Mais la majorité d'entre eux était entourée de "mauvais" conseilleurs, qui poussaient au productivisme.
Mais est-ce seulement vrai? Ça ne correspond pas à la vision romantique de l'agriculteur qui aime la nature et qui connait ses cochons par leur prénom, mais 1) est-ce possible pour une exploitation "non productiviste" d'être financièrement viable, et 2) peut-on se permettre d'avoir une agriculture non-productive?
Après tout, tu as une contrainte absolue, c'est de produire de la nourriture à partir d'une surface limitée. Si ton élevage extensif permet de produire 100 fromages de chèvre par mois, et que tu as une clientèle de bobos qui te les achète 100 euros pièce, alors tu peux peut-être gagner ta vie. Mais tu prends 50 hectares de surface agricole pour produire 100 fromage de chèvre, ça ne peut pas être un modèle viable pour la communauté. La surface agricole, ça peut aussi être utilisé pour mettre des panneau solaires, construire des lignes de train, des HLM pour loger les pauvres, ou simplement être rendus à la nature. C'est une activité en concurrence avec tout un tas d'autres choses utiles; en moyenne, en France, une exploitation fait 63 hectares, soit (si mes calculs au pif sont du bon ordre de grandeur) 100 fois plus que ce que tu aurais si tu divisais la surface de la France équitablement entre ses habitants. Nourrir au moins 100 habitants (et en réalité, beaucoup plus, puisqu'on ne peut pas exploiter les lacs, les montagnes, les villes, etc) avec ta production fait donc partie du contrat social; si tu n'y arrives pas alors ton exploitation doit couler pour le bien de la société (sinon on va mourir de faim).
Il ne faut pas prendre les agriculteurs pour des débiles. Si on gagnait 3 fois plus en faisant du bio et de la vente directe, alors tous les agriculteurs le feraient. La chimie et les approches rationnelles de la productivité agricole, ça marche; ça permet de produire plus avec moins d'efforts et moins de surface. Je ne sais pas trop comment imaginer que les agriculteurs épandraient des produits chimiques toxiques et coûteux par plaisir ou par malveillance...
Finalement, est-ce que ça ne ressemblerait pas un peu à ceux qui voudraient que toutes les entreprises fassent du logiciel libre, alors que souvent le business model rentable n'existe pas? Ça serait peut-être bien que tout le monde fasse du libre, mais prétendre que si tu passes au libre tu as bosser 20h par semaine et devenir millionnaire en 6 mois, ça n'est même pas un mensonge, c'est un rapport pathologique à la réalité. C'est certainement frustrant de réaliser qu'un modèle qu'on trouve positif ne soit pas largement adopté parce que les modèles alternatifs sont plus sûrs ou plus rentables, mais prétendre le contraire n'a aucune chance de changer la réalité des choses.
[^] # Re: Coopératives et intégrateurs
Posté par arnaudus . En réponse au lien Éleveurs enchaînés : "Je veux sortir du monde agricole mafieux" . Évalué à 4.
Mais est-ce seulement vrai? Ça ne correspond pas à la vision romantique de l'agriculteur qui aime la nature et qui connait ses cochons par leur prénom, mais 1) est-ce possible pour une exploitation "non productiviste" d'être financièrement viable, et 2) peut-on se permettre d'avoir une agriculture non-productive?
Après tout, tu as une contrainte absolue, c'est de produire de la nourriture à partir d'une surface limitée. Si ton élevage extensif permet de produire 100 fromages de chèvre par mois, et que tu as une clientèle de bobos qui te les achète 100 euros pièce, alors tu peux peut-être gagner ta vie. Mais tu prends 50 hectares de surface agricole pour produire 100 fromage de chèvre, ça ne peut pas être un modèle viable pour la communauté. La surface agricole, ça peut aussi être utilisé pour mettre des panneau solaires, construire des lignes de train, des HLM pour loger les pauvres, ou simplement être rendus à la nature. C'est une activité en concurrence avec tout un tas d'autres choses utiles; en moyenne, en France, une exploitation fait 63 hectares, soit (si mes calculs au pif sont du bon ordre de grandeur) 100 fois plus que ce que tu aurais si tu divisais la surface de la France équitablement entre ses habitants. Nourrir au moins 100 habitants (et en réalité, beaucoup plus, puisqu'on ne peut pas exploiter les lacs, les montagnes, les villes, etc) avec ta production fait donc partie du contrat social; si tu n'y arrives pas alors ton exploitation doit couler pour le bien de la société (sinon on va mourir de faim).
Il ne faut pas prendre les agriculteurs pour des débiles. Si on gagnait 3 fois plus en faisant du bio et de la vente directe, alors tous les agriculteurs le feraient. La chimie et les approches rationnelles de la productivité agricole, ça marche; ça permet de produire plus avec moins d'efforts et moins de surface. Je ne sais pas trop comment imaginer que les agriculteurs épandraient des produits chimiques toxiques et coûteux par plaisir ou par malveillance...
Finalement, est-ce que ça ne ressemblerait pas un peu à ceux qui voudraient que toutes les entreprises fassent du logiciel libre, alors que souvent le business model rentable n'existe pas? Ça serait peut-être bien que tout le monde fasse du libre, mais prétendre que si tu passes au libre tu as bosser 20h par semaine et devenir millionnaire en 6 mois, ça n'est même pas un mensonge, c'est un rapport pathologique à la réalité. C'est certainement frustrant de réaliser qu'un modèle qu'on trouve positif ne soit pas largement adopté parce que les modèles alternatifs sont plus sûrs ou plus rentables, mais prétendre le contraire n'a aucune chance de changer la réalité des choses.