• # DALY et QALY

    Posté par . En réponse au lien J.M. Jancovici sur «C Pol»: les erreurs et raisonnements fallacieux. Évalué à 4. Dernière modification le 18 septembre 2022 à 19:39.

    Je suis désolé d'arriver après la bataille, mais j'avais quand même envie de donner quelques éléments pour expliquer la comparaison que fait Jancovici entre le nucléaire et les Kinder Bueno.

    Lors d'un accident nucléaire le nombre de morts est une métrique insuffisante, car beaucoup de personnes vont vivre quasiment aussi longtemps, mais en ayant été longuement malades. Par exemple, un cancer qui exige une intervention médicale lourde puis des soins à vie. Des métriques plus adaptées sont le DALY et le QALY : elles mesurent respectivement le nombre d'années de vie perdues par une population, en les pondérant par leur qualité, et l'espérance de vie corrigée de l'incapacité. RisqueAlpha a fait une excellente vidéo pour présenter ces indicateurs. Pour simplifier, ce sont deux moyens de chiffrer la perte d'espérance de vie en bonne santé causée par une maladie.

    On trouve ainsi des études qui tentent de chiffrer le nombre de DALY gagnés ou perdus à cause du nucléaire dans une population. Celle-ci, par exemple, indique qu'en cas d'accident nucléaire majeur, une population restant pendant 8h dans à une distance inférieure à 80 km du site, perdrait jusqu'à 10 000 ans de vie en bonne santé. (pour une population d'environ 600 000 habitants, ça fait à peu près une semaine par personne)

    D'autres études tentent de la même manière d'évaluer l'impact de la consommation de sucre. Celle-là, par exemple, mentionne 529 000 années en bonne santé perdues en 2017 dans l'Union Européenne. Cela fait une moyenne annuelle de 10 heures par habitant.

    Ces mesures permettent de comparer et prioriser les politiques publiques. Avec les chiffres donnés plus haut, on peut par exemple estimer que l'industrie sucrière a le même impact sur la santé qu'un accident nucléaire majeur tous les 17 ans. C'est bien sûr à prendre avec plus de précautions que mon résumé rapide, pour plein de raisons : pour l'accident nucléaire, j'ai pris le cas le plus extrême, tout le sucre n'est pas mauvais, le nucléaire permet aussi de gagner des années en bonne santé quand tout va bien, etc. Mais ça permet au moins de voir que la sortie de Jancovici sur le Kinder Bueno ne sort pas de nulle part : les chiffres donnés suggèrent bien qu'il est envisageable que l'industrie sucrière soit bien plus préjudiciable à la santé publique que l'industrie nucléaire, pour un bénéfice commun plus discutable. Donc si c'est de la santé publique que l'on se préoccupe, peut-être que le nucléaire n'est pas la cible prioritaire, surtout dans un contexte de changement climatique.