• [^] # Re: Bon, bah c'est rassurant

    Posté par . En réponse au lien Jurisprudence : retrait d’un article publié sur un site d’information (non). Évalué à 2.

    Tu ne peux pas comparer le résultat d'une enquête poussée, et un avis anonyme sur le restaurant du coin.

    Le problème des avis anonymes, c'est qu'ils sont 1) largement manipulés (par les vendeurs et/ou les concurrents), 2) extrêmement soumis aux fluctuations d'échantillonnage (Google maps fournit des notes pour les commerces de proximité dès le premier avis), 3) ils sont biaisés par les utilisateurs mécontents, 4) ils avantagent les gros acteurs sur les petits commerces (quand on dispose d'un service clientèle et de community managers, c'est plus facile que quand on ne sait même pas que de tels avis négatifs existent).

    Personne n'a suggéré d'interdire l'expression des consommateurs sur une entreprise. Ce qu'on peut exiger, c'est que les plate-formes soient beaucoup plus transparentes, et pondèrent les notes de manière à pourrir la vie des tricheurs, afin d'améliorer la fiabilité des informations. Quand la plate-forme elle-même est dans une situation de conflit d'intérêt (par exemple, quand Amazon fournit les notes sur les produits qu'elle vend, avec forcément des marges différentes sur les différents produits), qui peut évaluer la fiabilité et l'honnêteté des informations?

    Dans l'affaire dont on parle, le point qui pose problème n'est pas l'avis en question, que la justice a considéré conforme à la liberté d'expression, mais le poids de cet avis sur les ventes de l'entreprise. J'imagine que même l'auteur de la critique ne pouvait imaginer qu'il ferait perdre des dizaines de milliers d'euros à une boîte, son but n'était pas de nuire à cette boîte mais plutôt d'informer les consommateurs, et de les rediriger vers d'autres produits de meilleure qualité. Mais dans tous les cas, le préjudice est avéré, et la relaxe ne repose que sur un fragile équilibre—la liberté d'expression n'est pas absolue. Il ne fait aucun doute qu'un petit détail (par exemple s'il existait un conflit préalable, même mineur, entre l'auteur de la critique et l'entreprise en question) aurait très bien pu faire basculer la décision.