Du point de vue du traducteur humain... qui pratique son art à titre professionnel, ce n'est pas la joie non plus.
Le recours aux moteurs de traduction machine s'est généralisé ces dernières années et personne n'y échappe. Certes, la qualité de ces moteurs s'est améliorée grâce à l'introduction de stratégies d'IA spécifiques aux différents moteurs. La perspective, pour les acteurs qui produisent des contenus et s'engagent dans une internationalisation de leurs activités, c'est de réduire les coûts de documentation tout en augmentant les volumes.
Tout y passe : manuels utilisateurs de machines, contrats, catalogues de produits, etc., dans tous les secteurs possibles et imaginables.
Comme on se rend bien compte que la qualité est dégradée par rapport à ce que fait un traducteur humain, on emploie ces derniers à faire de la post-édition (PE ou post-editing). Un travail ingrat, dans lequel il faut se farcir les conneries et contresens de la machine, qui effectivement, d'un 'segment' à l'autre, traduit avec une grande variabilité.
Exemples de contresens : dans un document juridique dont j'ai fait la post-édition, il était question de "cannibalisation" dans un contexte de maintenance de machines. Le moteur de traduction a traduit naïvement par "cannibalisme". Pas top. L'enjeu est donc de détecter ce genre de loupés sémantiques, dans une phrase qui est pour le reste syntaxiquement correcte.
Les grands acteurs du commerce (Ebay, Amazon, et Aliexpress, etc.) s'y sont mis et de fait, tous font appel à la traduction machine. Sans oublier l'"industrie" culturelle. Dans ce secteur, je ne citerai que Netflix, qui a défrayé la chronique, suite à des ratés dans la post-édition de sous-titres d'un film coréen ([1, 2]).
Certains font post-éditer. Parmi eux, certains le font faire par des petites-mains, en recourant aux plateformes de crowdworking, qui elles aussi sous-sous-traitent. Les conditions de travail y sont déplorables. J'en ai fait. C'est un travail de soutier, ingrat au possible. J'en fais à l'instant même, c'est comme les OGM, il y en a vraiment partout.
Bref, les consommateurs grand public et les acheteurs professionnels obtiennent ce pour quoi ils payent : des produits bas de gamme, produits à gros volumes, dans des usines exploitant leurs ouvriers, et, à tous les échelons de ces acteurs globaux, on pressure et rogne sur les budgets.
Mais le plus intéressant, ce sont les dessous de l'innovation technologique : ce qui est vendu comme une réussite et un acquis de l'IA c'est en fait, dans les coulisses, et pour une grande part, de l'intelligence humaine exploitée sans vergogne, et de la sueur de crowdworkers, noyée dans un océan de médiocrité.
# Du point de vue du traducteur humain...
Posté par samydb . En réponse au journal Les joies infinies des moteurs de traduction automatiques. Évalué à 10. Dernière modification le 12 février 2022 à 16:03.
Du point de vue du traducteur humain... qui pratique son art à titre professionnel, ce n'est pas la joie non plus.
Le recours aux moteurs de traduction machine s'est généralisé ces dernières années et personne n'y échappe. Certes, la qualité de ces moteurs s'est améliorée grâce à l'introduction de stratégies d'IA spécifiques aux différents moteurs. La perspective, pour les acteurs qui produisent des contenus et s'engagent dans une internationalisation de leurs activités, c'est de réduire les coûts de documentation tout en augmentant les volumes.
Tout y passe : manuels utilisateurs de machines, contrats, catalogues de produits, etc., dans tous les secteurs possibles et imaginables.
Comme on se rend bien compte que la qualité est dégradée par rapport à ce que fait un traducteur humain, on emploie ces derniers à faire de la post-édition (PE ou post-editing). Un travail ingrat, dans lequel il faut se farcir les conneries et contresens de la machine, qui effectivement, d'un 'segment' à l'autre, traduit avec une grande variabilité.
Exemples de contresens : dans un document juridique dont j'ai fait la post-édition, il était question de "cannibalisation" dans un contexte de maintenance de machines. Le moteur de traduction a traduit naïvement par "cannibalisme". Pas top. L'enjeu est donc de détecter ce genre de loupés sémantiques, dans une phrase qui est pour le reste syntaxiquement correcte.
Les grands acteurs du commerce (Ebay, Amazon, et Aliexpress, etc.) s'y sont mis et de fait, tous font appel à la traduction machine. Sans oublier l'"industrie" culturelle. Dans ce secteur, je ne citerai que Netflix, qui a défrayé la chronique, suite à des ratés dans la post-édition de sous-titres d'un film coréen ([1, 2]).
Certains font post-éditer. Parmi eux, certains le font faire par des petites-mains, en recourant aux plateformes de crowdworking, qui elles aussi sous-sous-traitent. Les conditions de travail y sont déplorables. J'en ai fait. C'est un travail de soutier, ingrat au possible. J'en fais à l'instant même, c'est comme les OGM, il y en a vraiment partout.
Bref, les consommateurs grand public et les acheteurs professionnels obtiennent ce pour quoi ils payent : des produits bas de gamme, produits à gros volumes, dans des usines exploitant leurs ouvriers, et, à tous les échelons de ces acteurs globaux, on pressure et rogne sur les budgets.
Mais le plus intéressant, ce sont les dessous de l'innovation technologique : ce qui est vendu comme une réussite et un acquis de l'IA c'est en fait, dans les coulisses, et pour une grande part, de l'intelligence humaine exploitée sans vergogne, et de la sueur de crowdworkers, noyée dans un océan de médiocrité.
[1] https://marketresearchtelecast.com/translators-criticize-netflix-for-automated-subtitles-of-the-squid-game/179179/
[2] https://beta.ataa.fr/blog/article/le-sous-titrage-francais-de-roma