• [^] # Re: Surtout pas de contexte!

    Posté par . En réponse au lien Contamination radioactive du milieu aquatique par les rejets de la centrale nucléaire de Golfech. Évalué à 1.

    l’un des plus gros problèmes de l’industrie nucléaire française : son incapacité à peu près totale à communiquer au public.

    Je pense que la principale raison, c'est que les acteurs du nucléaire n'ont aucune envie ou aucun intérêt à rentrer dans le ridicule débat pro- vs anti-nucléaire.

    Dans leur travail, cette vision pro- vs anti-nucléaire ou renouvelable vs nucléaire n'a aucun sens et n'est pas constructive.
    L'effort qu'ils devraient fournir pour participer au débat n'en vaut pas la peine. Les anti-nucléaires ne les écouteront pas de toutes façons, il est bien trop facile de dire qu'ils sont partiaux puisqu'ils ont des intérêts engagés. Ensuite, en pratique, les anti-nucléaires ont un impact relativement faible quand leurs arguments sont bidons: ils peuvent dire que l'augmentation d'un micro Bq de la rivière est une catastrophe, on peut scientifiquement démontrer que ce n'est pas le cas si cet argument est utilisé pour pousser à des décisions (de manière cynique, on pourrait même dire que les acteurs du nucléaire ont intérêt à laisser les anti-nucléaires se convaincre que c'est un bon argument aussi longtemps que cet argument n'est pas concrètement utilisé).

    Inversement, je pense aussi que les acteurs du nucléaire sont beaucoup moins "pro-nucléaire" que le grand public le pense. Construire du nucléaire est risqué financièrement et est un engagement très important: il faut se fier à des prédictions à très long terme sur l'évolution du marché qui ont peu de chance d'être parfaites, et ils vont être obligé de suivre le projet pour des décennies, payer très cher dès que quelque chose n'est pas parfait et être ceux qui paient les pots cassés quand certains partenaires ne font pas leur boulot parfaitement.
    Certains acteurs du nucléaire peuvent même parfois être contre l'augmentation du parc nucléaire car ce n'est pas dans leur intérêt: ils ne veulent pas prendre de risques inutiles et préfèrent parfois des options qui leur semblent avoir plus de potentiel (les compagnies qui créent/gèrent les centrales sont souvent aussi celles qui investissent actuellement énormément dans du nouveau renouvelable). À ce niveau, la pression des anti-nucléaires va parfois dans l'intérêt de ces compagnies. Là aussi, mieux vaut rester à l'écart du cirque pro vs anti: les pro-nucléaires sont aussi très figé dans leurs opinions, et débattre avec eux n'est certainement pas moins pénible.
    J'ai l'impression qu'il n'y a pas vraiment de pro-nucléaire chez les acteurs du nucléaire, et que le "lobby du nucléaire" n'existe pas/plus vraiment en tant que groupes d'intérêt commercial, mais plutôt en tant que groupe d'idéologues pro-nucléaires pas forcément réellement impliqués dans ce marché (d'où la fameuse phrase "en France, le lobby nucléaire, c'est l'État", avec l'idée que ce qui construit ce lobby n'est pas un regroupement d'intérêts financiers, mais une idéologie présente dans certains milieux, comme à l'École des Mines ou Polytech où sont formés les hauts fonctionnaires).

    Quand on voit les choses sous cet angle, cela explique les actes des différents acteurs bien plus logiquement.