• [^] # Re: Anarchiste, mais...

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal J'ai lu "Comment je suis devenue anarchiste" d'Isabelle Attard. Évalué à 10.

    Je crois que je vais abonder dans les deux sens...

    Je suis assez d'accord sur le fond : quand on se dit anarchiste, on est plutôt pour la diffusion du savoir, qui permet à chacun d'améliorer son autonomie et sa réflexion. Les communs culturels s'imposent, dès qu'on a connaissance de leur existence, et je n'ai pas encore croisé d'anar qui s'obstine à défendre la propriété intellectuelle à tout prix. Mais l'être humain étant une créature irrationnelle, et ayant croisé des libertariens qui eux défendent la propriété intellectuelle (ce qui n'a pas plus de sens), tout est possible.

    Encore faut-il savoir que cela existe, on ne naît pas avec la connaissance de toutes les possibilités. Sortir de la logique de la propriété intellectuelle et du droit d'auteur demande de revoir pas mal de chose ; cette plasticité est a priori plus accessible à quelqu'un qui a déjà une réflexion anarchiste mais cela demande quand même le temps de le faire.

    Concernant Isabelle Attard, vu les dossiers sur lesquels elle a travaillée, je pense qu'elle connaît. Je peux me tromper. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi une licence libre ? Les raisons peuvent être multiples. Celle qui me parait le plus probable concerne la diffusion. Publier sous licence libre n'est pas très difficile. Se faire diffuser dans toutes les librairies l'est infiniment plus. Il y a très, très peu de diffuseurs (moins que les doigts d'une main), avec des règles qui laissent peu de chance à des petits éditeurs et aucune aux modèles alternatifs. Il y a un choix à faire en tant qu'auteur, quand on veut passer un message : rester dans un cercle de bouche à oreille ou parier sur une diffusion plus large au mépris des valeurs qu'on défend. Si on veut être en librairie, cela veut forcément dire de signer avec un éditeur qui impose le droit d'auteur classique. Le Seuil, faisant partie du quatrième groupe éditorial en France en terme de chiffre d'affaire, ça offre une chance d'être diffusé...

    Certes, il y a d'autres pistes pour les rémunérer, mais peu utilisées.

    Par contre ça, ça me semble un argument foireux. On sait que les auteurs ne sont pas rémunérés, en dehors d'une infime minorité qui sont portés par la logique du star system (et cette minorité se réduit d'année en année) (cf le rapport Racine). Sortir des cacahuètes de la vente de plusieurs ouvrages différents est déjà une réussite extraordinaire, actuellement. Bon, après, que certains jeunes auteurs croient à la possibilité de se faire rémunérer pour leurs ouvrages, c'est possible, car on continue de le dire que "ça pourrait marcher". Mais ils déchantent vite, en général.

    Ceux qui gagnent de l'argent dans l'industrie du livre, ce sont 1) les marchands de papier 2) les diffuseurs et 3) les actionnaires des plus gros éditeurs. Les trois font généralement partie des mêmes groupes industriels.

    Si tu as connaissance d'un modèle économique reproductible et fonctionnel, accessible aux petites structures (bref, qui rémunère les auteurs et ceux qui permettent que le livre soit abouti et accessible), cela m'intéresse, parce qu'on a testé diverses approches (avec des auteurs classiques comme libristes et des libraires) et que pour le moment, la rémunération tient plus du hasard et (un peu) des relations, ainsi que de la puissance marketting, que de la qualité des ouvrages et du travail des auteurs/éditeurs. Je ne dis pas que ça n'existe pas, j'espère bien le trouver aussi, mais pour le moment toutes les expériences dont j'ai connaissance sont un échec côté rentabilité ; même quand ça marche à peu prêt pour l'un (et jamais dans des proportions énormes), on n'arrive pas à reproduire facilement pour valider, en particulier si on reste dans le format "sans images".

    Pour finir sur le bouquin d'Isabelle Attard et le côté "libre diffusion" (à défaut de la licence libre), je note que son livre se trouve excessivement facilement sur le marché underground gratuit. Étant donné qu'un certain nombre d'auteurs de ce genre envoient eux-même leurs ouvrages sur ce genre de sites non-officiels, je ne serais pas surprise que celui-ci aie été mis en ligne à partir de sources de très bonne qualité... Mais bon, peut-être pas. Il faudrait que l'auteur vienne en parler !