• [^] # Re: Mes p'tites blagues leur ont pas plu...

    Posté par . En réponse au journal Petites blagounettes de tout poil. Évalué à 10.

    Deux remarques en passant.

    à condition d'analyser les intentions des auteurs.

    Pourquoi les intentions de l'auteur rentrent en compte ?
    Quand quelqu'un laisse tomber un verre, c'est pas rare de voir quelqu'un, en général celui qui doit en assumer les conséquences, râler, voire même reprocher à la personne d'avoir été maladroite. Or, cette personne n'avait PAS l'intention de casser le verre. Ça change rien au fait que ça a des conséquences néfastes. Et si ça a des conséquences néfastes, avoir des gens qui râlent, peu importe l'intention de l'auteur, c'est 100% légitime.

    Cela me rappelle une très bonne vidéo:
    https://www.youtube.com/watch?v=TCqQ9LxzTwM
    Cette vidéo explique de très bon élément.
    Quand quelqu'un râle pour une blague sexiste / raciste / ..., la personne qui râle s'en FOUT de l'auteur de la blague. Par contre, pour l'auteur de la blague, le centre de l'univers, c'est lui, donc, c'est très important qu'il soit le centre de la réaction aussi.
    La personne qui râle considère que l'auteur est un idiot, mais ce qui est important pour la personne qui râle, c'est le fait qu'il y a des conséquences négatives. L'auteur, lui, ce qui est important, c'est qu'il soit "un gentil", et s'il fait des trucs qui ont des conséquences négatives, c'est très important pour l'auteur de se dire "oui mais non, c'est pas mes intentions, donc, ça va, je suis toujours le gentil, et c'est l'autre, là, qui râle, qui a tort".

    Il y a aussi un malentendu. L'auteur de blague raciste pense que ceux qui râlent pensent qu'il est membre du KKK. C'est faux, ceux qui râlent pensent qu'il est simplement incapable de se comporter en être civilisé et d'arrêter de faire des actions qui ont des conséquences néfastes (et si ces conséquences sont le renforcement d'idées racistes, ben oui, l'auteur est bel et bien, factuellement, quelqu'un qui contribue au racisme, donc, c'est légitime de parler de racisme). Et sur ce, les râleurs ont parfaitement factuellement raison, et, souvent, l'auteur de la blague va même le confirmer en expliquant qu'il a la réputation d'être "lourdingue".

    En plus de ça, c'est marrant de voir à quel point la personne est horrifiée à l'idée d'être considérée comme raciste ou sexiste, au point que pour se défendre, on en arrive à expliquer qu'en réalité, on est juste socialement inapte, ou socialement un connard qui va provoquer pour le plaisir. J'ai jamais compris cette logique "non mais moi j'assume, hein, je suis un connard qui va choquer les gens juste pour le plaisir, mais attention, hein, je ne suis pas raciste, j'ai bien trop de fierté que pour être raciste (mais aucune fierté quand il s'agit d'éviter d'être un connard)".

    Peut-on plaisanter de tout? Oui. Mais pas avec tout le monde.

    Rappelons qu'initialement, cette phrase de Desproges ne voulait pas dire "on peut rire de tout, mais il y a toujours des râleurs", mais "je peux trouver une blague drôle quand je suis avec mes potes, et ne pas rire du tout quand cette même blague est faite dans un public qui va inconsciemment l'utiliser pour renforcer ses préjugés". Pour rappel, cette deuxième interprétation devient évident quand on voit la totalité et le contexte du texte de Desproges: il explique cela alors que l'invité de l'émission est Jean-Marie Lepen, et il dit explicitement qu'il a du mal à rigoler lorsqu'il est à côté de Lepen.

    Pour le reste, pareil que les autres commentaires: c'est pas une question d'interprétation, c'est simplement un fait, scientifiquement prouvé, que ce genre de blague renforce les préjugés. Tu ne peux pas dire "il y a des gens qui trouvent que c'est drôle de me voir casser un verre, et il y a d'autres gens qui trouvent pas ça drôle parce que, selon leur interprétation totalement subjective, ils vont devoir payer les conséquences". C'est faux: ils vont devoir payer les conséquences, ce n'est pas une interprétation, ce n'est pas subjectif. Le fait que d'autres trouvent ça drôle ne change rien à ça.