• [^] # Re: Procès d'intention

    Posté par . En réponse à la dépêche Retour sur l’affaire des « patchs hypocrites » de l’Université du Minnesota. Évalué à 6.

    Il y a des conditions à respecter pour que ça passe, comme

    • justifier de la nécessité de la tromperie auprès du comité d’éthique;

    Un comité d'éthique qui validerait une telle justification serait un comité de chien galeux!

    Il peut arriver que tout ce qu’un homme regarde comme vrai ne le soit pas (car il peut se tromper) ; mais il doit être véridique dans tout ce qu’il dit (il ne doit pas tromper), que sa parole soit purement intérieure (devant Dieu), ou qu’elle soit aussi extérieure. — La transgression de ce devoir de véracité est le mensonge. Il peut donc y avoir un mensonge intérieur aussi bien qu’un mensonge extérieur ; et tous les deux peuvent être réunis, ou bien encore se contredire.

    Un mensonge, interne ou externe, est de deux sortes ; suivant 1° que l’on donne comme vrai ce qu’on sait ne l’être pas, 2° que l’on donne pour certain ce qu’on sait être subjectivement incertain.

    Le mensonge ( « du père des mensonges, par lequel tout mal est entré dans le monde » ) est proprement la point corrompu dans la nature humaine ; le ton de la véracité (à l’exemple de certains marchands chinois, qui mettent en lettres d’or sur leurs enseignes : « Ici on ne trompe pas » ), principalement en ce qui regarde le sursensible, est le ton ordinaire. — Le précepte : Tu ne dois pas mentir (dans l’intention même la plus pieuse), pris intérieurement pour principe dans la philosophie, comme science de la sagesse, n’aurait pas l’avantage seulement d’y établir une paix perpétuelle, mais aussi d'en assurer à jamais l'avenir.

    Kant , Annonce de la prochaine conclusion d'un traité de paix perpétuelle en philosophie.

    Dans l'affaire du journal les auteurs de l'étude se sont révélés doublement trompeurs et mensongers :

    • une première fois, vis à vis des mainteneurs du noyau, en soumettant leurs patchs hypocrites;
    • une seconde fois, vis à vis de la communauté de la recherche, en bidonnant les résultats de leur étude.

    Certes la déontologie kantienne est contraignante, au point que Charles Péguy lui reprochait d'avoir les mains pures mais de ne pas avoir de mains (ce qui rejoint le point selon lequel, si l'on suit des principes éthiques, on ne peut plus rien faire), mais à aucun moment la tromperie, la duperie ou la fourberie ne peuvent être considérer comme éthiquement recevables. Quand bien même cela serait fait dans une « bonne intention » : D'un prétendu droit de mentir par humanité.

    Ça me fait penser qu'il faudrait que je commande la version papier de Récoltes et Semailles de Grothendieck. :-)

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.