qu’elle n’apporte pas d’éléments pour étayer A. Reste ensuite à analyser ces éléments probants et déterminer leur valeur, là aussi on a des procédures efficaces et documentées. Les éléments clés sont la possibilité de reproduire les mesures et expériences (ce qui est plus compliqué qu’on pourrait le croire) et la concordance réelle des observations avec le modèle proposé (cf la valeur p, entre autres).
Le principal défaut de tout ça ?
C’est que c’est compliqué. À une question, la science va produire le plus souvent des réponses nuancées, complexes, non définitives et plein de questions annexes. C’est ce qui la rends passionnantes, mais aussi très incompatible avec le désir d’une Vérité simple et binaire, qui permet d’avoir des certitudes confortables.
[^] # Re: Les sociétés savantes du secteur n'approuvent pas
Posté par SpaceFox (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Vraiment toujours pas convaincu par l'Hydroxychloroquine ?. Évalué à 10.
C’est vrai pour des débats d’idée, comme tout ce qui touche à la politique.
Par contre, la recherche scientifique n’est pas un débat de points de vue. C’est un processus très différent, un échange d’arguments étayés et construits, dans le but d’arriver à un consensus scientifique. Ce consensus n’est pas toujours atteint, et ce consensus évolue – c’est même très fréquent. Mais cette évolution n’est jamais le fruit de différents points de vue : c’est le fruit de mesures, d’expériences, de vérifications, de contre-vérifications, de modèles étayés qui arrivent à expliquer les phénomènes observés et à faire des prédictions.
La confusion est fréquente dans le grand public, pour deux raisons principales :
D’autre part, dans le monde de la recherche (et du débat sain en général...) la charge de la preuve est pour la personne qui émet ses idées. Si je prétends que A, je dois aussi apporter les éléments qui soutiennent que, effectivement, A. La parole d’une personne qui prétendrait que « A, c’est évident » sans rien prouver (ou pire en exigeant de ses interlocuteurs de prouver que non-A) n’a aucune valeur et devrait être ignorée tant qu’elle n’apporte pas d’éléments pour étayer A. Reste ensuite à analyser ces éléments probants et déterminer leur valeur, là aussi on a des procédures efficaces et documentées. Les éléments clés sont la possibilité de reproduire les mesures et expériences (ce qui est plus compliqué qu’on pourrait le croire) et la concordance réelle des observations avec le modèle proposé (cf la valeur p, entre autres).
Le principal défaut de tout ça ?
C’est que c’est compliqué. À une question, la science va produire le plus souvent des réponses nuancées, complexes, non définitives et plein de questions annexes. C’est ce qui la rends passionnantes, mais aussi très incompatible avec le désir d’une Vérité simple et binaire, qui permet d’avoir des certitudes confortables.
La connaissance libre : https://zestedesavoir.com