• [^] # Re: Coopératives et intégrateurs

    Posté par . En réponse au lien Éleveurs enchaînés : "Je veux sortir du monde agricole mafieux" . Évalué à 4. Dernière modification le 26 avril 2023 à 18:12.

    Finalement, chacun rate sa cible. Ces coopératives et multinationales agroalimentaires passent sous les radars.

    C'est quand même une cible très facile. Pour certains, les méchants sont les étrangers et les communistes, pour d'autres c'est les Juifs, et pour d'autres c'est les méchants capitalistes. Le point commun, c'est qu'il y a "eux", les méchants, et "nous", les gentils. Je ne sais pas si ça nous avance tant que ça.

    C'est bien gentil l'histoire de l'agriculteur qui ne peut plus se dépétrer de sa dépendance aux multinationales, mais c'est vite oublier qu'il s'est mis dans cette situation parce que ça lui allait bien de se faire assurer ses revenus par une grosse boite. C'est exactement ce que raconte la première agricultrice dans le lien, l'entreprise qu'elle avait montée n'était pas viable (la banque ne suivait pas), et seule l'existence de ce contrat a permis en contrepartie de financer une activité non-viable (l'élevage en plein air). C'est seulement plusieurs années plus tard, après un différent avec la multinationale, que le "problème" est apparu.

    Attention hein, je ne dis pas que le comportement des multinationales de l'agro-alimentaire n'est pas toxique, mais j'ai du mal avec le discours victimisant. S'il n'y avait pas eu ces problèmes de mortalité des vaches et les ennuis financiers qui en ont découlé, ces agriculteurs seraient sûrement assez satisfaits de produire de la viande de m--de élevée avec des aliments de m--de. Quand ils disent que c'est du travail de piquer les vaches avec des antibiotiques, c'est aussi du travail de trouver les fournisseurs d'aliments, de négocier les prix avec eux, de trouver les veaux, de les faire venir, de trouver des clients et de leur livrer les animaux, etc. Tout ça, c'était du travail en moins pour eux; ils étaient assurés de revendre leur viande à un prix fixe (bas, mais fixe), ils étaient assurés de se faire livrer les veaux, la bouffe, le vétérinaire qui va avec, etc. Ça revient un peu à se plaindre d'avoir commandé un livre médiocre sur Amazon parce que ça ne serait pas arrivé à la librairie.

    Ça me fait penser aux problème des pêcheurs qui se sont endettés pour acheter un bateau qu'ils ne peuvent rentabiliser à cause des quotas de pêche. On peut accuser les banques, les écolos, les politiques, les pêcheurs Irlandais, mais sur le fond c'est aussi des entreprises familiales qui font de mauvais investissements, et qui voudraient bien que la communauté couvre ces mauvais investissements—alors qu'on sait bien que seules les multinationales ont ce pouvoir.

    L'agriculture est en pleine mutation et cherche son modèle. Est-ce que les agriculteurs veulent réellement être chefs d'entreprise; souhaitent-ils être rémunérés non seulement sur les produits qu'ils vendent, mais par les services qu'ils procurent (entretien des haies, visites de la ferme, etc?).