Bonjour, et merci d’avoir fait l’effort de s’inscrire et d’écrire tout ça. Et merci pour ton témoignage aussi.
Il y a plein de choses très pertinentes, qui pourront servir aussi à d’autres : ce genre de sujet est difficile à aborder parce qu’il y a facilement du déni ou de l’incompréhension, donc il y a aussi beaucoup de silences.
Un point tout de même : je ne suis pas venu chercher de l’aide (ça va, merci), mais apporter un éclairage.
Cette expérience est derrière moi, il y a forcément une longue traîne, mais je suis désormais très loin de ces gens, j’ai refait ma vie ailleurs, mon environnement perso et pro est sans lien avec mon ancien employeur, etc.
J’ai trouvé étonnant qu’une grande partie des réactions portent autant sur ce que j’ai vécu. Il est attendu et évident qu’on en parle (c’est moi qui introduit le sujet, et qui l’adapte à cette audience donc c’est normal), mais ça n’est qu’un témoignage introductif, une partie d’un ensemble, c’est sensé éclairer l’ensemble qui lui peut recevoir sa critique propre. Ça dénote d’ailleurs avec les autres réactions que j’ai pu voir ailleurs.
Par exemple je suis étonné que le fond de mon développement ne trouve quasiment aucun écho, en même temps le sujet a très vite été détourné par certains sur le sujet antivax alors que j’avais explicitement demandé de ne pas le faire, car ça tue le débat sur le passe en lui-même (le sujet antivax est un troll dans la question du passe sanitaire). Ou le fond du développement simplement écarté par un « ça part dans le grand n'importe quoi », oui mais encore ? C’est aussi parfois un mécanisme de déni (et parfois la marque d’un trauma) de jeter un « n’importe quoi » en balayant d’un revers, mais il n’y a qu’en creusant qu’on peut savoir si ce genre de réaction est la marque d’un déni ou s’il est fondé sur d’autres chose, là il ne reste que le revers.
Il y a plusieurs raison pour laquelle j’ai choisis ce témoignage personnel comme éclairage de la situation.
Un truc important c’est que je n’ai pas développé de réaction traumatique vis à vis du Covid, du confinement, etc. C’est un truc qu’il faut généralement garder pour soi parce que ça peut être vécu par certains comme un déni ou une minimisation de leur souffrance (alors que ça n’est pas ça). Ainsi il n’y a pas de mécanisme traumatique qui pourrait m’encourager à justifier ce qu’en dehors du Covid je n’aurait pas justifié. Et ça, c’est important.
Il y a eu la notion de coopération qui a été relevée, je suis plus à même d’évaluer la coopération qui s’est mise en place avec les auto-attestations, l’écriture de registres, le passe sanitaire, etc. Cette coopération m’apparaît fortement comme un mécanisme appartenant au traumatisme lui-même. Le déni qui entoure la mise en œuvre de toutes ces restrictions ressemblent fortement au reflet de la sidération.
Aussi, dans la coopération, il y a le problème de la confiance. Je me souviens qu’il y a quelques années j’avais évoqué avec un ami, naturellement sans m’inquiéter, une pratique de mon employeur à mon égard. Mon ami avait immédiatement réagi, « mais c’est pas illégal, ça ? », j’avais répondu « non, je crois bien qu’ils ont tout fait comme il fallait ». Pourquoi n’aurait-je pas eu confiance ? N’étaient-ils pas sensés être plus expérimenté que moi dans certains sujets administratifs ? Je n’étais pas employeur moi-même ! Pourquoi supposer la malveillance, la bêtise ou l’illégalité ? Bon ben en fait c’était bien illégal. Je vois le même mécanisme avec l’État, il y a une confiance naturelle qui dépasse même nos propres opinions sur les partis ou les élus. Après tout c’est le rôle de l’État ! Le trauma, la sidération, la confiance, je vois autour ces mécanismes qui ont permis que je sois abusé, et en même temps ces mécanismes n’ont pas (ou plus) d’effet sur moi.
C’est ça qui m’intéresse dans le témoignage et qui m’a motivé à introduire mon développement par un témoignage. J’ai énormément appris à poser des limites, à savoir me défendre, etc. Et je vois un pays entier qui coopère à fond les ballons. On a trouvé normal de se faire des auto-attestations, qui a eu pour effet l’acceptation massive d’un très haut niveau de bureaucratie (et un très haut niveau de coopération). Chacun contrôle son voisin, le taux de coopération est énorme. Chacun accepte de se tracer avec des outils numériques de surveillance de masse. Le taux de coopération et d’acceptation est énorme.
La fin ne justifie jamais les moyens dans le sens qu’une fin désirable ne rend jamais juste un moyen pour atteindre cette fin : le moyen doit toujours être juste en lui-même.
Parfois je me demande si à force d’avancer dans cette direction ça va finir comme dans Dune où certaines technologies seront bannies complètement, ou bien si nous serons tous esclaves. Il fut un temps où des hommes considéraient que ne serait-ce qu’un recensement méritait le châtiment de la ruine d’un royaume...
C’est certes une opinion personnelle, mais il me semble qu’on est allé trop loin quelles soient les bonnes intentions, et j’ai vu suffisamment de réactions d’acceptation ouvertement justifiées par l’expérience traumatique pour ne pas inviter à poser ce regard.
Par exemple certaines personnes vivent la remise en cause de cette fuite en avant vers le tout-contrôle comme une remise en cause et un déni de leur propre souffrance. Sauf que dans ce cas, rien ne peut satisfaire la soif, il n’y aurai jamais assez de contrôle pour effacer la cicatrice. Le propre de la cicatrice c’est que même guéri il reste une trace. Dans ce genre de situation toute tentative d’alléger les contrôles même en cas de rémission complète fera face à de la résistance.
Il y a peut-être aussi un mécanisme de rétribution narcissique : n’ayant pas été à la hauteur de nos exigences, on serait tenté de surenchérir a posteriori dans la quête d’une espèce de rachat.
Un autre point important est la durée. Covid-19 parce que 2019, nous sommes déjà en 2022, nous sommes sur la troisième année. Je ne vais pas comparer les horreurs de 14-18 ou 39-45 en tant que telles (ne me faites pas dire ce que je ne dis pas), mais simplement rappeler que ça n’a duré que 4 et 6 ans. Si la nature et l’intensité des drames ne sont pas comparables, il faut tout de même se préparer à ce que la marque du trauma imprègne la société pour plusieurs décennies sinon siècles.
Aucun passe sanitaire ne traitera ce problème, au contraire. À un moment les mécanismes de résiliences deviennent des handicaps et les mécanismes de résilience deviennent le fantôme du trauma qui perpétue sa présence, la vraie guérison ne survient que lorsque les mécanismes de résiliences guérissent à leur tour.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
[^] # Re: Sur le harcèlement moral...
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Comment j’ai été réduit en esclavage, comment vous m’avez aidé, et les leçons que j’en ai tirées. Évalué à 6.
Bonjour, et merci d’avoir fait l’effort de s’inscrire et d’écrire tout ça. Et merci pour ton témoignage aussi.
Il y a plein de choses très pertinentes, qui pourront servir aussi à d’autres : ce genre de sujet est difficile à aborder parce qu’il y a facilement du déni ou de l’incompréhension, donc il y a aussi beaucoup de silences.
Un point tout de même : je ne suis pas venu chercher de l’aide (ça va, merci), mais apporter un éclairage.
Cette expérience est derrière moi, il y a forcément une longue traîne, mais je suis désormais très loin de ces gens, j’ai refait ma vie ailleurs, mon environnement perso et pro est sans lien avec mon ancien employeur, etc.
J’ai trouvé étonnant qu’une grande partie des réactions portent autant sur ce que j’ai vécu. Il est attendu et évident qu’on en parle (c’est moi qui introduit le sujet, et qui l’adapte à cette audience donc c’est normal), mais ça n’est qu’un témoignage introductif, une partie d’un ensemble, c’est sensé éclairer l’ensemble qui lui peut recevoir sa critique propre. Ça dénote d’ailleurs avec les autres réactions que j’ai pu voir ailleurs.
Par exemple je suis étonné que le fond de mon développement ne trouve quasiment aucun écho, en même temps le sujet a très vite été détourné par certains sur le sujet antivax alors que j’avais explicitement demandé de ne pas le faire, car ça tue le débat sur le passe en lui-même (le sujet antivax est un troll dans la question du passe sanitaire). Ou le fond du développement simplement écarté par un « ça part dans le grand n'importe quoi », oui mais encore ? C’est aussi parfois un mécanisme de déni (et parfois la marque d’un trauma) de jeter un « n’importe quoi » en balayant d’un revers, mais il n’y a qu’en creusant qu’on peut savoir si ce genre de réaction est la marque d’un déni ou s’il est fondé sur d’autres chose, là il ne reste que le revers.
Il y a plusieurs raison pour laquelle j’ai choisis ce témoignage personnel comme éclairage de la situation.
Un truc important c’est que je n’ai pas développé de réaction traumatique vis à vis du Covid, du confinement, etc. C’est un truc qu’il faut généralement garder pour soi parce que ça peut être vécu par certains comme un déni ou une minimisation de leur souffrance (alors que ça n’est pas ça). Ainsi il n’y a pas de mécanisme traumatique qui pourrait m’encourager à justifier ce qu’en dehors du Covid je n’aurait pas justifié. Et ça, c’est important.
Il y a eu la notion de coopération qui a été relevée, je suis plus à même d’évaluer la coopération qui s’est mise en place avec les auto-attestations, l’écriture de registres, le passe sanitaire, etc. Cette coopération m’apparaît fortement comme un mécanisme appartenant au traumatisme lui-même. Le déni qui entoure la mise en œuvre de toutes ces restrictions ressemblent fortement au reflet de la sidération.
Aussi, dans la coopération, il y a le problème de la confiance. Je me souviens qu’il y a quelques années j’avais évoqué avec un ami, naturellement sans m’inquiéter, une pratique de mon employeur à mon égard. Mon ami avait immédiatement réagi, « mais c’est pas illégal, ça ? », j’avais répondu « non, je crois bien qu’ils ont tout fait comme il fallait ». Pourquoi n’aurait-je pas eu confiance ? N’étaient-ils pas sensés être plus expérimenté que moi dans certains sujets administratifs ? Je n’étais pas employeur moi-même ! Pourquoi supposer la malveillance, la bêtise ou l’illégalité ? Bon ben en fait c’était bien illégal. Je vois le même mécanisme avec l’État, il y a une confiance naturelle qui dépasse même nos propres opinions sur les partis ou les élus. Après tout c’est le rôle de l’État ! Le trauma, la sidération, la confiance, je vois autour ces mécanismes qui ont permis que je sois abusé, et en même temps ces mécanismes n’ont pas (ou plus) d’effet sur moi.
C’est ça qui m’intéresse dans le témoignage et qui m’a motivé à introduire mon développement par un témoignage. J’ai énormément appris à poser des limites, à savoir me défendre, etc. Et je vois un pays entier qui coopère à fond les ballons. On a trouvé normal de se faire des auto-attestations, qui a eu pour effet l’acceptation massive d’un très haut niveau de bureaucratie (et un très haut niveau de coopération). Chacun contrôle son voisin, le taux de coopération est énorme. Chacun accepte de se tracer avec des outils numériques de surveillance de masse. Le taux de coopération et d’acceptation est énorme.
La fin ne justifie jamais les moyens dans le sens qu’une fin désirable ne rend jamais juste un moyen pour atteindre cette fin : le moyen doit toujours être juste en lui-même.
Parfois je me demande si à force d’avancer dans cette direction ça va finir comme dans Dune où certaines technologies seront bannies complètement, ou bien si nous serons tous esclaves. Il fut un temps où des hommes considéraient que ne serait-ce qu’un recensement méritait le châtiment de la ruine d’un royaume...
C’est certes une opinion personnelle, mais il me semble qu’on est allé trop loin quelles soient les bonnes intentions, et j’ai vu suffisamment de réactions d’acceptation ouvertement justifiées par l’expérience traumatique pour ne pas inviter à poser ce regard.
Par exemple certaines personnes vivent la remise en cause de cette fuite en avant vers le tout-contrôle comme une remise en cause et un déni de leur propre souffrance. Sauf que dans ce cas, rien ne peut satisfaire la soif, il n’y aurai jamais assez de contrôle pour effacer la cicatrice. Le propre de la cicatrice c’est que même guéri il reste une trace. Dans ce genre de situation toute tentative d’alléger les contrôles même en cas de rémission complète fera face à de la résistance.
Il y a peut-être aussi un mécanisme de rétribution narcissique : n’ayant pas été à la hauteur de nos exigences, on serait tenté de surenchérir a posteriori dans la quête d’une espèce de rachat.
Un autre point important est la durée. Covid-19 parce que 2019, nous sommes déjà en 2022, nous sommes sur la troisième année. Je ne vais pas comparer les horreurs de 14-18 ou 39-45 en tant que telles (ne me faites pas dire ce que je ne dis pas), mais simplement rappeler que ça n’a duré que 4 et 6 ans. Si la nature et l’intensité des drames ne sont pas comparables, il faut tout de même se préparer à ce que la marque du trauma imprègne la société pour plusieurs décennies sinon siècles.
Aucun passe sanitaire ne traitera ce problème, au contraire. À un moment les mécanismes de résiliences deviennent des handicaps et les mécanismes de résilience deviennent le fantôme du trauma qui perpétue sa présence, la vraie guérison ne survient que lorsque les mécanismes de résiliences guérissent à leur tour.
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