• [^] # Re: Étiquettes non pertinentes

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Tentative de manipulation de Wikipédia par l’équipe d’Éric Zemmour. Évalué à 10.

    Ton commentaire, aussi ridicule qu'il soit, est justement le commentaire parfait pour examiner les méthodes rhétoriques d'une partie de l’extrême droite.

    Vu qu'il se résume à grosso modo à une variation de "C'est fasciste de dire que Zemmour est un fasciste", on va regarder en détail ça.

    On pourrait croire que la phrase semble correct, vu qu'à minima, sa grammaire est correct. Mais en regardant, on va voir qu'elle laisse un sentiment de confusion mal placé.

    En effet, les parties d’extrême droite ont bien compris que le fascisme, c'est mal vu. Contrairement par exemple au parti communiste qui continue de s'appeler partie communiste depuis toujours, on a relativement peu de groupes qui se réclament ouvertement du fascisme. Il y en a eu en France pourtant, comme le Faisceau, le PPF, etc. Mais ce nom n'est pas très positif, et si le parti ne veut pas être associé à ça, c'est bien parce que c'est actuellement indéfendable.

    Et donc, ne pas paraitre facho, c'est un impératif. À partir de la, il y a plusieurs façons.

    Une façon, c'est de réfuter l'appartenance au fascisme. C'est pour ça que l'équipe de Zemmour a soutenu la cellule WikiZedia (soutien sous forme de post sur Twitter, mais aussi l'envoi de Cheep qui était visiblement proche de l'équipe de campagne). Ou demander à faire retirer des tags sur Linuxfr.

    Une autre façon est simplement de faire perdre son sens aux mots. Par exemple, si quelqu'un utilise le mot fascisme pour dire tout et n'importe quoi, ça va diminuer son sens. Les manifs dans le monde qui comparent les mandats de masques à du fascisme, c'est in-fine ce genre de manœuvre. Dire que les antifascistes sont les vrais fascistes, c'est exactement ça. Et c'est exactement le but du commentaire. Les gens qui reprennent cet élément de langage ne sont pas forcément conscient de l'effet, mais c'est pas grave, l'important est que la personne en face passe du temps à se défendre et qu'un doute persiste.

    Avec suffisamment de répétition, les personnes qui reprennent ce mantra finisse par se dire "oui, on est pas fasciste".

    Bon la, c'est loupé parce que poster des pâtés sur Linuxfr, j'aime ça, et en plus, vu nos scores de karma respectifs, d'autres aiment ça. Comme le dit Umberto Eco dans son essai Ur-Fascism, le fascisme de par son incapacité à évaluer l'ennemi est voué à toujours perdre.

    D'ailleurs, ça se voit assez bien dans les candidatures et la course aux signatures, le principal adversaire du parti de Zemmour, ça reste celui de Marine Le Pen. Il est assez claire que les deux se sabotent mutuellement, et c'est d'ailleurs un des points qu'on découvre dans l'affaire de la cellule WikiZedia. En effet, un passage du livre explique que le groupe ne va pas demander de l'aide à d'autres militants car ils sont dans le camp du RN. À coté de ça, se faire infiltrer par un journaliste, ça ne leur a pas effleuré l'esprit (encore une fois, incapacité à évaluer l'ennemi).

    Le RN/FN a réussi par le passé à survivre malgré les dissensions de Mégret ou de Phillipot, c'est donc bien signe que la structure est solide. Ici, on voit que Zemmour, en volant les cadres du parti, arrive à le rendre assez inopérant, et je ne serais pas surpris d'apprendre qu'il y a des tractations ou des incitations de chaque parti auprès des maires à ne pas signer pour l'autre.

    Mais bon, à coté de ça, le parti va mentir et faire croire à sa base que l'ennemi, c'est le bobo-ultra-gauchiste-islamo-woke.