Comme quelqu'un le précise, le Ministère (amer) de l'EN chapeaute un certain nombre d'agents et de services sur lesquels il n'a pas tous les pouvoirs, du fait de la décentralisation (si ! si ! elle existe !). Il faut savoir que l'histoire de la maîtrise de l'outil informatique au sein des établissements d'enseignement (mais il y a d'autres services que l'enseignement initial ou général, comme la formation professionnelle conduite par les GRETA, par exemple), suit les aléas de l'histoire générale du développement de l'informatique dans le pays, avec ceci de particulier qu'il fallait (et il faut toujours) "faire plus avec moins". Je place ici une légère critique un peu sévère sur la manière dont l'EN a appréhendé l'outil informatique. Dans un premier temps, sur le mode sceptique ("les fiches bristol pour gérer une bibliothèque c'est bien aussi !"); dans un second temps : "si tu n'as pas un tableau numérique dans ta classe tu es un boloss, gro !".
Sauf que, comme cela a été souligné, non seulement l'EN (premier budget de la Nation) épuise ses budgets en salaires, parfois sur des postes administratifs dont on peut se demander s'ils sont vitaux (regardez un organigramme d'un rectorat, et cherchez les "chargés de mission"), mais elle a refusé de créer un poste de fonctionnaire titulaire pour chaque établissement (type technicien de maintenance réseau), préférant le bricolage : en lycée, un "prof" surmotivé par l'outil informatique, qui a passé ses nuits en auto-formation (genre : installer une distrib debian du temps de Windows 3.0 ...) est recruté (sur la base du volontariat), avec un aménagement horaire; lequel consiste à devenir "personne ressource" de l'établissement, payé en heures supplémentaires assez maigres, mais sur un poste de "factotum". J'ai occupé ce genre de poste durant quelques années avant de convaincre mon chef d'établissement, puisqu'il s'avérait impossible de créer un poste de technicien, au moins de passer un contrat de maintenance avec une entreprise privée spécialisée, afin d'installer un vrai réseau pédagogique (au bas mot 20 postes en bibliothèque + 4 salles de 30 postes en sciences physique et SVT) et un réseau administratif (les 2 réseaux étant séparés pour des raisons de confidentialité, mais accédant tous les deux à un serveur académique dénommé "monlycee.net", lequel propose des applications assez variées.
Inutile de décrire les difficultés d'installation et de gestion au jour le jour d'un parc informatique avec des (souvent "un seul") personnels bénévoles, dont la formation aux outils informatiques reposaient sur leurs propres lectures et expériences. Déjà, il a fallu convaincre le chef d'établissement de la nécessité d'investir dans du matériel et des solutions informatiques idoines. C'est ainsi que peu à peu les SLIS ont pu être installés, faisant accéder l'informatique scolaire à un plan un peu moins sommaire.
Une des difficultés vient surtout de la disparité entre les régions et les départements : sur l'Académie de Versailles (Région Île de France) les ordinateurs (de marque Lenovo) sont changés tous les 4 ans. Mais en Lozère ou en Creuse ?
La question de la multiplicité des mots de passe afin d'accéder à Pronote (application de gestion des bulletins scolaires, adossée à un LDAP), ou au réseau pédagogique, ou à sa messagerie académique se pose, bien entendu. De fait, la messagerie professionnelle est gérée par les ervices informatiques du Rectorat, avec un quota assez souple. Rien n'interdit d'avoir le même mot de passe pour cette messagerie et pour avoir accès à Pronote, via l'interface de "monlycee.net".
Dernière difficulté : la culture informatique dans un établissement d'enseignement de type lycée général est quasi nulle : les enseignants, comme la population générale, usent des smartphones et de l'informatique comme tous les consommateurs lambda, si on excepte quelques uns qui réfléchissent aux injonctions du Ministère sur "l'apprentissage par les tablettes" et l'avalanche soudaine de micro-ordinateurs portables pour les élèves de classe de Seconde, pour ne rien dire de l'usage du smartphone en classe, en particulier lors des exercices de contrôle de connaissances. Le fait est que peu d'enseignants connaissent à fond un traitement de texte, ou des choses comme LaTeX (et encore moins ConTeXt), sauf quelques enseignants de mathématiques. Aussi, demander à un enseignant de latin-grec (ou d'anglais), de se former d'abord à Microsoft Office, puis de se mettre rapidement à un autre type de logiciel, c'est semble-t-il beaucoup demander, surtout que les formations internes visent des publics très hétérogènes (la "prof" de comptabilité doit maîtriser un tableur, mais la "prof" de lettres, que doit-elle impérativement maîtriser ? Bien sûr, dans les filières de techniciens la formation des élèves requiert une bonne maîtrise des outils informatiques, mais sommes-nous bien sûr que ce que nous faisons avec un tableau numérique connecté à Internet apporte une valeur ajoutée à l'enseignement sans commune mesure avec ce que l'on faisait en classe il y a 50 ans ?
Une fois tout cela mis sur la table, les enseignants ne sont pas les mieux placés pour opérer un choix entre Office 365 et LibreOffice. D'une part, comme je l'ai dit, souvent du fait du rôle assez sommaire qu'ils font jouer à l'informatique. En langues vivantes, on enregistre de courtes vidéo-audio que l'on envoie à son professeur ... Le plus souvent le tableau numérique (installé à grands frais par la Région) est ravalé au rang de gadget (cf. les tableaux numériques sur lesquels vont s'animer les graphiques ou le grand Duduche en train de baver devant la fille du proviseur). Certes, on accède à Internet pour afficher les détails d'un tableau ("la mort de Sardanapale" de Delacroix ?) au grand plaisir des élèves qui ne dorment pas, ou bien à telle ou telle autre ressource accessible depuis Youtube. Et enfin, comme je l'ai dit plus haut, les enseignants ne sont pas décisionnaires. Ils usent de LibreOffice, si tel est leur bon plaisir, mais travaillent avec les logiciels assignés dans les programmes officiels de l'EN. Je ne suis pas sûr, pour finir, que la majorité des enseignants (ou une forte minorité) soient informés de l'existence des "logiciels libres", de la différence entre Richard Stallman et Bill Gates, ou de l'utilité de pouvoir assigner manuellement un DNS ... Bref ! Le monde de l'EN est un mélange de bricolages à base de système D (puisque l'enseignant jouit d'une certaine liberté) et de fortes contraintes administratives plus ou moins intelligibles. Sur le plan de la gestion des systèmes informatiques, on se trouve devant une pluralité de sites et d'applications : du système de serveurs académiques autonomes (accès aux missions d'examens avec ARENA, à son dossier numérisé par iProf, aux informations par la DANE, jusqu'au fameux Mon Lycée point Net.
# L'informatique au Ministère de l'EN
Posté par Adeimantos . En réponse à la dépêche Réponse du ministre de l'Éducation Nationale française à une question parlementaire sur Office 365. Évalué à 2.
Comme quelqu'un le précise, le Ministère (amer) de l'EN chapeaute un certain nombre d'agents et de services sur lesquels il n'a pas tous les pouvoirs, du fait de la décentralisation (si ! si ! elle existe !). Il faut savoir que l'histoire de la maîtrise de l'outil informatique au sein des établissements d'enseignement (mais il y a d'autres services que l'enseignement initial ou général, comme la formation professionnelle conduite par les GRETA, par exemple), suit les aléas de l'histoire générale du développement de l'informatique dans le pays, avec ceci de particulier qu'il fallait (et il faut toujours) "faire plus avec moins". Je place ici une légère critique un peu sévère sur la manière dont l'EN a appréhendé l'outil informatique. Dans un premier temps, sur le mode sceptique ("les fiches bristol pour gérer une bibliothèque c'est bien aussi !"); dans un second temps : "si tu n'as pas un tableau numérique dans ta classe tu es un boloss, gro !".
Sauf que, comme cela a été souligné, non seulement l'EN (premier budget de la Nation) épuise ses budgets en salaires, parfois sur des postes administratifs dont on peut se demander s'ils sont vitaux (regardez un organigramme d'un rectorat, et cherchez les "chargés de mission"), mais elle a refusé de créer un poste de fonctionnaire titulaire pour chaque établissement (type technicien de maintenance réseau), préférant le bricolage : en lycée, un "prof" surmotivé par l'outil informatique, qui a passé ses nuits en auto-formation (genre : installer une distrib debian du temps de Windows 3.0 ...) est recruté (sur la base du volontariat), avec un aménagement horaire; lequel consiste à devenir "personne ressource" de l'établissement, payé en heures supplémentaires assez maigres, mais sur un poste de "factotum". J'ai occupé ce genre de poste durant quelques années avant de convaincre mon chef d'établissement, puisqu'il s'avérait impossible de créer un poste de technicien, au moins de passer un contrat de maintenance avec une entreprise privée spécialisée, afin d'installer un vrai réseau pédagogique (au bas mot 20 postes en bibliothèque + 4 salles de 30 postes en sciences physique et SVT) et un réseau administratif (les 2 réseaux étant séparés pour des raisons de confidentialité, mais accédant tous les deux à un serveur académique dénommé "monlycee.net", lequel propose des applications assez variées.
Inutile de décrire les difficultés d'installation et de gestion au jour le jour d'un parc informatique avec des (souvent "un seul") personnels bénévoles, dont la formation aux outils informatiques reposaient sur leurs propres lectures et expériences. Déjà, il a fallu convaincre le chef d'établissement de la nécessité d'investir dans du matériel et des solutions informatiques idoines. C'est ainsi que peu à peu les SLIS ont pu être installés, faisant accéder l'informatique scolaire à un plan un peu moins sommaire.
Une des difficultés vient surtout de la disparité entre les régions et les départements : sur l'Académie de Versailles (Région Île de France) les ordinateurs (de marque Lenovo) sont changés tous les 4 ans. Mais en Lozère ou en Creuse ?
La question de la multiplicité des mots de passe afin d'accéder à Pronote (application de gestion des bulletins scolaires, adossée à un LDAP), ou au réseau pédagogique, ou à sa messagerie académique se pose, bien entendu. De fait, la messagerie professionnelle est gérée par les ervices informatiques du Rectorat, avec un quota assez souple. Rien n'interdit d'avoir le même mot de passe pour cette messagerie et pour avoir accès à Pronote, via l'interface de "monlycee.net".
Dernière difficulté : la culture informatique dans un établissement d'enseignement de type lycée général est quasi nulle : les enseignants, comme la population générale, usent des smartphones et de l'informatique comme tous les consommateurs lambda, si on excepte quelques uns qui réfléchissent aux injonctions du Ministère sur "l'apprentissage par les tablettes" et l'avalanche soudaine de micro-ordinateurs portables pour les élèves de classe de Seconde, pour ne rien dire de l'usage du smartphone en classe, en particulier lors des exercices de contrôle de connaissances. Le fait est que peu d'enseignants connaissent à fond un traitement de texte, ou des choses comme LaTeX (et encore moins ConTeXt), sauf quelques enseignants de mathématiques. Aussi, demander à un enseignant de latin-grec (ou d'anglais), de se former d'abord à Microsoft Office, puis de se mettre rapidement à un autre type de logiciel, c'est semble-t-il beaucoup demander, surtout que les formations internes visent des publics très hétérogènes (la "prof" de comptabilité doit maîtriser un tableur, mais la "prof" de lettres, que doit-elle impérativement maîtriser ? Bien sûr, dans les filières de techniciens la formation des élèves requiert une bonne maîtrise des outils informatiques, mais sommes-nous bien sûr que ce que nous faisons avec un tableau numérique connecté à Internet apporte une valeur ajoutée à l'enseignement sans commune mesure avec ce que l'on faisait en classe il y a 50 ans ?
Une fois tout cela mis sur la table, les enseignants ne sont pas les mieux placés pour opérer un choix entre Office 365 et LibreOffice. D'une part, comme je l'ai dit, souvent du fait du rôle assez sommaire qu'ils font jouer à l'informatique. En langues vivantes, on enregistre de courtes vidéo-audio que l'on envoie à son professeur ... Le plus souvent le tableau numérique (installé à grands frais par la Région) est ravalé au rang de gadget (cf. les tableaux numériques sur lesquels vont s'animer les graphiques ou le grand Duduche en train de baver devant la fille du proviseur). Certes, on accède à Internet pour afficher les détails d'un tableau ("la mort de Sardanapale" de Delacroix ?) au grand plaisir des élèves qui ne dorment pas, ou bien à telle ou telle autre ressource accessible depuis Youtube. Et enfin, comme je l'ai dit plus haut, les enseignants ne sont pas décisionnaires. Ils usent de LibreOffice, si tel est leur bon plaisir, mais travaillent avec les logiciels assignés dans les programmes officiels de l'EN. Je ne suis pas sûr, pour finir, que la majorité des enseignants (ou une forte minorité) soient informés de l'existence des "logiciels libres", de la différence entre Richard Stallman et Bill Gates, ou de l'utilité de pouvoir assigner manuellement un DNS ... Bref ! Le monde de l'EN est un mélange de bricolages à base de système D (puisque l'enseignant jouit d'une certaine liberté) et de fortes contraintes administratives plus ou moins intelligibles. Sur le plan de la gestion des systèmes informatiques, on se trouve devant une pluralité de sites et d'applications : du système de serveurs académiques autonomes (accès aux missions d'examens avec ARENA, à son dossier numérisé par iProf, aux informations par la DANE, jusqu'au fameux Mon Lycée point Net.