• # Une synthèse de diverses réponses

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Comment j’ai été réduit en esclavage, comment vous m’avez aidé, et les leçons que j’en ai tirées. Évalué à 6.

    Je vais répondre à plusieurs points évoqués, en particulier certains messages de Zenitram qui me semble très investi (comme ce message).

    Un petit point bref sur lequel je ne m’étendrai pas plus que cela :

    en terme vaccinal/pass,

    Cette formulation n’est pas anodine, tu aurais pu parler de passe vaccinal, le nom aurait été le passe, mais tu reformules et donc le nom est « terme », et le « terme vaccinal », c’est une périphrase pour « vaccin ». C’est ce stratagème qui te permets plus tard de parler d’antivax et de supposer que je prends les arguments antivax, alors que c’est toi qui fais l’inversion. À aucun moment je ne parles du vaccin en tant que tel ou de tel ou tel vaccin. Même quand je parle d’obligation vaccinale c’est dans le contexte du passe. D’autres personnes comme freejeff s’étonnent par exemple que le vaccin ne soit pas vraiment obligatoire, il est possible de discuter du fait que l’obligation découle d’un passe comme moyen de pression et pas comme obligation par elle-même, mon sujet es le passe.

    Les seules informations que je laisse passer aux sujets des vaccins c’est qu’il y a un rapport avec le covid, qu’il existe plusieurs vaccins, qu’ils sont sujets à des rappels, et qu’ils font partie intégrante de la mise en œuvre d’un passe (le passe étant le sujet pas le vaccin). Mais pour pouvoir parler d’antivax il fallait inverser mes propos, transformer « passe vaccinal » en « terme vaccinal/passe ».

    ça montre surtout que tu as bien pris les arguments antivax binaires

    C’est un paragraphe où je liste un argument anti-passe qui peut être donné par un pro-vaccin-covid, et un argument anti-passe qui peut être donné par un anti-vaccin-covid. Dans ce contexte, tu peux dire que j’ai énuméré un argument anti-passe porté par des antivax... mais le propos en lui-même n’est pas antivax, je montre simplement que cette position sur le passe peut-être indépendante de la position sur le vaccin. Tu sembles avoir vraiment besoin de construire un adversaire antivax pour justifier tes interventions, alors que d’autres participent de manière constructive au débat sans tirer de si grosses ficelles.

    A partir de la, on insultant aussi ouvertement les gens dans une situation pire que la sienne en si comparant,

    Le fait qu’il y ait plusieurs degrés dans l’esclavage ne signifie pas qu’identifier un degré serait insultant pour les degrés qui sont pires.

    C’est assez malsain de penser comme ça. En plus c’est choisir le pire comme caution morale. Parce qu’il y aurait pire, il faudrait se taire et accepter ? À chaque fois qu’on trouve pire ailleurs, ça relève la barre de l’acceptabilité ? Si tu te fais voler un scooter faut-il s’interdire d’employer le mot vol parce qu’en terme de prix ce n’est pas comparable au vol d’une voiture ? Ce ne serait pas insultant pour ceux qui se font voler une voiture !

    Sur des réseaux sociaux où ma vidéo a été partagée, au milieu de commentaires bienveillants il y avait aussi eu des messages du genre « A votre place j'irai goûter la liberté en Afghanistan... », « Allez faire un tour dans les dictatures et vous en reviendrez grandis !! » ou encore « allez passer 3 ou 4 ans en Chine ou en Corée du Nord ».
    Euh non, désolé. Écarter l’idée d’un mal parce qu’il y aurait pire ailleurs, n’est-ce pas une forme de complicité dans ce mal ?

    employeur "pas bien" mais pas au niveau qu'il imagine en comparant à Dubaï

    Je ne compare pas ce que j’ai vécu à ce que vivent les esclaves de Dubaï. C’est grave de dire ça. Je compare les mécanismes d’asservissement, en particulier les moyens qui permettent d’empêcher l’expression de la citoyenneté. Enfin bon c’est ton emploi classique de l’épouvantail auquel tu es semble-t-il rodé. Tu prétends que je compare mon employeur et ce que j’ai vécu au niveau de ce qui se passe à Dubaï, alors que je n’ai pris cet exemple de reportage à Dubaï que pour comparer le retrait de passeport avec la perte de domiciliation (c’est d’ailleurs la seule chose du reportage que je cite), et pas au degré que tu supposes.

    En particulier, je précise explicitement que ce qui se passe dans certains pays comme cet exemple à Dubaï concerne des immigrants (ce que je précise ne pas être), et donc des personnes qui sont isolées et beaucoup plus vulnérables. C’est aussi pour ça que lorsque je parle du passeport ou de domiciliation, je parle d’expression de la citoyenneté. Un contrôle de police peut assez facilement identifier en France un français sans ses papiers. Je ne compare pas ce qui n’est pas comparable.

    Alors pourquoi tu en parles beaucoup dans ton journal? Ha oui, peut-être parce que le sujet du journal est en réalité la dessus...

    Je ne donne aucun avis sur le vaccin en général ni sur un vaccin en particulier. Je parle du passe vaccinal en tant que passeport, je ne suis pas responsable de la subordination de ce passeport à un vaccin. Comme je le mentionne, ce passeport a aussi été subordonné à la production de test (c’est aussi pour cela qu’il s’appelait passe sanitaire avant passe vaccinal). Le passe est un moyen parmi d’autre de réduire les libertés, et le vaccin est un moyen parmi d’autres de subordonner le passe à une transaction renouvelable. Le vaccin en tant que tel n’est pas le passe.

    pour créer une histoire imaginaire

    C’est osé tout de même, non ? J’ai parfaitement conscience que la nécessité de rester discret sur certains aspects porte le flanc à ce genre d’accusation et j’ai mesuré ce risque avant de publier. Mais là tu ne lèves pas des doutes qui ont leur place dans un débat qui est chargé d’une certaine discrétion, tu n’interroges plus le témoignage, tu ne l’éprouves plus, tu affirmes clairement la fabrication.

    Par exemple certains soulèvent la question de la coopération comme le fait Zatalyz, ou comme le fait très bien nouknouk, de réfléchir à ce qui relève de la liberté individuelle. Quels sont les mécanismes qui conduisent à subir une situation dans le temps, et aussi la façon dont la situation peut empirer. Cette question est super pertinente. Je me la suis forcément posée pour moi-même, et je peux aussi la poser concernant les extensions du passe sanitaire. Je me suis vu me faire des auto-attestations, puis je me suis vu noter mes coordonnées dans un livret d’un restaurateur, puis il faudrait présenter mon téléphone à un restaurateur ? Je peux aussi, à partir de mon vécu indépendant du Covid et du passe, apporter un éclairage là dessus (qui sera forcément marqué par mon vécu), d’autres personnes observeront cela avec un autre vécu. Par exemple la soumission à l’exercice de l’auto-attestation relève énormément de la liberté individuelle, le passe pour accéder à un restaurant un peu moins, etc. Mon journal était assez long pour ne pas développer cet aspect.

    J’ai prévu la possibilité du doute, c’est indissociable du témoignage, c’est pour cela que par exemple j’ai insisté sur le fait que sans vivre soi-même mon expérience il est tout de même possible de vérifier que ceci ou cela dépend d’un justificatif de domicile et donc de celui qui fournit le justificatif, parce que je sais qu’un témoignage est faible.

    Il y a aussi un point, quand Pyschofox évoque différents moyens de pallier au problème de domiciliation par exemple ou quand Renault parle de l’entourage. C’est notamment la raison pour laquelle je n’ai pris cet exemple du reportage que pour comparer le problème de l’expression de sa citoyenneté. Dans mon cas personnel, j’ai eu la possibilité de passer par des personnes de confiance pour (par exemple) échanger des courriers recommandés avec mon employeur et qu’il ne soit pas le destinataire de l’accusé de réception. C’est une chance que j’ai eue que même des français n’ont pas forcément autant que moi (ça dépend de sa famille, de ses amis...). J’ai pu être aidé pour sortir de cette situation, plus que d’autres personnes, même en France, pourraient être aidés. Si j’avais été un fils unique et si je n’avais pas de proches parents accessibles et bienveillants ma capacité à me relever aurait été bien différente, alors que les actes de mon employeur auraient été strictement les mêmes.

    C’est aussi pour cela qu’ici en particulier j’évoque divers projets libres comme LinuxFr.org ou Unvanquished. Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir exprimer, éprouver et développer en parallèle ses compétences. J’ai eu cette chance. J’ai aussi eu la chance de développer d’autres compétences en parallèle (le son et l’image) qui pourraient me permettre de me réorienter s’il le fallait). Tout le monde n’a pas cette chance. En particulier j’ai développé mes compétences en image à mon initiative à un moment où je subissais beaucoup de pression sur mes compétences principales (en informatique). Ces choses-là n’amenuisent pas les actions qui ont été faites contre moi.

    Et on en vient à un point essentiel : les circonstances qui permettent à une personne de traverser la situation et de plus facilement s’extraire de cette situation (entourage, soutien, conseils, opportunités) alors qu’une autre personne dans la même situation aurait moins bien vécu les choses ne sont pas des circonstances qui réduisent la gravité des actes posés. Les circonstances peuvent aggraver (par exemple sur une personne isolée), mais pas amenuiser. En particulier ma capacité personnelle à identifier le mal, à m’en défendre, à m’en extraire, à m’en relever, à m’entourer ne peuvent rien enlever aux actes que j’ai subit. Et ce n’est pas parce que le milieu serait meilleur pour moi que les actions de celui qui fait du mal sont moins mauvaises.

    l'auteur ne peut que braquer le lecteur et montre surtout qu'il n'a pas encore compris qu'une partie

    Il est étonnamment facile de prétendre en savoir plus que l’autre sur la base d’informations parcellaires (et qui sont nécessairement parcellaires dans le contexte de ce genre de témoignage), c’est l’Effet Dunning-Kruger). Il est aussi facile de prétendre arbitrairement d’avoir une meilleur compréhension d’un sujet. Dans mon cas je n’ai que prétendu proposer un regard éclairé par une expérience, je n’ai pas de problème avec la contradiction.

    Il y a aussi un point important, c’est qu’il est difficile d’être super précis sur ce genre de sujet. Avant d’écrire ce journal et d’éventuellement m’exprimer sur le sujet dans le futur (c’est la première fois que j’en parle publiquement, après plusieurs années) j’ai pris conseil auprès d’un avocat pour évaluer quelles limites je pouvais me poser sans trop m’exposer et sans prendre trop de risque... et même sans faire peser trop de risque à mon ancien employeur. Et ce dernier point n’est pas de la complicité.

    Je vais donner un exemple qui n’est pas le mien. Récemment une personne a publié sur Youtube un témoignage (« VIRÉ de cet "écolieu" après 2 ans ») dont certains points sont très proches de ce que j’ai vécu, et sur d’autres, pas du tout (j’insiste). En l’occurrence pour lui il s’agissait d’une communauté associée à des tendances de développement durable, etc. (donc très différentes de mon cas).

    Son histoire n’a duré que deux ans (trop court pour que les questions de domiciliation se posent, par exemple), il a eu cette expérience dans le cadre d’une thèse qui ne sera probablement pas remise en cause, etc. Par contre on y retrouve l’abus de la générosité des personnes, abus de leur biens, non respect de leur intimité, travail dissimulé, défauts de contrats (dans son cas, inexistant), harcèlement pour écarter les victimes usées, et bonne image publique de l’organisation qui emploie, communication et réputation en en totale contradiction avec la réalité.

    Ce qui est intéressant dans sa vidéo c’est aussi qu’il prend plus de risques que moi, moi je décris les faits, lui décrit des faits mais présente aussi des enregistrement pris à l’insu des personnes (mais avec floutage des visages et déformation de la voix). Il prend beaucoup plus de risques en faisant ça. Et il y a un autre risque : c’est qu’il pourrait être possible de recouper d’autres publications (les siennes ou celles de tierces personnes ou organisations) pour identifier la personne qui a abusé de lui et d’autres personnes.

    Il y a des gens qui pourraient, indépendamment de sa volonté à lui, partir en « expédition punitive » et nuire à la personne qui a abusé de lui.

    Personnellement je ne veux pas souhaiter le mal à ceux qui m’ont causé du tord, je ne peux que leur souhaiter de changer leur comportement (ce qui sera mieux pour ceux qui viennent après moi), ce n’est pas de la complicité, mais je suis obligé d’être discret.

    Un peu comme cette autre personne dans cet autre contexte, j’ai déjà des publications non-anonymes et j’y fait référence, donc un pseudonymat n’aurait aucun effet sur moi. Je suis donc tenu à une certaine discrétion.

    Cette personne vient de mettre sa publication en non-répertoriée après 7 jours de diffusion. Il se justifie ici, et l’on voit aussi des personnes (exemple) qui lui disent qu’il aurait dû réfléchir avant de publier... comme s’il n’avait pas réfléchit avant de publier une vidéo où il floute des gens, déforme la voix des personnes, recueille des témoignages, les traduits parfois, censure certains noms... L’auteur de cette autre vidéo dit que certaines personnes qu’il a pourtant intentionnellement masquées ont été « tourmentées » (ce sont ses mots) par des internautes. Je ne veux pas cela.

    Ma discrétion n’est pas de la complicité ni de la dissimulation, mais je ne veux pas ajouter du mal au mal.

    Dans mon cas j’ai trouvé le mot d’« esclavage » dans une bouche de juriste (lors de discussions à mon sujet). Cette publication est aussi la première où j’emploie publiquement ce mot d’esclavage à mon égard, et après plusieurs années (et avant cela, même en privé, les occasions se comptent sur les doigts d’une main).

    En parlant de bienveillance, quand cette expérience difficile pour moi s’est terminée, j’ai pris le temps de fournir à mon employeur de très nombreux documents pour permettre à l’organisation employeuse de ne pas interrompre son service et de s’en remettre. Vous pourrez me dire que j’y étais obligé d’une certaine façon, oui, mais dans mon cas les personnes à qui je remettais ces documents n’avaient aucune idée des informations dont elles avaient besoin et ne savaient donc même pas quelles informations réclamer. Quand j’ai apporté l’ensemble des documents la personne en face de moi m’a demandé de l’aider à séparer le seul document qu’elle m’avait réclamé de tous les autres (les codes), et m’a dit qu’elle ne voyait pas pourquoi elle aurait besoin du reste (en particulier les documents d’architecture, la cartographie des équipements et autres systèmes, licences, et autres documents vitaux...). En particulier, j’avais rédigé et fourni trois fiches de recrutement pour le remplacement de mon propre poste et les postes qu’ils devaient créer, la personne m’a demandé explicitement pourquoi j’avais fait cela et pourquoi je lui fournissais ce type de document, elle ne comprenait pas. J’ai fait cela pour limiter le risque que l’activité de 200 personnes soient interrompue (personnes qui ont aussi été mes collègues et parfois mes amis) et que cela impacte les services de dizaines ou centaines d’utilisateurs (dont par mon travail j’étais indirectement à leur service). Certains y verront une forme de coopération, c’est simplement de la bienveillance. Je ne peux que souhaiter que cela aille le mieux possible pour tout le monde.

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