• [^] # Re: Pays interdisant la sortie du film

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Le dernier Pixar « Lightyear » censuré dans 14 pays pour un baiser homosexuel - L'ADN. Évalué à 5.

    De tels espaces me paraissent nécessaires transitoirement

    Transitoire ou pas, il faut quand même définir un critère de séparation.

    Une fois que tu as dit "on fait un espace sans E et juste avec U", tu as besoin d'avoir des règles pour décider des E et des U, et des règles qui puissent s'appliquer au moment de l'admission dans ton espace.

    Ça passe quand tu as par exemple des cartes de membres (genre un syndicat, un club), ou quand tu t'appuies sur une séparation existante (patron/pas patron, par exemple).

    Ça passe moins quand tu es dans un mouvement qui vise à abolir les différences, car en établissant des règles, tu va réifier une différence que tu veux abolir à la fin, et la contradiction a tendance à se ressentir assez vite.

    Pour revenir sur les TERFs, c'est le nœud de l'histoire autour du Michigan Womyn's Music Festival.

    Le festival a décidé de ne laisser entrer que les femmes, et donc a du décider exactement ce qui compte comme "femme", et la question des femmes trans s'est posé.

    La, tu as classiquement plusieurs réponses possibles, comme "on regarde les papiers", "on regarde l'apparence", "on regarde les chromosomes", "on regarde les taux d'hormones", "on examine les organes génitaux", ou "on écoute ce que dit la personne".

    Tout les critères sont problématiques à divers degrés. Le premier va exclure une femme trans qui n'a pas fait de changement de papier. L'apparence va exclure une femme qui s'habille comme un homme (eg, une butch). Les chromosomes, c'est cher (~500€ de nos jours pour un karyotype), compliqué et surtout trompeur (les personnes intersexes existent). L'examen génital, j'ai pas trop besoin de dire pourquoi c'est un souci. Et le dernier est le moins gênant, mais ça revient quand à ne pas filtrer (vu que personne ne va venir pour dire "salut, je ne rentre pas dans les critères").

    Donc tu dois choisir qui tu vires entre certaines femmes trans et/ou des femmes sans papier, les femmes qui ne se conforment pas à l'idée classique du genre, les personnes avec des chromosomes différents (et qui en général ne le savent pas), les femmes qui veulent pas se mettre presque nu pour rentrer, et virer presque personne.

    Et pourtant, le festival de musique était transitoire, car limité dans le temps et l'espace. Et la seule différence entre ce festival et autre chose, c'est qu'il a eu assez de succès pour devenir une institution, donc à devenir critiquable.

    Donc oui, un espace non mixte ne peut que être temporaire car ne pas l'être, ça implique de s'établir et de grandir, ce qui entraîne de la visibilité et c'est la visibilité qui a permis à la controverse de grandir à son tour (et au final à la disparition de l'espace).

    Et c'est bien ce qui se passe majoritairement (bien évidemment
    quelque exemple isolé, s'il en existe, ne permettrait pas de
    réfuter l'existence de ce besoin et la nécessité d'y faire
    droit pour donner la possibilité à une catégorie dominée de
    s'émanciper).

    Je pense que le besoin est clairement établi tout comme son efficacité, je ne remets pas ça en cause.

    Mais j'ai par contre le sentiment que pas grand monde assume que la mixité choisie, c'est fondamentalement aller contre l'inclusivité. C'était acceptable quand c'était pour exclure des mecs en théorie, mais une fois qu'en pratique, ça déborde, personne ne semble remettre le fondamental en question.

    Car même en changeant les critères de catégorisation, ça reste une catégorisation sociale et donc il ne faut pas s'étonner si les travers inhérents des catégorisations sociales persistent.

    Donc est ce que c'est contre productif sur le long terme, je ne sais pas, mais je pense que c'est une illustration parfaite d'une phrase connu d'Audrey Lorde: "(For) the master's tools will never dismantle the master's house".