Je travaille dans le secteur de l'énergie. Pas pour le renouvelables en particuliers, je n'ai aucune raison de préférer un "camp". Pas en France non plus, mais dans un pays qui n'est pas anti-nucléaire (le programme nucléaire continue et s'étend).
Par contre, ce que je vois autour de moi, c'est que les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème sont majoritairement d'accord sur le fait qu'il faut faire plus d'investissement dans le renouvelable que dans le nucléaire (et encore plus dans les façons de consommer, mais là, ça rejoint Jancovici). Cet avis sur les renouvelables est contradictoire à ce que Jancovici dépeint, j'ai donc plutôt l'impression que l'avis de Jancovici est plutôt minoritaire chez ceux qui se sont penchés sérieusement sur le problème (en réalité, le nom de Jancovici est rarement utilisé autour de moi, et je pense qu'il est plus médiatique que acteur du secteur. J'en profite pour dire que je suis encore en train de me faire un avis sur le personnage, mais que mon avis initialement favorable a baissé depuis que j'ai regardé de plus près).
Leur avis sont plutôt contradictoire à Jancovici pas parce qu'ils sont anti-nucléaires, mais parce que c'est vrai que le nucléaire, c'est compliqué: il faut un gros financement qui a beaucoup de risques (il faut faire des prédictions à long termes, 10-20 ans, de choses extrêmement volatiles, tel que les futures usages, les futures régulations, les futures importations/exportations, l'évolution des coûts du marchés, l'évolution du marché du travail et des compétences, ...), et très peu de personnes veulent prendre le risque quand le renouvelable, dans le même temps, a un potentiel de croissance technologique bien plus attirant. Et donc, effectivement, on peut se sentir manipulé quand un livre n'hésite pas, à raison, à souligner les problèmes liés aux renouvelables, mais "oublie" de parler des problèmes concrets que les "gens qui se sont penchés sur le sujet" font face quand ils considèrent le nucléaire.
Il faut aussi dire que la question n'est pas non plus: nucléaire vs. renouvelables, vu que, dans les deux cas, il y a plein de façons différentes de mettre les choses en place. Certaines de ces façons sont catastrophiques, cela ne permet pas de dire que d'autres le sont aussi.
Par exemple, je me souviens même d'une présentation dont le but était de défendre un élargissement du parc nucléaire, où les personnes qui présentaient expliquaient qu'ils n'allaient pas faire comme le nucléaire français qui est, selon eux, un exemple de gestion à ne pas suivre (pour plusieurs raisons, mais j'anticipe: non, c'est pas à cause des méchants écologistes qui ont tout sabotés, les principaux coupables étaient plutôt des "pro-nucléaires" ayant sous-estimé les difficultés du secteur, d'où le problème d'un livre comme celui de Jancovici).
Je ne sais pas non plus pourquoi tu dis que l'industrie du nucléaire en France n'est pas très puissante. Les acteurs ayant les plus gros pouvoirs de décisions sont aussi ceux qui ont les intérêts financiers les plus importants dans le nucléaire (le producteur EDF + sa filiale RTE qui a le fin mot sur la distribution, Engie, ...). Un autre acteur est évidemment le gouvernement, mais celui-ci a, en moyenne, plus soutenu l'extension du parc nucléaire plutôt que le contraire (et c'est la position des derniers gouvernements). Quels seraient, selon toi, les acteurs puissants dans le secteur énergétique en France ?
Après, oui, on voit que ces acteurs sont moins "pro-nucléaire" qu'avant. Justement: parce que, pour les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème, le nucléaire n'est pas considéré de manière aussi peu critique que ce que fait Jancovici (attention de ne pas déformer les propos: la question n'est pas "défendre 0% de nucléaire" mais "présenter le nucléaire avec aussi peu de recul critique que Jancovici"). Ces acteurs poussent à des solutions plus nuancées, et n'ont pas le même discours que Jancovici.
J'ai un peu l'impression qu'il y a un raisonnement circulaire:
- tout ceux qui se sont penchés sur la question sont de l'avis de Jancovici
- les décisions actuelles des acteurs du secteur ont l'air de montrer que le secteur pense que le manque d'investissement en France dans le renouvelable est une erreur (alors que c'est la position qu'a défendu Jancovici pendant des années)
- donc, la seule solution pour vaincre cette dissonance cognitive est de se dire que "ceux qui se sont penchés sur la question sont de l'avis de jancovici mais sont exclus de l'industrie énergétique français pour des raisons inconnues"
Quels sont tes éléments qui te font penser que "tout les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème" pensent que le livre de Jancovici est bien balancé et ne laisse pas une impression d'être manipulé ? Quels sont les gens du secteur que tu connais qui te font penser ça ? Durant quelle conférence as-tu remarqué ça ? Ou bien est-ce juste une représentation mentale de ce que serait, selon toi, le secteur, alors que tu ne sais pas vraiment à quoi il ressemble ?
[^] # Re: La part réelle du nucléaire dans le bouquin
Posté par j-c_32 . En réponse au lien Erratum pour «Le monde sans fin» : Dargaud piégé par des activistes. Évalué à 6.
Je suis un peu surpris par ce commentaire.
Je travaille dans le secteur de l'énergie. Pas pour le renouvelables en particuliers, je n'ai aucune raison de préférer un "camp". Pas en France non plus, mais dans un pays qui n'est pas anti-nucléaire (le programme nucléaire continue et s'étend).
Par contre, ce que je vois autour de moi, c'est que les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème sont majoritairement d'accord sur le fait qu'il faut faire plus d'investissement dans le renouvelable que dans le nucléaire (et encore plus dans les façons de consommer, mais là, ça rejoint Jancovici). Cet avis sur les renouvelables est contradictoire à ce que Jancovici dépeint, j'ai donc plutôt l'impression que l'avis de Jancovici est plutôt minoritaire chez ceux qui se sont penchés sérieusement sur le problème (en réalité, le nom de Jancovici est rarement utilisé autour de moi, et je pense qu'il est plus médiatique que acteur du secteur. J'en profite pour dire que je suis encore en train de me faire un avis sur le personnage, mais que mon avis initialement favorable a baissé depuis que j'ai regardé de plus près).
Leur avis sont plutôt contradictoire à Jancovici pas parce qu'ils sont anti-nucléaires, mais parce que c'est vrai que le nucléaire, c'est compliqué: il faut un gros financement qui a beaucoup de risques (il faut faire des prédictions à long termes, 10-20 ans, de choses extrêmement volatiles, tel que les futures usages, les futures régulations, les futures importations/exportations, l'évolution des coûts du marchés, l'évolution du marché du travail et des compétences, ...), et très peu de personnes veulent prendre le risque quand le renouvelable, dans le même temps, a un potentiel de croissance technologique bien plus attirant. Et donc, effectivement, on peut se sentir manipulé quand un livre n'hésite pas, à raison, à souligner les problèmes liés aux renouvelables, mais "oublie" de parler des problèmes concrets que les "gens qui se sont penchés sur le sujet" font face quand ils considèrent le nucléaire.
Il faut aussi dire que la question n'est pas non plus: nucléaire vs. renouvelables, vu que, dans les deux cas, il y a plein de façons différentes de mettre les choses en place. Certaines de ces façons sont catastrophiques, cela ne permet pas de dire que d'autres le sont aussi.
Par exemple, je me souviens même d'une présentation dont le but était de défendre un élargissement du parc nucléaire, où les personnes qui présentaient expliquaient qu'ils n'allaient pas faire comme le nucléaire français qui est, selon eux, un exemple de gestion à ne pas suivre (pour plusieurs raisons, mais j'anticipe: non, c'est pas à cause des méchants écologistes qui ont tout sabotés, les principaux coupables étaient plutôt des "pro-nucléaires" ayant sous-estimé les difficultés du secteur, d'où le problème d'un livre comme celui de Jancovici).
Je ne sais pas non plus pourquoi tu dis que l'industrie du nucléaire en France n'est pas très puissante. Les acteurs ayant les plus gros pouvoirs de décisions sont aussi ceux qui ont les intérêts financiers les plus importants dans le nucléaire (le producteur EDF + sa filiale RTE qui a le fin mot sur la distribution, Engie, ...). Un autre acteur est évidemment le gouvernement, mais celui-ci a, en moyenne, plus soutenu l'extension du parc nucléaire plutôt que le contraire (et c'est la position des derniers gouvernements). Quels seraient, selon toi, les acteurs puissants dans le secteur énergétique en France ?
Après, oui, on voit que ces acteurs sont moins "pro-nucléaire" qu'avant. Justement: parce que, pour les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème, le nucléaire n'est pas considéré de manière aussi peu critique que ce que fait Jancovici (attention de ne pas déformer les propos: la question n'est pas "défendre 0% de nucléaire" mais "présenter le nucléaire avec aussi peu de recul critique que Jancovici"). Ces acteurs poussent à des solutions plus nuancées, et n'ont pas le même discours que Jancovici.
J'ai un peu l'impression qu'il y a un raisonnement circulaire:
- tout ceux qui se sont penchés sur la question sont de l'avis de Jancovici
- les décisions actuelles des acteurs du secteur ont l'air de montrer que le secteur pense que le manque d'investissement en France dans le renouvelable est une erreur (alors que c'est la position qu'a défendu Jancovici pendant des années)
- donc, la seule solution pour vaincre cette dissonance cognitive est de se dire que "ceux qui se sont penchés sur la question sont de l'avis de jancovici mais sont exclus de l'industrie énergétique français pour des raisons inconnues"
Quels sont tes éléments qui te font penser que "tout les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème" pensent que le livre de Jancovici est bien balancé et ne laisse pas une impression d'être manipulé ? Quels sont les gens du secteur que tu connais qui te font penser ça ? Durant quelle conférence as-tu remarqué ça ? Ou bien est-ce juste une représentation mentale de ce que serait, selon toi, le secteur, alors que tu ne sais pas vraiment à quoi il ressemble ?