Dans cette présentation (je ne sais comment le nommer, mais ça ressemble à un « powerpoint » avec plus d’intéractivité), j’y retrouve toute la propagande des vendeurs de tablette et des fournisseurs de contenu.
Je m’explique. Ici écran désigne ce que les marketeux appellent un « display », comme dans la phrase « ce jeu est disponible sur tous les displays », ce qui signifie : ce jeu est disponible sur téléphone, tablette, PC, Xbox, PlayStation, etc. Tous ces objets ne sont pas des outils de travail mais des afficheurs de contenu, musique, film, livre, au mieux des jeux si interactif. La relation est à sens unique, fournisseur vers client. Le display est une télévision (parfois avec un bonus interactif), pas un ordinateur (pas même un ordinateur bridé). Quand bien même une télévision interactive serait équivalente à un ordinateur bridé, ce qui compte c’est que ce soit d’abord une télévision.
Ce genre de discours va de paire avec les projets de loi régulièrement présentés qui exigeraient par exemple aux citoyens de décliner leur identité pour tout et n’importe quoi, afin de ne jamais poser d’obstacle à l’économie des vendeurs de « display » et celle des plateformes de distributions de « contenus ». Le même élu va pouvoir faire acheter des tablettes avec l’argent public pour les distribuer aux enfants du territoire, et confier aux plate-formes de distribution de contenus une fonction régalienne de contrôle d’identité nationale, car cela protège à 100% les profits des vendeurs de « display » et des plate-formes de distribution de contenu, qui voient leur vente de produit et services jamais entravée, et qui pourraient même mieux cibler leurs clients.
Un de mes premiers écrans était l’écran d’une calculatrice Texas Instruments TI 83+. L’enfant peut apprendre à programmer avec une TI 83+. Il peut aussi faire des calculs matriciels, des statistiques et d’autres choses. Ce printemps Casio a organisé un concours pour les collégiens et lycéens, un concours de dessin sur calculatrice, le dessin devait être réalisé par de la programmation (Basic pour les collégiens, Python pour les lycéens). Mais l’enfant ne peut pas regarder Youtube Kid, scroller du self-generated-content sur TikTok, ni acheter et installer un jeu Steam ou Xbox Live sur sa calculatrice, la calculatrice n’est donc pas un « display », et ce ne sont pas les intérêts de l’éducation de l’enfant que défend cette présentation anti-anti-écran, mais les intérêts des vendeurs de « display » et des contenus pour « display ».
Cette présentation use de nombreuses cordes de la propagande moderne : infantilisation de l’adversaire, caricature, prêt-à-juger, homme-de-paille, mauvaise foi (à un point que ça frise le mensonge) et pseudo-débunkage qui te dit seulement ce qui doit être considéré comme vrai ou faux sans autre forme de procès.
Par exemple dans la partie « débunkage » il y a une diapo avec la copie d’écran de la fiche d’un médecin pédiatre sur doctolib avec plusieurs motifs de consultation, y compris la surexposition aux « écrans », l’asthme, et d’autres consultations de pédiatrie. Le questionnaire demande s’il y a un rapport entre asthme et « surexposition aux écrans ». Sauf que cette question est en elle-même un mensonge, car elle suppose que le lien entre les motifs de consultations ne pourrait qu’être un lien entre surexposition et asthme et pas autre chose. Pourtant, le rapport entre tous ces motifs est autre : celui qui consulte est un enfant, et le médecin est un pédiatre. Ce même médecin pourra tout aussi bien conseiller un traitement ou un changement de comportement de l’enfant ou avec l’enfant, ou même conseiller des produits, pour toute autre chose qui n’a rien à voir avec l’asthme ! Par exemple le pédiatre pourra examiner une ampoule sur le pied de l’enfant et y découvrir que se développe en parallèle une mycose, rediriger vers un podologue, conseiller de changer de chaussures et conseiller telle ou telle pratique d’hygiène, etc. Et quand bien même le médecin pédiatre aurait une spécialité de pneumologie pédiatrique, le médecin reste un pédiatre, et si ce médecin pédiatre est le seul pédiatre de sa communauté de communes et dans un rayon de 10km (tout le monde ne vit pas en ville !), c’est normal que ce pédiatre soit la porte d’entrée pour toutes les préoccupations concernant la santé de l’enfant, y compris mentale, le pédiatre peut rediriger vers un médecin psychiatre si besoin, y compris visuelle, il peut rediriger vers un ophtalmologue, etc.
J’ai l’impression qu’on pourrait faire un article pour chaque diapo tellement c’est WTF...
Cette présentation est au sujet des anti-display, c’est à dire ceux qui sont réticents à la distribution aux gamins de tablettes et qui sont réticents au fait de soumettre les enfants à Youtube Kid. Mais ils sont présentés comme des rétrogrades qui ne pigent rien à la technologie et qui ne sont animés que par des peurs irrationnelles.
Pour reprendre ce même unique exemple, je doute fortement que le médecin pédiatre dont ils présentent une copie d’écran doctolib utilise un boulier pour faire ses comptes, en fait on sait déjà que ce même pédiatre sait se servir de doctolib et donc d’un navigateur web et n’est donc pas anti-ordinateur-de-travail. Par contre ce médecin pédiatre pourrait très bien avoir un avis sur le fait de laisser un gosse seul dans sa chambre avec un téléphone et TikTok et être donc anti-display. Mais cet avis doit être disqualifié, au profit du vendeur de téléphone, et au profit de TikTok.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
# Toujours identifier qui profite
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien La vérité sur les écrans et ceux qui ne les aiment pas. Évalué à 6. Dernière modification le 30 mai 2023 à 17:25.
Dans cette présentation (je ne sais comment le nommer, mais ça ressemble à un « powerpoint » avec plus d’intéractivité), j’y retrouve toute la propagande des vendeurs de tablette et des fournisseurs de contenu.
Je m’explique. Ici écran désigne ce que les marketeux appellent un « display », comme dans la phrase « ce jeu est disponible sur tous les displays », ce qui signifie : ce jeu est disponible sur téléphone, tablette, PC, Xbox, PlayStation, etc. Tous ces objets ne sont pas des outils de travail mais des afficheurs de contenu, musique, film, livre, au mieux des jeux si interactif. La relation est à sens unique, fournisseur vers client. Le display est une télévision (parfois avec un bonus interactif), pas un ordinateur (pas même un ordinateur bridé). Quand bien même une télévision interactive serait équivalente à un ordinateur bridé, ce qui compte c’est que ce soit d’abord une télévision.
Ce genre de discours va de paire avec les projets de loi régulièrement présentés qui exigeraient par exemple aux citoyens de décliner leur identité pour tout et n’importe quoi, afin de ne jamais poser d’obstacle à l’économie des vendeurs de « display » et celle des plateformes de distributions de « contenus ». Le même élu va pouvoir faire acheter des tablettes avec l’argent public pour les distribuer aux enfants du territoire, et confier aux plate-formes de distribution de contenus une fonction régalienne de contrôle d’identité nationale, car cela protège à 100% les profits des vendeurs de « display » et des plate-formes de distribution de contenu, qui voient leur vente de produit et services jamais entravée, et qui pourraient même mieux cibler leurs clients.
Un de mes premiers écrans était l’écran d’une calculatrice Texas Instruments TI 83+. L’enfant peut apprendre à programmer avec une TI 83+. Il peut aussi faire des calculs matriciels, des statistiques et d’autres choses. Ce printemps Casio a organisé un concours pour les collégiens et lycéens, un concours de dessin sur calculatrice, le dessin devait être réalisé par de la programmation (Basic pour les collégiens, Python pour les lycéens). Mais l’enfant ne peut pas regarder Youtube Kid, scroller du self-generated-content sur TikTok, ni acheter et installer un jeu Steam ou Xbox Live sur sa calculatrice, la calculatrice n’est donc pas un « display », et ce ne sont pas les intérêts de l’éducation de l’enfant que défend cette présentation anti-anti-écran, mais les intérêts des vendeurs de « display » et des contenus pour « display ».
Cette présentation use de nombreuses cordes de la propagande moderne : infantilisation de l’adversaire, caricature, prêt-à-juger, homme-de-paille, mauvaise foi (à un point que ça frise le mensonge) et pseudo-débunkage qui te dit seulement ce qui doit être considéré comme vrai ou faux sans autre forme de procès.
Par exemple dans la partie « débunkage » il y a une diapo avec la copie d’écran de la fiche d’un médecin pédiatre sur doctolib avec plusieurs motifs de consultation, y compris la surexposition aux « écrans », l’asthme, et d’autres consultations de pédiatrie. Le questionnaire demande s’il y a un rapport entre asthme et « surexposition aux écrans ». Sauf que cette question est en elle-même un mensonge, car elle suppose que le lien entre les motifs de consultations ne pourrait qu’être un lien entre surexposition et asthme et pas autre chose. Pourtant, le rapport entre tous ces motifs est autre : celui qui consulte est un enfant, et le médecin est un pédiatre. Ce même médecin pourra tout aussi bien conseiller un traitement ou un changement de comportement de l’enfant ou avec l’enfant, ou même conseiller des produits, pour toute autre chose qui n’a rien à voir avec l’asthme ! Par exemple le pédiatre pourra examiner une ampoule sur le pied de l’enfant et y découvrir que se développe en parallèle une mycose, rediriger vers un podologue, conseiller de changer de chaussures et conseiller telle ou telle pratique d’hygiène, etc. Et quand bien même le médecin pédiatre aurait une spécialité de pneumologie pédiatrique, le médecin reste un pédiatre, et si ce médecin pédiatre est le seul pédiatre de sa communauté de communes et dans un rayon de 10km (tout le monde ne vit pas en ville !), c’est normal que ce pédiatre soit la porte d’entrée pour toutes les préoccupations concernant la santé de l’enfant, y compris mentale, le pédiatre peut rediriger vers un médecin psychiatre si besoin, y compris visuelle, il peut rediriger vers un ophtalmologue, etc.
J’ai l’impression qu’on pourrait faire un article pour chaque diapo tellement c’est WTF...
Cette présentation est au sujet des anti-display, c’est à dire ceux qui sont réticents à la distribution aux gamins de tablettes et qui sont réticents au fait de soumettre les enfants à Youtube Kid. Mais ils sont présentés comme des rétrogrades qui ne pigent rien à la technologie et qui ne sont animés que par des peurs irrationnelles.
Pour reprendre ce même unique exemple, je doute fortement que le médecin pédiatre dont ils présentent une copie d’écran doctolib utilise un boulier pour faire ses comptes, en fait on sait déjà que ce même pédiatre sait se servir de doctolib et donc d’un navigateur web et n’est donc pas anti-ordinateur-de-travail. Par contre ce médecin pédiatre pourrait très bien avoir un avis sur le fait de laisser un gosse seul dans sa chambre avec un téléphone et TikTok et être donc anti-display. Mais cet avis doit être disqualifié, au profit du vendeur de téléphone, et au profit de TikTok.
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