Je ne comprendrais jamais comment on peut croire que "l'argument de la définition" puisse être pertinent.
1) Prétendre qu'il n'y a pas de définition est faux.
Même si ça varie entre les interlocuteurs, les grandes lignes sont les mêmes: c'est lié à l'identité de genre.
En réalité, cette discussion est en général pas constructive:
Toi: c'est quoi la définition
Ton interlocuteur: voici la définition: ...
Toi: non mais cette définition n'est pas valide parce que je refuse la validité de certains termes, je trouve un cas particuliers où ta définition ne me satisfait pas, j'ai entendu quelqu'un d'autre dire quelque chose de différent, ...
C'est un argument circulaire "vous n'êtes même pas capables de donner une définition, la preuve, lorsque vous donnez une définition, je considère que c'est pas vraiment un définition".
Bref, les gens tendent à ne pas répondre pas parce qu'ils ne savent pas, mais parce qu'ils ont déjà vu que s'engager dans cette conversation est mettre le doigt dans l'engrenage avec quelqu'un qui sera de mauvaise foi.
2) Ceux qui utilisent cet argument sont hypocrites: ils ne sont pas capables de produire une définition qui n'a pas les mêmes défauts.
En général, les définitions qui excluent les femmes trans du groupe des femmes oscillent en fonction des discussions entre "ce qu'elles ont entre les jambes", "leurs gênes", voire même "leur groupe social" (lorsqu'il est question d'expliquer qu'accepter les femmes trans comme étant femmes est un danger pour les femmes cis).
La plupart du temps, ces définitions reposent sur des termes vagues, voire même parfois "une femme, c'est une femme, tu vois, c'est clair, non ?".
3) Si la "nouvelle" définition est plus complète, prétendre que l'"ancienne" est meilleure parce qu'elle est ancienne, c'est juste de la stupidité.
À une certaine période, on a eu une définition "simple": "les femmes sont les êtres humains qui ont certains organes femelles".
Ensuite, la science a remarqué que cette définition ne marche pas, que la réalité est différente.
Prétendre que la nouvelle définition est incorrecte parce que plus compliquée, c'est comme prétendre que la définition actuelle de l'univers est mauvaise parce qu'aujourd'hui, on a des difficultés à comprendre la matière noire et l'énergie sombre, alors que quand on pensait que l'univers était un dôme avec des petites loupiotes, c'était quand même moins compliqué.
Aujourd'hui, on sait que l'identité de genre est une réalité scientifique (qu'on soit trans ou cis, les premiers éléments pour penser que c'est le cas ont même été trouvé en observant des personnes cis, tel que David Reimer). C'est d'ailleurs assez amusant de voir que certains prétendent qu'une définition basée sur "ce qui existe à la naissance à l'intérieur du crâne" est inconcevable et a tout les défauts du monde, mais qu'une définition basée sur "ce qui existe à la naissance entre les jambes", magiquement, n'a pas ces défauts.
4) Des définitions "difficiles", il y en a partout et il y en a toujours eu, sans que ça pose problème à ceux qui n'aiment pas les définitions trans-inclusive de la féminité.
Il y a effectivement des questions ouvertes ou des débats entre experts sur la question de la féminité.
Mais on retrouve de tels débats partout, pour, par exemple, la définition d'intelligence, de démocratie, de dépression, d'identité nationale, de signification statistique, ...
(je sais qu'en donnant des exemples, j'ouvre la voie à des contre-argumentation débile du style "non mais dans ta liste de X éléments, je ne suis pas d'accord avec X3, donc, je vais répondre là-dessus comme si ça changeait quoi que ce soit à l'argument général": si quelqu'un n'est pas d'accord avec certains exemples, qu'il les remplace lui-même par d'autres, il y en a des tonnes).
Cela n'a jamais empêcher ceux qui utilisent l'"argument de la définition" de dormir. En réalité, cet argument est une rationalisation, peut-être même inconsciente: ils n'aiment pas la définition trans-inclusive, donc, ils essayent de trouver des raisons objectives pour justifier qu'elle doit être invalide, sans vraiment vérifier que ce qui, selon eux, les gêne, ne les gêne pas du tout dans tout les autres cas de figures.
5) Notons aussi en passant qu'il existe un argument fallacieux appelé "appeal to definition".
Dire "dans mon dictionnaire Larousse, c'est écrit X" n'est pas un argument: le dictionnaire est par définition le dernier endroit à être modifié quand on s'est rendu compte que quelque chose que l'on croyait correct ne l'est pas vraiment.
Conclusion:
J'ai l'impression que ceux qui utilise "l'argument de la définition" pensent avoir porté un coup fatal à leurs opposants. Tandis que les opposants se disent "oh, en fait, cette personne est juste un idiot, qui pense avoir avancé un argument malin alors que cet argument est troué de partout".
C'est un peu comme jouer aux échecs avec un pigeon.
[^] # Re: Passionnant
Posté par j-c_32 . En réponse au lien comment détruire son industrie de la tech. Évalué à 3.
Je ne comprendrais jamais comment on peut croire que "l'argument de la définition" puisse être pertinent.
1) Prétendre qu'il n'y a pas de définition est faux.
Même si ça varie entre les interlocuteurs, les grandes lignes sont les mêmes: c'est lié à l'identité de genre.
En réalité, cette discussion est en général pas constructive:
Toi: c'est quoi la définition
Ton interlocuteur: voici la définition: ...
Toi: non mais cette définition n'est pas valide parce que je refuse la validité de certains termes, je trouve un cas particuliers où ta définition ne me satisfait pas, j'ai entendu quelqu'un d'autre dire quelque chose de différent, ...
C'est un argument circulaire "vous n'êtes même pas capables de donner une définition, la preuve, lorsque vous donnez une définition, je considère que c'est pas vraiment un définition".
Bref, les gens tendent à ne pas répondre pas parce qu'ils ne savent pas, mais parce qu'ils ont déjà vu que s'engager dans cette conversation est mettre le doigt dans l'engrenage avec quelqu'un qui sera de mauvaise foi.
2) Ceux qui utilisent cet argument sont hypocrites: ils ne sont pas capables de produire une définition qui n'a pas les mêmes défauts.
En général, les définitions qui excluent les femmes trans du groupe des femmes oscillent en fonction des discussions entre "ce qu'elles ont entre les jambes", "leurs gênes", voire même "leur groupe social" (lorsqu'il est question d'expliquer qu'accepter les femmes trans comme étant femmes est un danger pour les femmes cis).
La plupart du temps, ces définitions reposent sur des termes vagues, voire même parfois "une femme, c'est une femme, tu vois, c'est clair, non ?".
3) Si la "nouvelle" définition est plus complète, prétendre que l'"ancienne" est meilleure parce qu'elle est ancienne, c'est juste de la stupidité.
À une certaine période, on a eu une définition "simple": "les femmes sont les êtres humains qui ont certains organes femelles".
Ensuite, la science a remarqué que cette définition ne marche pas, que la réalité est différente.
Prétendre que la nouvelle définition est incorrecte parce que plus compliquée, c'est comme prétendre que la définition actuelle de l'univers est mauvaise parce qu'aujourd'hui, on a des difficultés à comprendre la matière noire et l'énergie sombre, alors que quand on pensait que l'univers était un dôme avec des petites loupiotes, c'était quand même moins compliqué.
Aujourd'hui, on sait que l'identité de genre est une réalité scientifique (qu'on soit trans ou cis, les premiers éléments pour penser que c'est le cas ont même été trouvé en observant des personnes cis, tel que David Reimer). C'est d'ailleurs assez amusant de voir que certains prétendent qu'une définition basée sur "ce qui existe à la naissance à l'intérieur du crâne" est inconcevable et a tout les défauts du monde, mais qu'une définition basée sur "ce qui existe à la naissance entre les jambes", magiquement, n'a pas ces défauts.
4) Des définitions "difficiles", il y en a partout et il y en a toujours eu, sans que ça pose problème à ceux qui n'aiment pas les définitions trans-inclusive de la féminité.
Il y a effectivement des questions ouvertes ou des débats entre experts sur la question de la féminité.
Mais on retrouve de tels débats partout, pour, par exemple, la définition d'intelligence, de démocratie, de dépression, d'identité nationale, de signification statistique, ...
(je sais qu'en donnant des exemples, j'ouvre la voie à des contre-argumentation débile du style "non mais dans ta liste de X éléments, je ne suis pas d'accord avec X3, donc, je vais répondre là-dessus comme si ça changeait quoi que ce soit à l'argument général": si quelqu'un n'est pas d'accord avec certains exemples, qu'il les remplace lui-même par d'autres, il y en a des tonnes).
Cela n'a jamais empêcher ceux qui utilisent l'"argument de la définition" de dormir. En réalité, cet argument est une rationalisation, peut-être même inconsciente: ils n'aiment pas la définition trans-inclusive, donc, ils essayent de trouver des raisons objectives pour justifier qu'elle doit être invalide, sans vraiment vérifier que ce qui, selon eux, les gêne, ne les gêne pas du tout dans tout les autres cas de figures.
5) Notons aussi en passant qu'il existe un argument fallacieux appelé "appeal to definition".
Dire "dans mon dictionnaire Larousse, c'est écrit X" n'est pas un argument: le dictionnaire est par définition le dernier endroit à être modifié quand on s'est rendu compte que quelque chose que l'on croyait correct ne l'est pas vraiment.
Conclusion:
J'ai l'impression que ceux qui utilise "l'argument de la définition" pensent avoir porté un coup fatal à leurs opposants. Tandis que les opposants se disent "oh, en fait, cette personne est juste un idiot, qui pense avoir avancé un argument malin alors que cet argument est troué de partout".
C'est un peu comme jouer aux échecs avec un pigeon.