Un point qui me chagrine dans ce genre d'article, c'est le manque de recul critique.
L'article commence par RMS et comment le logiciel libre est une cause morale (et comment ça a été oublié). Mais quand on regarde l'histoire, la seule chose que le mouvement du libre avait pour vocation à révolutionner, c'est la science informatique. RMS était chercheur par profession, et c'est le non échange entre scientifiques qui lui a posé des soucis (cf la fameuse histoire de l'imprimante), d'ou le fait de monter GNU, etc. Le fait d'avoir réussi à transformer ça en révolution n'est qu'un exemple de plus du pipeline "recherche => industrie" qu'on retrouve assez souvent.
Et l'idée que la cause du libre est profondément morale semble avec l'age une justification à priori. Et comme toute justification à priori, il faut se poser la question de quel comportement on cherche à justifier.
Pour ma part, j'ai le sentiment que nous, les libristes, rajoutons un vernis de moralité afin de justifier à nos propres yeux de faire du travail gratuitement, surtout au regard des débats sur la maintenance du logiciel libre (que ça soit les questions de financement, les questions de burn out, etc).
Il me semble que c'est bien parce que le libre n'est pas naturellement aussi perenne que les autres moyens qu'on doit rajouter un impératif d'ordre moral, car sinon, il n'y aurait pas besoin. On peut dire tout le mal du code proprio qu'on veut (et ces critiques sont justifiés), mais le moyen de vivre sa vie avec, dans le système capitaliste actuel, est assez direct à mon plus grand regret.
Avec le recul, on peut voir que la GPL, pierre angulaire du mouvement du libre, ne se focalise que sur les libertés du point de vue de la personne qui est capable de lire et d'écrire le code (vu que 75% des 4 libertés tournent autour de ça).
Et qu'effectivement, le gros de ce que le logiciel libre a produit, c'est surtout des solutions pour l'industrie logicielle, car c'est la que se trouve les compétences qui en tire parti, et le chemin pour le rendre perenne.
Du coup, c'est à mon sens pas super étonnant que le logiciel libre ne libère pas le monde, vu que rien dans ses fondations n'est pensé pour ça, et que les efforts pour changer ça n'ont jamais abouti.
Tout au plus, le logiciel libre serait une brique dans une libération (au sens abstrait), mais c'est aussi un angle qui me parait assez peu discuté. Par exemple, l'article en lien parle de "permacomputing", mais uniquement à la fin et sans faire de lien direct avec le constat mis en avant dans l'article. De même l'article parle des libertariens sans faire le lien avec des discussions sur le sujet (pour un exemple récent, l'affaire KF et Cloudflare, et l'idéologie qui justifie les choix du patron de CF).
# Un pavé dans la mare
Posté par Misc (site web personnel) . En réponse au lien les drones utilisent linux : le logiciel libre ce n’est pas suffisant. Évalué à 10.
Un point qui me chagrine dans ce genre d'article, c'est le manque de recul critique.
L'article commence par RMS et comment le logiciel libre est une cause morale (et comment ça a été oublié). Mais quand on regarde l'histoire, la seule chose que le mouvement du libre avait pour vocation à révolutionner, c'est la science informatique. RMS était chercheur par profession, et c'est le non échange entre scientifiques qui lui a posé des soucis (cf la fameuse histoire de l'imprimante), d'ou le fait de monter GNU, etc. Le fait d'avoir réussi à transformer ça en révolution n'est qu'un exemple de plus du pipeline "recherche => industrie" qu'on retrouve assez souvent.
Et l'idée que la cause du libre est profondément morale semble avec l'age une justification à priori. Et comme toute justification à priori, il faut se poser la question de quel comportement on cherche à justifier.
Pour ma part, j'ai le sentiment que nous, les libristes, rajoutons un vernis de moralité afin de justifier à nos propres yeux de faire du travail gratuitement, surtout au regard des débats sur la maintenance du logiciel libre (que ça soit les questions de financement, les questions de burn out, etc).
Il me semble que c'est bien parce que le libre n'est pas naturellement aussi perenne que les autres moyens qu'on doit rajouter un impératif d'ordre moral, car sinon, il n'y aurait pas besoin. On peut dire tout le mal du code proprio qu'on veut (et ces critiques sont justifiés), mais le moyen de vivre sa vie avec, dans le système capitaliste actuel, est assez direct à mon plus grand regret.
Avec le recul, on peut voir que la GPL, pierre angulaire du mouvement du libre, ne se focalise que sur les libertés du point de vue de la personne qui est capable de lire et d'écrire le code (vu que 75% des 4 libertés tournent autour de ça).
Et qu'effectivement, le gros de ce que le logiciel libre a produit, c'est surtout des solutions pour l'industrie logicielle, car c'est la que se trouve les compétences qui en tire parti, et le chemin pour le rendre perenne.
Du coup, c'est à mon sens pas super étonnant que le logiciel libre ne libère pas le monde, vu que rien dans ses fondations n'est pensé pour ça, et que les efforts pour changer ça n'ont jamais abouti.
Tout au plus, le logiciel libre serait une brique dans une libération (au sens abstrait), mais c'est aussi un angle qui me parait assez peu discuté. Par exemple, l'article en lien parle de "permacomputing", mais uniquement à la fin et sans faire de lien direct avec le constat mis en avant dans l'article. De même l'article parle des libertariens sans faire le lien avec des discussions sur le sujet (pour un exemple récent, l'affaire KF et Cloudflare, et l'idéologie qui justifie les choix du patron de CF).