Le site pirate Sci-Hub : menace ou bénédiction pour la science ?
Une bénédiction, bien sûr. Sci-Hub permet à beaucoup de gens d'accéder aux papiers de recherche qui sont, rappelons-le, généralement financés en grande partie si pas entièrement par de l'argent public. Y compris à des gens dont l'université paie les accès mais qui ne sont pas actuellement techniquement connectés au réseau de l'université (parce qu'ils sont chez eux ou sur un wifi public par exemple). Sci-Hub facilite la recherche et l'accès à des choses qui devraient de toute façon être publics et ne fait qu'à peine menacer le modèle économique toxique des éditeurs de journaux scientifiques comme Elsevier qui font payer tout le monde et ne paient personne.
Comment ça marche un éditeur de journaux scientifiques ?
les chercheurs et chercheuses produisent des papiers (ils ont généralement un salaire payé par les contribuables, en tout cas pas par les éditeurs). Un papier, c'est souvent plusieurs mois de boulot (y compris expérimentations et rédaction), souvent à plusieurs personnes
ils soumettent ces papiers, qui sont reçus par un commité... organisé par et composé de chercheurs payés par les universités (et pas par l'éditeur), et relus par des chercheurs... aussi payés par les universités. Ils le font parce qu'ils jugent ce travail nécessaire (trop bon trop con ?) et/ou que ça leur permet de faire du réseau, ou de gagner de la reconnaissance et de la notoriété (et dans le monde de la recherche, ça fait tout !!)
quand le papier est accepté, les chercheurs qui ont soumis payent pour publier / participer à la conférence (autour de 500-1000 €), à laquelle ils se rendent avec l'argent de l'organisme qui les emploie (avion, hôtel, salaire). La conférence est d'ailleurs organisée par des locaux, aussi embauchés par l'université ou l'organisme du coin. L'éditeur n'a toujours rien financé.
Pour lire le papier, il faut être abonné ou payer le PDF des dizaines d'euros à l'éditeur. Parfois, le chercheur se retrouve indirectement à payer pour consulter son propre papier.
Alors, c'est quoi le rôle de l'éditeur ? Fournir du prestige, héberger quelques PDFs et payer des lobbyistes (je suppose) et des avocats pour que ce système continue à fonctionner. Les chercheurs, en pratique, doivent publier dans les journaux et conférences gérées par ces éditeurs, parce que ce sont ces journaux et conférences qui sont reconnues.
Il y a quelques années, un certain nombre d'universités dans le monde, en tout cas en France, avait boycotté Elsevier justement pour ses pratiques de prédateur et un coup d'abonnement trop haut. Ce boycott est peut-être toujours en place. Sci-Hub était un des moyens pour accéder aux nouveaux papiers liés à Elsevier.
Les éditeurs avaient leur place quand on n'avait pas internet et qu'il fallait effectivement acheter les journaux et revues au format papier pour avoir accès à la recherche. C'est maintenant un système archaïque qui n'a plus aucun sens.
Les universités pourraient héberger leurs travaux elles-mêmes. Mais tout est une question de prestige et de revues reconnue et d'inertie. C'est un mammouth difficile à faire bouger. Alors si ce système toxique s'écroule de lui-même (à cause de Sci-Hub, mais j'en doute fort, ou autre chose), eh bah tant mieux. Bon débarra.
Merci Sci-Hub, et au diable les éditeurs toxiques qui s'engraissent sur les contribuables. Cet argent pourrait être utiliser à meilleur escient. Sci-Hub, c'est loin d'être une solution idéale, mais tant que ce mammouth n'a pas bougé, c'est le mieux qu'on ait, avec l'obligation que certains labos imposent aux chercheurs d'envoyer leur pre-print (dont le contenu est identique à la version finale, de toute façon c'est le chercheur qui se paie également la mise en page imposée par l'éditeur de son papier, évidemment) en libre accès sur des dépôts comme HAL ou Arxiv.
J'espère que les universitaires vont continuer à « déconseiller » Sci-Hub, et, par ce « dé-conseil », continuer à répandre le mot.
Je vous déconseille d'utiliser Sci-Hub (et d'ajouter les lignes qui vont bien dans votre fichier hosts si c'est bloqué au niveau du DNS chez vous), mais vous ne devriez probablement pas vous sentir coupable si vous le faites.
# Sci-Hub
Posté par raphj (site web personnel) . En réponse à la dépêche Revue de presse de l'April pour la semaine 52 de l'année 2021. Évalué à 10. Dernière modification le 04 janvier 2022 à 11:21.
Une bénédiction, bien sûr. Sci-Hub permet à beaucoup de gens d'accéder aux papiers de recherche qui sont, rappelons-le, généralement financés en grande partie si pas entièrement par de l'argent public. Y compris à des gens dont l'université paie les accès mais qui ne sont pas actuellement techniquement connectés au réseau de l'université (parce qu'ils sont chez eux ou sur un wifi public par exemple). Sci-Hub facilite la recherche et l'accès à des choses qui devraient de toute façon être publics et ne fait qu'à peine menacer le modèle économique toxique des éditeurs de journaux scientifiques comme Elsevier qui font payer tout le monde et ne paient personne.
Comment ça marche un éditeur de journaux scientifiques ?
Alors, c'est quoi le rôle de l'éditeur ? Fournir du prestige, héberger quelques PDFs et payer des lobbyistes (je suppose) et des avocats pour que ce système continue à fonctionner. Les chercheurs, en pratique, doivent publier dans les journaux et conférences gérées par ces éditeurs, parce que ce sont ces journaux et conférences qui sont reconnues.
Il y a quelques années, un certain nombre d'universités dans le monde, en tout cas en France, avait boycotté Elsevier justement pour ses pratiques de prédateur et un coup d'abonnement trop haut. Ce boycott est peut-être toujours en place. Sci-Hub était un des moyens pour accéder aux nouveaux papiers liés à Elsevier.
Les éditeurs avaient leur place quand on n'avait pas internet et qu'il fallait effectivement acheter les journaux et revues au format papier pour avoir accès à la recherche. C'est maintenant un système archaïque qui n'a plus aucun sens.
Les universités pourraient héberger leurs travaux elles-mêmes. Mais tout est une question de prestige et de revues reconnue et d'inertie. C'est un mammouth difficile à faire bouger. Alors si ce système toxique s'écroule de lui-même (à cause de Sci-Hub, mais j'en doute fort, ou autre chose), eh bah tant mieux. Bon débarra.
Merci Sci-Hub, et au diable les éditeurs toxiques qui s'engraissent sur les contribuables. Cet argent pourrait être utiliser à meilleur escient. Sci-Hub, c'est loin d'être une solution idéale, mais tant que ce mammouth n'a pas bougé, c'est le mieux qu'on ait, avec l'obligation que certains labos imposent aux chercheurs d'envoyer leur pre-print (dont le contenu est identique à la version finale, de toute façon c'est le chercheur qui se paie également la mise en page imposée par l'éditeur de son papier, évidemment) en libre accès sur des dépôts comme HAL ou Arxiv.
J'espère que les universitaires vont continuer à « déconseiller » Sci-Hub, et, par ce « dé-conseil », continuer à répandre le mot.
Je vous déconseille d'utiliser Sci-Hub (et d'ajouter les lignes qui vont bien dans votre fichier
hostssi c'est bloqué au niveau du DNS chez vous), mais vous ne devriez probablement pas vous sentir coupable si vous le faites.