• [^] # Re: La part réelle du nucléaire dans le bouquin

    Posté par . En réponse au lien Erratum pour «Le monde sans fin» : Dargaud piégé par des activistes. Évalué à 10.

    C'est quand même très difficile de sortir Total (ou les pétroliers d'une manière générale) de la discussion sur la production électrique. Ne serait-ce que parce qu'une partie substantielle de la discussion sur la décarbonation de l'économie passe par des arbitrages technologiques entre l'électrique et les énergies fossiles (dans l'indusrie, dans le résidentiel pour le chauffage, dans les transports). Si le lobby Total ralentit l'abandon du chauffage au fioul et au gaz, ça ralentit également la construction de centrales électriques décarbonnées.

    En gros, et c'est un argument majeur de Jancovici, si on veut rester dans une société de marché similaire à celle qu'on connait sans détruire la planète, il faut une transition rapide et majeure de la totalité des secteurs industriels vers l'énergie électrique décarbonnée. Et la seule manière de le faire massivement avec les technologies qu'on connait (et pas des technologies fantasmées), c'est la fission nucléaire. Les énergies renouvelables doivent venir en complément, mais vu la galère que c'est d'essayer de produire de l'électricité avec des éoliennes et des panneaux solaires avec nos besoins actuels, c'est clairement irréaliste d'imaginer de compenser les besoins énergétiques aujourd'hui comblés par le thermique sans centrales nucléaires.

    Et c'est bien à ça que Total et de nombreux industriels s'opposent. À commencer par les constucteurs automobiles par exemple, qui ont pour la plupart investi dans des moteurs thermiques "sobres" (dont la sobriété a été largement compensée par l'augmentation de la taille et du poids des voitures, donc au final aucun effet sur l'environnement), et sont incapables de produire des véhicules électriques à hauteur de la demande (ce qui explique en grande partie les prix démentiels des voitures électriques).

    Pour revenir au "lobby nucléaire", moi je ne crois que ce que je vois. Jusqu'à très récemment, on parlait de démanteler les centrales, d'arrêter les frais avec les EPR, et d'avoir des objectifs de sortir du nucléaire. C'était dans le programme de la quasi-totalité des partis, et planifié officiellement d'abord par F. Hollande puis par E. Macron. On pourrait discuter de la définition de "puissant", mais depuis 20 ans le lobby du nucléaire a été très très inefficace. Et si le nucléaire est revenu sur le devant de la scène, c'est bien plus du fait de la réalité des choses (on a besoin d'électricité et on voit bien que la mise en place des renouvelable n'est pas suffisante). Sans compter que le lobby nucléaire n'a pas réussi à contrer des argument débiles qui ont largement circulé (comme sur l'approvisionnement en Uranium, qui n'est vraiment pas une source d'inquiétude vu les stocks, les faibles volumes, et les réserves exploitables dans le monde).

    D'ailleurs, je me demande depuis quelque mois si l'obsession de Poutine pour l'envoi de missiles sur les centrales nucléaires civiles en Ukraine n'est pas liée à une volonté de provoquer un accident nucléaire pour retourner les opinions publiques occidentales. Apprendre à se passer du pétrole, c'est aussi d'être moins dépendants des fournisseurs de pétrole. Tant qu'on construit des éoliennes, on aura besoin de la Russie et de l'Arabie Saoudite...