• [^] # Re: Un titre peut en cacher un autre

    Posté par . En réponse au lien Conférence "Les freins à l’accès des filles aux filières informatiques et numériques du Lycée". Évalué à 4.

    Il me semble qu'il y a déjà de la législation en place pour contrer ce genre de problème, mais c'est vrai qu'elle n'est pas parfaite.

    La législation est même parfois un frein: "non mais c'est bon, il y a une législation, donc, les mentalités vont magiquement changer".
    En ce qui concerne les mentalités, un bon exemple pour comprendre comment elles évoluent, c'est l'extrême droite: cela fait des décennies que "l'opinion générale respectée" s'accorde à dire que l'extrême droite c'est mal, et qu'il y a des lois pour réguler les abus. Mais cela n'empêche pas beaucoup d'encore participer, consciemment ou non, au problème de l'extrême droite.

    J'ai eu la chance de travailler dans des environnements ou ce problème était complètement absent

    NON!
    La réalité, c'est que tu n'as aucune idée si le problème est "complètement absent". Éventuellement, tu peux savoir si le problème est très présent (et donc visible), ou bien pas visible. S'il n'est pas visible, il est soit absent, soit ... pas visible.
    Le fait que tu crois sincèrement qu'il est complètement absent alors que tu n'as aucune preuve que c'est le cas ne fait que renforcer tes biais, et si une personne de cet environnement dirait qu'il ou elle a observé du sexisme, tu vas forcément, que tu le veuilles ou non, minimiser ce témoignage, voire même doucement renforcer en toi l'idée que "de nos jours, il y a de plus en plus de gens qui accusent de sexisme alors qu'il n'y en a pas".

    La grande majorité des problèmes sont très difficilement visibles. Par exemple, un recruteur qui est biaisé ne va jamais dire qu'il évalue les femmes plus défavorablement: il pense sincèrement qu'il évalue de manière juste. Et si tu fais partie du processus de sélection, il est bien possible qu'il va te donner une justification que tu trouveras légitime mais qui est sans doute injuste. Il y a aussi plein de petits éléments qui ne sont visibles qu'entre la personne biaisée et la personne qui en est victime. Par exemple, pour les échanges qui se font uniquement entre la personne biaisée et la personne qui en est victime: tu n'es pas là, tu n'as aucune idée de ces interactions.

    Si tu veux savoir si le problème est complètement absent d'un environnement, la seule façon, c'est de faire une étude scientifique, avec un méthodologie spécifique pour éviter les biais. L'observation personnelle ne vaut scientifiquement rien. Au contraire, c'est très dommageable, car cela donne une fausse impression qui biaise la personne qui croit en ces conclusions.
    Lorsque de telles études sont réalisées et qu'on conclut qu'il y avait un biais, les participants à l’environnement sont en général les premiers surpris (par exemple dans l'étude où on voit un biais où les participants sont plus enclin à changer d'avis après avoir discuter avec quelqu'un qu'ils croient être un homme, ou bien l'étude où on demande à des participants de dire si ces bébés sont plus intéressés par les poupées ou les camions et à qui ont leur dis à la fin, quand ils ont conclu que les garçons préfèrent les camions et les filles les poupées qu'en fait les garçons étaient habillés en fille et inversement et qu'ils ont donc conclu que les garçons préfèrent les poupées, ou bien cette étude où on demande de juger de la pertinence de différente études et où on remarque que si on construit une fausse étude qui conclut à un biais sexiste, cette étude est jugée moins crédible que si les mêmes chiffres et la même méthodologie est utilisée pour conclure quelque chose d'autre).