• [^] # Re: Technologie et utilisation de la technologie

    Posté par . En réponse au journal Rendez moi mon futur!. Évalué à 8.

    Je me suis mal fait comprendre. La publicité fonctionne. Elle fonctionne même très bien.

    La publicité ciblée ne fonctionne pas plus, dans l'absolu, que la publicité non-ciblée. Son seul avantage est de réduire les coûts des campagnes, puisqu'on espère enrichir la proportion de gens ciblés parmi l'échantillon des gens qui vont la voir. Du coup, il faudra moins de vues pour avoir la même efficacité.

    Statistiquement, la publicité ciblée doit atteindre en partie cet objectif. Mais il n'y a rien de nouveau : ça a plus ou moins toujours existé. Si tu veux vendre une montre de luxe, mieux vaut mettre ta pub dans le Figaro que dans l'Humanité (il y a des pubs dans l'Huma? Peut-être pas, je ne sais plus). Et les pubs sur radio classique, c'est des conventions obsèques et des protections pour fuites urinaires.

    Les pubs ciblées à la Google ou Facebook, ça n'est qu'un "perfectionnement" du procédé. Les pubs vont être ciblées non-seulement en fonction du site, mais aussi en fonction d'informations glanées sur l'utilisateur. Moi je veux bien croire que l'efficacité du ciblage existe; il est peu probable que tant d'annonceurs payent s'ils n'ont pas l'impression que c'est efficace. Mais ça n'est qu'une efficacité statistique, puisque dans les faits, tout le monde peut constater que le ciblage est souvent largement raté, ou non-pertinent.

    Il me semble qu'il y a des discussions récurrentes là-dessus, et l'idée d'une "bulle" autour des données de la pub ciblée n'est pas absurde. Facebook est valorisé autour de 100$ par utilisateur (pays occidentaux). Les actionnaires de Facebook pensent donc tirer 100$ de bénéfices de ton profil, donc vendre plusieurs centaines de de pub. Les annonceurs doivent donc espérer tirer plusieurs milliers de de chiffre d'affaire supplémentaire par utilisateur de Facebook, et juste avec les pubs facebook. Quand on compare au marché de la pub en France, et les budgets des ménages sur des biens de consommation courante, ça colle mal (et c'est un jeu à somme négative pour les annonceurs).

    Pour en revenir à la discussion, les "pubs" internes aux sites (listes d'articles suggérés, etc), c'est gratuit. Ça ne coûte absolument rien à Amazon de lister des suggestions d'achat. Quand ça fonctionne, c'est tout bénef, quand ça ne fonctionne pas, il n'y a aucune perte, seulement un manque à gagner. Du coup, il me semble tout à fait possible que ça ne marche pas et qu'ils s'en foutent complètement. L'ergonomie du site a été conçue avec une liste de recommandations, et personne n'a jamais trouvé utile d'optimiser l'algorithme. Pour Amazon, c'est dur à croire (et pourtant, leurs suggestions sont vraiment pourries), pour Castorama, c'est plus que crédible.

    Comme beaucoup, j'aimerais vérifier ce qu'ils savent de moi, et la fiabilité de ces informations. Leur intérêt, c'est de faire croire à leurs clients que le ciblage est très précis, ils ont tout intérêt à laisser courir les rumeurs du style "ils savent tout de toi". Les associations/défenseurs des libértés, ils ont aussi tout intérêt à se baser sur l'hypothèse du pire : ils savent tout de toi. Et au final, personne ne s'intéresse à ce qu'ils savent réellement de toi, et à la fiabilité de ce qu'ils croient savoir. Imagine une fiche avec 10 champs triviaux (genre, nom, adresse, date de naissance, nom du conjoint, nombre d'enfants, profession, etc). Combien de ces champs une entreprise comme Facebook peut-elle remplir? Et parmi ceux qui sont remplis, combien n'ont pas été rentrés directement par l'utilisateur du site? Combien sont fiables (faux profils Facebook, etc?). Combien sont valorisables commercialement? (pour autre chose que sur le marché noir pour l'usurpation d'identité).