• [^] # Re: Procès d'intention

    Posté par . En réponse à la dépêche Retour sur l’affaire des « patchs hypocrites » de l’Université du Minnesota. Évalué à 9.

    En y repensant je suppose qu’on peut s’en sortir en disant au patient « on vous donne un médicament OU un placebo ».

    Voilà, tu as trouvé la réponse tout seul. La détention d'information n'est pas nécessairement immorale, d'autant qu'ici elle résulte clairement du contrat passé entre les expérimentateurs et les patients, qui acceptent en connaissance de cause.

    La position radicale de Kant sur le mensonge a fait couler beaucoup d'encre, surtout depuis la seconde guerre mondiale et son texte polémique avec Benjamin Constant (le dernier lien de mon commentaire, sur le prétendu droit de mentir par humanité) qui peut générer ce problème éthique : si un officier nazi (disons Adolfo Ramirez, « c'est français, police française ! ») me demande si j'héberge et cache un juif chez moi, puis-je lui mentir ? Kant répondrait par la négative : tu ne dois pas mentir... mais rien ne t'oblige à lui répondre. ;-)

    Sa position sur le mensonge se fonde sur sa conception contractualiste du fondement du droit. En mentant, même si l'on ne commet pas directement une injustice envers la personne à qui l'on ment, l'on commet une injustice de manière générale envers l'humanité en sapant la source de tout contrat : la confiance réciproque entre les deux parties, sans laquelle aucun contrat n'est possible.

    Dans le monde du libre, il y a un contrat tacite de bonne foi entre tous les participants, contrat rompu par l'attitude des chercheurs à l'origine de l'étude. Ce qui explique la réaction de Greg Kroah-Hartman vis à vis des contributions de l'université du Minnesota. Ce thème a été également repris et bien développé par Jehan dans ce commentaire et mène inéluctablement à cette conclusion :

    leur parole une fois qu'ils se sont fait prendre la main dans le sac ne vaut plus grand chose

    Ainsi, une telle maxime (mentir quand ça nous arrange), si elle s'universalisait, détruirait toute confiance entre les hommes et rendrait impossible l'établissement de contrats et donc d'un état de droit stable et durable.

    Dans le cas de l'étude en question, il semble, également, y avoir une entorse au principe fondamental du devoir :

    Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen

    La tromperie dont les auteurs ont fait preuve, vis à vis de mainteneurs du noyau, semble ne considérer leur humanité que comme moyen et non comme fin : ce ne sont que de simples pions dans leur protocole; ce qui explique également la réaction vindicative de l'équipe du noyau.

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.