• [^] # Re: Déjà au millénaire précédent

    Posté par . En réponse au lien 15% des titres musicaux qui existent dans le monde ont été générés par l'IA - lalibre.be (€). Évalué à 3.

    Oui, la définition de l'art pose problème au même titre que celle de l'intelligence. D'où le fait que forcément définir ce qui peut être fait de façon artificielle la dedans, c'est compliqué.

    Mais il y a plusieurs choses qui sont assez claire. C'est le fait qu'il s'agit d'expression humaine dont on parle. Je ne sais pas si on peut parler d'art concernant par exemple, la grande tache rouge de Jupiter. Pourtant, quand je la regarde je me dit que c'est quand même pas mal réussi. Mais c'est mon regard qui transforme en quelque sorte ce qui est un phénomène physique en quelque chose qui peut s'apparenter a de l'art. Du coup, il faut a minima un humain dans l'histoire, celui qui regarde. Et de fait, si je prend en photo cette tache, je la transforme en oeuvre d'art. Le simple fait d'avoir choisi un cadrage, d'avoir mis en scène la tache. Il y a un acte créatif dont l'objet est cette tache. Est-ce que c'est faisable par une machine ? Oui, potentiellement. On peut imaginer un robot qui prend en photo la tache de Jupiter.

    Est-ce que ça fait de Juno une artiste ? C'est discutable ;-). On comprend bien que pour produire une oeuvre d'art comme une photo de la grande tache rouge de Jupiter, il faut avoir conscience qu'on le fait. Et en l'occurrence, la conscience, elle est du coté des gens qui ont conçu la sonde en question, qui l'ont programmé, et qui au final, vont regarder la tache en question. Bref, ce sont des humains qui créent, avec des outils plus ou moins sophistiqués et en pleine conscience de ce qu'il font, pas des machines.

    Maintenant, que fait un réseau de neurones artificiel ? De ce que j'en comprend, il imite ou tente d'imiter le processus d'apprentissage du cerveau humain. Et ce processus est lui-même basé sur l'imitation. On apprend à parler, par exemple, en imitant les autres humains. une fois qu'on appris à parler en imitant ce qu'on a entendu, on peut alors commencer à utiliser le language pour exprimer notre pensée propre. Tout ce que fait l'IA, ce n'est pas exprimer une pensée, c'est juste imiter une pensée existante, à partir d'un corpus de données. Et ça en utilisant une quantité colossale d'énergie, là où un cerveau humain consomme seulement une vingtaine de watt.

    Bon par contre, l'IA peut traiter des quantités importantes de données. Elle est infatigable. Et donc propice a une industrialisation. ça a des applications intéressantes par exemple en science, en permettant des traitement de données infaisable par des humains, et permettre d'extraire de l'information pertinente pour produire des analyses et vérifier des théories.

    Au niveau artistique, c'est plus discutable, mais pourquoi pas. Générer par imitations des images, des sons, des textes ... C'est pas nouveau. L'imitation, c'est même central dans la culture. On crée de nouvelles chose en imitant les anciennes, et en ajoutant une touche d'originalité. C'est le principe de la mode. Donc, l'IA peut potentiellement fournir un nouveau terrain d'expression artistique. Je ne vois pas trop un problème la dedans.

    Bon maintenant, ça a forcément un impact sur la façon dont on produit de l'art. Mais bon ... est-ce que l'on doit s'en émouvoir ? prenons le cas de la musique, puisqu'on est en plein dedans.

    Récemment je suis tombé sur une archive géniale. Celle d'Alan Lomax :

    https://archive.culturalequity.org/

    Alan Lomax a travaillé pour la librairie du congrès états-unien pour documenter les musiques traditionnelles afro-américaines, comme le blues et le gospel et leur racines. On trouve des trucs absolument géniaux là-dedans.

    Par exemple cette interprétation de Poor Lazarus enregistrée dans un pénitencier de l'état du Mississippi en en 1959.

    C'est ce morceau qu'on retrouve dans le fameux film des frères Cohen,

    James Carter - Po Lazarus (O Brother!)

    Ou encore ce morceau de fife and drum :

    Othar Turner and the Rising Star Fife & Drum Band: The Call (1978)

    Repris par Scorsese dans Gangs of New York

    il n'y a aucun doute que l'industrie du divertissement a toujours sût recyclé, et pas toujours en leur rendant hommage, comme dans les exemple que j'ai cité, des musiques déjà existante, issues de cultures et d'artistes dont tout le monde a oublié le nom. Donc ce n'est pas nouveau. Est-ce que l'on doit s'en émouvoir ?

    Bah, peut-être oui. Je ne sais pas trop. Disons que l'industrie en question n'a pas trop de scrupules a inondé le marché de la musique pour un public plus ou moins formaté pour l'entendre, c'est a dire qui va rechercher dans ce qu'il écoute, quelque chose qu'il saura reconnaitre. Donc l'IA peut effectivement optimiser ce principe, et produire industriellement ce genre de contenus formatés puisqu'elle fonctionne par imitation.

    La question, il faut se la poser autrement. Il faut en tant qu'amateur de musique, que je m'intéresse à ce qui est différent de ce que j'entend habituellement. il faut que je casse cette logique du formatage industriel. Et ça passe justement par la création et l'innovation, ce qu'aujourd'hui les IA sont incapable de faire. Ce n'est pas dans leur principe de fonctionnement.

    Donc, d'une certain manière, l'IA peut poser problème et peut changer l'industrie musicale mais de la même façon qu'en son temps, l'enregistrement et le disque, ou encore internet et le streaming. Le monde change et l'art avec quoi. Aujourd'hui, je trouve que le streaming a largement changé la donne dans la production musicale. On est revenu a un principe qui fait de la musique un art du spectacle vivant. Les artistes ne pouvant plus tirer de revenu, ou faiblement, de la diffusion de musique enregistrée, ils utilisent ces medias comme moyen de promotion de leur concerts.

    En fait, ça a toujours plus ou moins fonctionné comme ça pour beaucoup de groupes. Il n'y a que le haut du panier qui pouvait vivre uniquement sur la vente de disques, et ou les concert servaient surtout a la promotion de leur disques. Pour beaucoup de musiciens pro, c'est les clubs, les salles de concerts, les festivals et les tournées qui les font bouffer, et pas la vente de musique enregistrée qui est surtout une source de revenu pour une industrie qui s'appuie sur un nombre assez réduit de tête d'affiches, de célébrités.

    Donc ouais, que l'IA fabrique des stars virtuelle, comme celle que l'on peut trouver dans le bouquin de Norman Spinrad, Rock Machine ça n'a rien d'étonnant, c'est dans la logique de l'industrie musicale. Est-ce que c'est un problème ? Bah oui. Est-ce que c'est nouveau ? Bah non. Et l'art dans tout ça ? Bah, il va surement s'emparer de la chose comme d'habitude, et ça a déjà surement commencé !

    Faut pas gonfler Gérard Lambert quand il répare sa mobylette.