une société anarchique ce n'est pas un individualisme porté à l'extrême, ce n'est pas des bandes de pillards et de tueurs sanguinaires sortis de mad max.
Tu le vois ainsi... mais si l'état disparaît et ainsi son autorité, je ne pense pas que tout le monde sera aussi respectueux que toi des autres. Pour moi, l'anarchisme (tout comme le communisme) sont des utopies qui ne peuvent être appliqué aux sociétés humaines. Car l'homme n'a pas un bon fond (certains peut être, mais la plupart non). J'ai vécu 10 années dans une zone de "non droit", comme qu'on dit, où on ne sentait pas des masses l'autorité (ainsi que l'aide) de l'Etat , ben franchement, je trouvais que ça manquait. Mais bon, si un jour on me montre que les hommes ne sont plus cons alors je voudrais bien qu'on voit ce que donne une société anarchique.
Allez pour la culture générale, un article tiré de l'encyclopédie Hachette (pour plus d'infos, site Wanadoo section Tous les savoirs).
Article de l'encyclopédie Hachette: L'anarchisme
L'anarchisme vise à l'abolition immédiate de l'État, mais il est impossible d'en donner une définition plus précise, tant les expressions de ce courant de pensée sont diverses. Le mot grec anarkhia désigne « l'absence de chef, la situation d'un peuple sans chef ». Il faut donc distinguer l'anarchisme du chaos : d'une part, l'absence de chef n'est pas l'absence de pouvoir, et les anarchistes affirment que l'absence de chef est la condition du pouvoir de chacun, de sa liberté d'agir ; d'autre part, certains courants défendent l'idée que l'absence d'autorité, qui seule réalise l'harmonie sans contrainte, est en réalité la plus haute expression de l'ordre social. Il convient donc de différencier les mots « anarchisme » et « anarchie » lorsque ce dernier équivaut à « désordre, confusion, chaos », et si certains courants anarchistes se revendiquent de l'anarchie plutôt que de l'anarchisme dans lequel ils voient une fixation idéologique qu'ils refusent , c'est avec le sens d'« absence de chef » et non celui de « chaos ».
Si le terme d'« anarchiste » apparaît sous l'Ancien Régime avec un sens négatif Babeuf traite Louis XVI et La Fayette d'anarchistes , sens qu'il conserve sous la Révolution Jacques Roux est accusé de vouloir créer l'anarchie , sa première utilisation avec un sens positif est sans doute due à Proudhon en 1840 ; exposant la forme de gouvernement qu'il souhaite, il répond qu'il est « républicain anarchiste ». Cependant, ceux que l'on appellera plus tard les anarchistes se réclament alors du « collectivisme » par opposition au communisme autoritaire incarné par Marx. Ce n'est qu'en 1877 qu'« anarchisme » est employé avec le sens qu'on lui connaît aujourd'hui, par James Guillaume dans le Bulletin de la Fédération jurassienne.
Les idées libertaires
On trouve dans le passé nombre d'auteurs qui prônent l'anti-étatisme, la désobéissance, la rébellion, la propriété collective ou l'absence de propriété. Ces idées, parfois transformées ou interprétées, furent reprises notamment du stoïcisme de Zénon, de la philosophie de Rabelais (« faictz ce que vouldras », selon la règle de l'abbaye de Thélème ), de l'athéisme de Diderot On peut considérer que le premier livre libertaire est dû à William Godwin (1756 -1836 ), qui publia en Grande-Bretagne, en février 1793, son Analyse sur la justice politique et son influence sur la vertu en général et le bonheur. Dès cette ébauche, la doctrine libertaire révèle sa forte dimension éthique, porteuse d'idéaux abstraits, tels que la possibilité pour chacun d'agir en conformité avec la raison et de consommer selon ses besoins. D'où la grande diversité de ses applications politiques, qui vont du plus extrême radicalisme à la non-violence d'inspiration chrétienne de Léon Tolstoï.
La condamnation de l'autorité politique et religieuse
Qu'elle soit religieuse ou politique, l'autorité est condamnée en tant que source de répression et d'arbitraire. Selon la conception anarchiste, ces deux formes de pouvoir ne visent qu'à assurer la puissance économique de quelques privilégiés, l'origine divine de la première étant contestée autant que la fonction sociale de la seconde. Cependant, si la quasi-totalité des anarchistes sont opposés à la religion, tous ne sont pas athées, et leurs convictions antireligieuses procèdent d'abord de leur opposition irréductible à toute forme de hiérarchie. Pour que s'instaure l'égalité sociale, condition de la liberté de penser et d'agir des individus, tous les pouvoirs politiques doivent être démantelés. Il s'agit là d'une composante essentielle de la théorie, pour laquelle la liberté individuelle représente la valeur suprême. Les partis politiques se trouvent donc inévitablement frappés d'illégitimité, notamment du fait que leurs membres sont tenus de se soumettre aux choix des instances supérieures. Même si les militants l'acceptent, c'est une atteinte à l'autonomie individuelle, à laquelle seule la forme associative peut permettre d'échapper.
L'abolition immédiate de l'État
L'abolition de l'État est un objectif que revendique l'ensemble des courants communistes, mais ce qui oppose radicalement marxistes et anarchistes, c'est que les premiers envisagent un « dépérissement » de l'État, alors que les seconds prônent son abolition immédiate, en partant de l'hypothèse que la cohésion sociale y émergera d'un mouvement spontané des individus. En outre, une importante conséquence de cette divergence de vues est que les marxistes préconisent de prendre le pouvoir pour ensuite supprimer l'État, alors que les anarchistes veulent organiser la société par la base et rendre ainsi l'État caduc ; ils refusent donc de participer aux élections, à l'inverse des marxistes. En affirmant que les hommes n'ont pas consenti à constituer une société en déléguant une grande partie de leurs pouvoirs à l'autorité suprême, la plupart des théoriciens anarchistes se réfèrent à un état originel qui aurait été brisé par l'institution de l'État.
Aussi les anarchistes condamnent -ils sans appel la nature répressive et la structure pyramidale de l'État, ainsi que son rôle de conservateur de l'ordre économique existant. La question des modalités de l'abolition de l'État fut au cur des dissensions internes à l'Association internationale des travailleurs (AIT ) ou Ire Internationale ; le 15 septembre 1872, lors du congrès de La Haye, les partisans de l'abolition immédiate de l'État Bakounine, James Guillaume, Adhémar Schwitzguébel furent exclus de l'AIT et décidèrent de convoquer un congrès extraordinaire en Suisse, à Saint-Imier, où naquit l'Internationale anti-autoritaire ; c'est l'acte de naissance de l'anarchisme on disait à l'époque « collectivisme anarchiste » en tant que courant politique organisé.
Anarchisme individualiste et anarchisme communiste
Les courants de pensée anarchistes sont divers, et parfois même divergents sur certains points. Ainsi, l'individualisme sans concession de Stirner est -il critiqué, voire rejeté, par nombre d'anarchistes, notamment dans les rangs anarcho-syndicalistes. À l'inverse, les individualistes récusent toute idée d'organisation, idée pourtant chère à Proudhon ou à Bakounine.
L'individu et l'association chez Stirner
Max Stirner (1806 -1856 ) inaugure l'un des deux courants majeurs de l'anarchisme. Il publie en 1844 un livre qui cause un vif scandale parmi les cercles d'hégéliens, l'Unique et sa propriété. L'Unique, c'est le Moi, l'égoïste, c'est-à-dire l'individu qui, pleinement conscient de s'opposer tant à Dieu qu'à l'Homme, se réalise dans la jouissance : « Jouir de la vie, c'est la dévorer et la détruire. » Stirner oppose l'association des individus à l'État et à la société : l'association résulte de la libre volonté, alors que la société est pure contrainte. Mais les individus ne peuvent s'associer que s'ils sont parvenus à s'émanciper des idées, des pensées, des religions, que s'ils se sont créés eux -mêmes, ne devant plus rien ni à Dieu ni à l'Homme : « Je suis le propriétaire de ma puissance, et je le suis quand je me sais Unique. Dans l'Unique, le possesseur retourne au Rien créateur dont il est sorti. » Ouvrage profondément antichrétien, l'Unique et sa propriété est l'uvre d'un individu qui affectionne la provocation ; ainsi, Stirner commence et termine son livre sur cette sentence : « Je n'ai fondé ma cause sur Rien », laquelle montre que la pensée de Stirner s'inscrit à la fois au cur et au-delà de la dialectique.
Le mutuellisme de Proudhon
Le courant qu'incarne Pierre Joseph Proudhon (1809 -1865 ) est différent : chez lui, l'individualisme s'estompe considérablement ; il condamne l'« adoration des individus » et les projets n'envisageant aucun lien organique entre eux. Cherchant à exploiter leur force collective, Proudhon propose la création d'un système mutuelliste, dans lequel les producteurs librement associés s'offriraient des prestations réciproques, en particulier des crédits mutuels, gérés par une Banque du peuple qui supprimerait l'argent et n'aurait pas le droit de prélever des intérêts. Le mutuellisme proudhonien n'a pas seulement un caractère antiétatique, il est éminemment anticapitaliste : assimilée au vol, la propriété y est remplacée par la possession c'est-à-dire par la détention et l'usage contractuels des moyens de production appelée à effacer les inégalités. La Banque du peuple ne rencontra pas le succès et l'expérience fut interrompue du fait de l'incarcération de son fondateur, mais l'idée perdura, notamment avec les sociétés ouvrières de secours mutuel.
À l'abolition de l'État devra succéder un pacte de fédération conclu entre des communautés territoriales. Selon Proudhon, le fédéralisme correspond à la seule organisation sociale où « la centralisation s'effectue de bas en haut ».
Proudhon écrit, en 1849, dans ses Confessions d'un révolutionnaire : « Ce que le capital fait au travail et l'État à la liberté, l'Église, de son côté, le fait à l'esprit. [ ] Pour opprimer efficacement le peuple, il faut enchaîner temporairement son corps, sa volonté et sa raison. » Dans sa condamnation de la « trinité de l'absolutisme », Proudhon est l'annonciateur de Bakounine.
L'internationalisme de Bakounine
La révolution anarchiste que Mikhaïl Bakounine (1814 -1876 ) appelle de ses vux écarte tout compromis avec la société existante. Elle inscrit à son programme l'autogestion associée à la propriété collective des terres et des instruments de travail, exclut l'appropriation de ces moyens de production par l'État et s'attaque à toutes les contraintes sociales, voire morales. Bakounine appelle à la « destruction des États », et souhaite réaliser « la liberté de chacun par la liberté de tous ». Il rejette toute forme de patriotisme, et se montre l'un des plus fervents partisans de l'internationalisme, travaillant activement à sa concrétisation au sein de l'AIT et de l'Alliance secrète qu'il a fondée. Surtout, Bakounine consacre la plupart de son temps à l'action et à l'organisation, « l'organisation pour l'action », ainsi qu'il le préconise. Il est ainsi l'un des rares qui tentera, de l'extérieur, de porter assistance aux communards insurgés.
L'anarchisme communiste de Kropotkine
L'anarchisme communiste, selon son principal représentant Petr Kropotkine (1842 -1921 ) en rupture avec le communisme autoritaire et le communisme d'État, issus de la tradition jacobine , attribue un rôle essentiel à la spontanéité des masses, mais envisage en même temps qu'elle soit appuyée par une minorité de révolutionnaires. Cette thèse, dans laquelle Bakounine voyait l'apologie de la future « bureaucratie rouge », n'est pas le seul point de discorde avec les autres courants anarchistes. Dans la « libre fédération des producteurs et des consommateurs » de Kropotkine et de ses disciples Errico Malatesta et Élisée Reclus notamment , le collectivisme est étendu même à la distribution des biens de consommation. « À chacun selon ses besoins », telle est la célèbre devise impliquant la suppression des salaires des travailleurs. Dans le même esprit utopiste, Kropotkine prévoit que « le travail produira beaucoup plus qu'il ne faut pour tous ». Plus naturelle que la compétition, la coopération entre les hommes connaîtra alors un nouvel élan.
[^] # Re: Débat sur le « contrôle » d'Internet ce soir sur France Inter
Posté par deftones_chris . En réponse à la dépêche Débat sur le « contrôle » d'Internet ce soir sur France Inter. Évalué à 2.
Tu le vois ainsi... mais si l'état disparaît et ainsi son autorité, je ne pense pas que tout le monde sera aussi respectueux que toi des autres. Pour moi, l'anarchisme (tout comme le communisme) sont des utopies qui ne peuvent être appliqué aux sociétés humaines. Car l'homme n'a pas un bon fond (certains peut être, mais la plupart non). J'ai vécu 10 années dans une zone de "non droit", comme qu'on dit, où on ne sentait pas des masses l'autorité (ainsi que l'aide) de l'Etat , ben franchement, je trouvais que ça manquait. Mais bon, si un jour on me montre que les hommes ne sont plus cons alors je voudrais bien qu'on voit ce que donne une société anarchique.
Allez pour la culture générale, un article tiré de l'encyclopédie Hachette (pour plus d'infos, site Wanadoo section Tous les savoirs).
Article de l'encyclopédie Hachette: L'anarchisme
L'anarchisme vise à l'abolition immédiate de l'État, mais il est impossible d'en donner une définition plus précise, tant les expressions de ce courant de pensée sont diverses. Le mot grec anarkhia désigne « l'absence de chef, la situation d'un peuple sans chef ». Il faut donc distinguer l'anarchisme du chaos : d'une part, l'absence de chef n'est pas l'absence de pouvoir, et les anarchistes affirment que l'absence de chef est la condition du pouvoir de chacun, de sa liberté d'agir ; d'autre part, certains courants défendent l'idée que l'absence d'autorité, qui seule réalise l'harmonie sans contrainte, est en réalité la plus haute expression de l'ordre social. Il convient donc de différencier les mots « anarchisme » et « anarchie » lorsque ce dernier équivaut à « désordre, confusion, chaos », et si certains courants anarchistes se revendiquent de l'anarchie plutôt que de l'anarchisme dans lequel ils voient une fixation idéologique qu'ils refusent , c'est avec le sens d'« absence de chef » et non celui de « chaos ».
Si le terme d'« anarchiste » apparaît sous l'Ancien Régime avec un sens négatif Babeuf traite Louis XVI et La Fayette d'anarchistes , sens qu'il conserve sous la Révolution Jacques Roux est accusé de vouloir créer l'anarchie , sa première utilisation avec un sens positif est sans doute due à Proudhon en 1840 ; exposant la forme de gouvernement qu'il souhaite, il répond qu'il est « républicain anarchiste ». Cependant, ceux que l'on appellera plus tard les anarchistes se réclament alors du « collectivisme » par opposition au communisme autoritaire incarné par Marx. Ce n'est qu'en 1877 qu'« anarchisme » est employé avec le sens qu'on lui connaît aujourd'hui, par James Guillaume dans le Bulletin de la Fédération jurassienne.
Les idées libertaires
On trouve dans le passé nombre d'auteurs qui prônent l'anti-étatisme, la désobéissance, la rébellion, la propriété collective ou l'absence de propriété. Ces idées, parfois transformées ou interprétées, furent reprises notamment du stoïcisme de Zénon, de la philosophie de Rabelais (« faictz ce que vouldras », selon la règle de l'abbaye de Thélème ), de l'athéisme de Diderot On peut considérer que le premier livre libertaire est dû à William Godwin (1756 -1836 ), qui publia en Grande-Bretagne, en février 1793, son Analyse sur la justice politique et son influence sur la vertu en général et le bonheur. Dès cette ébauche, la doctrine libertaire révèle sa forte dimension éthique, porteuse d'idéaux abstraits, tels que la possibilité pour chacun d'agir en conformité avec la raison et de consommer selon ses besoins. D'où la grande diversité de ses applications politiques, qui vont du plus extrême radicalisme à la non-violence d'inspiration chrétienne de Léon Tolstoï.
La condamnation de l'autorité politique et religieuse
Qu'elle soit religieuse ou politique, l'autorité est condamnée en tant que source de répression et d'arbitraire. Selon la conception anarchiste, ces deux formes de pouvoir ne visent qu'à assurer la puissance économique de quelques privilégiés, l'origine divine de la première étant contestée autant que la fonction sociale de la seconde. Cependant, si la quasi-totalité des anarchistes sont opposés à la religion, tous ne sont pas athées, et leurs convictions antireligieuses procèdent d'abord de leur opposition irréductible à toute forme de hiérarchie. Pour que s'instaure l'égalité sociale, condition de la liberté de penser et d'agir des individus, tous les pouvoirs politiques doivent être démantelés. Il s'agit là d'une composante essentielle de la théorie, pour laquelle la liberté individuelle représente la valeur suprême. Les partis politiques se trouvent donc inévitablement frappés d'illégitimité, notamment du fait que leurs membres sont tenus de se soumettre aux choix des instances supérieures. Même si les militants l'acceptent, c'est une atteinte à l'autonomie individuelle, à laquelle seule la forme associative peut permettre d'échapper.
L'abolition immédiate de l'État
L'abolition de l'État est un objectif que revendique l'ensemble des courants communistes, mais ce qui oppose radicalement marxistes et anarchistes, c'est que les premiers envisagent un « dépérissement » de l'État, alors que les seconds prônent son abolition immédiate, en partant de l'hypothèse que la cohésion sociale y émergera d'un mouvement spontané des individus. En outre, une importante conséquence de cette divergence de vues est que les marxistes préconisent de prendre le pouvoir pour ensuite supprimer l'État, alors que les anarchistes veulent organiser la société par la base et rendre ainsi l'État caduc ; ils refusent donc de participer aux élections, à l'inverse des marxistes. En affirmant que les hommes n'ont pas consenti à constituer une société en déléguant une grande partie de leurs pouvoirs à l'autorité suprême, la plupart des théoriciens anarchistes se réfèrent à un état originel qui aurait été brisé par l'institution de l'État.
Aussi les anarchistes condamnent -ils sans appel la nature répressive et la structure pyramidale de l'État, ainsi que son rôle de conservateur de l'ordre économique existant. La question des modalités de l'abolition de l'État fut au cur des dissensions internes à l'Association internationale des travailleurs (AIT ) ou Ire Internationale ; le 15 septembre 1872, lors du congrès de La Haye, les partisans de l'abolition immédiate de l'État Bakounine, James Guillaume, Adhémar Schwitzguébel furent exclus de l'AIT et décidèrent de convoquer un congrès extraordinaire en Suisse, à Saint-Imier, où naquit l'Internationale anti-autoritaire ; c'est l'acte de naissance de l'anarchisme on disait à l'époque « collectivisme anarchiste » en tant que courant politique organisé.
Anarchisme individualiste et anarchisme communiste
Les courants de pensée anarchistes sont divers, et parfois même divergents sur certains points. Ainsi, l'individualisme sans concession de Stirner est -il critiqué, voire rejeté, par nombre d'anarchistes, notamment dans les rangs anarcho-syndicalistes. À l'inverse, les individualistes récusent toute idée d'organisation, idée pourtant chère à Proudhon ou à Bakounine.
L'individu et l'association chez Stirner
Max Stirner (1806 -1856 ) inaugure l'un des deux courants majeurs de l'anarchisme. Il publie en 1844 un livre qui cause un vif scandale parmi les cercles d'hégéliens, l'Unique et sa propriété. L'Unique, c'est le Moi, l'égoïste, c'est-à-dire l'individu qui, pleinement conscient de s'opposer tant à Dieu qu'à l'Homme, se réalise dans la jouissance : « Jouir de la vie, c'est la dévorer et la détruire. » Stirner oppose l'association des individus à l'État et à la société : l'association résulte de la libre volonté, alors que la société est pure contrainte. Mais les individus ne peuvent s'associer que s'ils sont parvenus à s'émanciper des idées, des pensées, des religions, que s'ils se sont créés eux -mêmes, ne devant plus rien ni à Dieu ni à l'Homme : « Je suis le propriétaire de ma puissance, et je le suis quand je me sais Unique. Dans l'Unique, le possesseur retourne au Rien créateur dont il est sorti. » Ouvrage profondément antichrétien, l'Unique et sa propriété est l'uvre d'un individu qui affectionne la provocation ; ainsi, Stirner commence et termine son livre sur cette sentence : « Je n'ai fondé ma cause sur Rien », laquelle montre que la pensée de Stirner s'inscrit à la fois au cur et au-delà de la dialectique.
Le mutuellisme de Proudhon
Le courant qu'incarne Pierre Joseph Proudhon (1809 -1865 ) est différent : chez lui, l'individualisme s'estompe considérablement ; il condamne l'« adoration des individus » et les projets n'envisageant aucun lien organique entre eux. Cherchant à exploiter leur force collective, Proudhon propose la création d'un système mutuelliste, dans lequel les producteurs librement associés s'offriraient des prestations réciproques, en particulier des crédits mutuels, gérés par une Banque du peuple qui supprimerait l'argent et n'aurait pas le droit de prélever des intérêts. Le mutuellisme proudhonien n'a pas seulement un caractère antiétatique, il est éminemment anticapitaliste : assimilée au vol, la propriété y est remplacée par la possession c'est-à-dire par la détention et l'usage contractuels des moyens de production appelée à effacer les inégalités. La Banque du peuple ne rencontra pas le succès et l'expérience fut interrompue du fait de l'incarcération de son fondateur, mais l'idée perdura, notamment avec les sociétés ouvrières de secours mutuel.
À l'abolition de l'État devra succéder un pacte de fédération conclu entre des communautés territoriales. Selon Proudhon, le fédéralisme correspond à la seule organisation sociale où « la centralisation s'effectue de bas en haut ».
Proudhon écrit, en 1849, dans ses Confessions d'un révolutionnaire : « Ce que le capital fait au travail et l'État à la liberté, l'Église, de son côté, le fait à l'esprit. [ ] Pour opprimer efficacement le peuple, il faut enchaîner temporairement son corps, sa volonté et sa raison. » Dans sa condamnation de la « trinité de l'absolutisme », Proudhon est l'annonciateur de Bakounine.
L'internationalisme de Bakounine
La révolution anarchiste que Mikhaïl Bakounine (1814 -1876 ) appelle de ses vux écarte tout compromis avec la société existante. Elle inscrit à son programme l'autogestion associée à la propriété collective des terres et des instruments de travail, exclut l'appropriation de ces moyens de production par l'État et s'attaque à toutes les contraintes sociales, voire morales. Bakounine appelle à la « destruction des États », et souhaite réaliser « la liberté de chacun par la liberté de tous ». Il rejette toute forme de patriotisme, et se montre l'un des plus fervents partisans de l'internationalisme, travaillant activement à sa concrétisation au sein de l'AIT et de l'Alliance secrète qu'il a fondée. Surtout, Bakounine consacre la plupart de son temps à l'action et à l'organisation, « l'organisation pour l'action », ainsi qu'il le préconise. Il est ainsi l'un des rares qui tentera, de l'extérieur, de porter assistance aux communards insurgés.
L'anarchisme communiste de Kropotkine
L'anarchisme communiste, selon son principal représentant Petr Kropotkine (1842 -1921 ) en rupture avec le communisme autoritaire et le communisme d'État, issus de la tradition jacobine , attribue un rôle essentiel à la spontanéité des masses, mais envisage en même temps qu'elle soit appuyée par une minorité de révolutionnaires. Cette thèse, dans laquelle Bakounine voyait l'apologie de la future « bureaucratie rouge », n'est pas le seul point de discorde avec les autres courants anarchistes. Dans la « libre fédération des producteurs et des consommateurs » de Kropotkine et de ses disciples Errico Malatesta et Élisée Reclus notamment , le collectivisme est étendu même à la distribution des biens de consommation. « À chacun selon ses besoins », telle est la célèbre devise impliquant la suppression des salaires des travailleurs. Dans le même esprit utopiste, Kropotkine prévoit que « le travail produira beaucoup plus qu'il ne faut pour tous ». Plus naturelle que la compétition, la coopération entre les hommes connaîtra alors un nouvel élan.
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