• # Un avis

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal La lecture, l'écriture et les tours que nous joue le monde dans intervalle.. Évalué à 10.

    Sommaire

    Salut,

    Comme promis, un avis sur tes prologues. Il n’engage que moi et bien entendu tu en fais ce que tu veux, y compris l’ignorer complètement :)

    Sur les prologues en général

    Mon avis sur la question, c’est que dans l’immense majorité des cas ils ne servent à rien. Plus exactement, ils rentrent dans l’une de ces deux catégories, chacune inutile à sa manière : les longs pavés descriptifs de l’univers, ou les scènes cryptiques-que-l’on-comprends-peut-être-à-la-fin (et qui servent surtout l’ego de l’auteur).

    Bref, mon avis sur les prologues, c’est surtout d’éviter les prologues, à moins qu’il n’ait un intérêt clair et rapide pour le lecteur ou la lectrice

    Sur tes prologues

    Le prologue initial

    Il est très long et très descriptif. Trop. Pour moi, un livre qui commence comme ça, je le repose avant la troisième page, si je suis de bonne humeur. Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas eu le courage d’aller au bout de ton prologue initial.

    Mais vu ton commentaire, je pense que tu as conscience de ses problèmes.

    Cela dit, la longue introduction explicative sur ce que l’auteur considère comme l’élément central de son univers est un cliché extrêmement répandu en SF ou fantasy, principalement chez les auteurs amateurs, et encore plus sur les versions de travail. Et c’est encore assez présent dans les jeux vidéo (surtout les JdR), mais ils sont rarement bien écrits. C’est quelque chose qui se rapproche de la notion de lore dump anglo-saxonne (je ne sais pas s’il y a un terme pour ça en français), et si ça s’est fait dans le passé (le Seigneur des Anneaux en est un exemple parfait), on essaie d’éviter ça au maximum aujourd’hui.

    Les techniques d’écriture modernes sont plus du genre à distiller les éléments nécessaires au fur et à mesure de l’histoire, tout en laissant assez de connaissances au lecteur pour qu’il puisse suivre.

    C’est évidemment beaucoup plus facile à dire qu’à faire...

    Le prologue choisi par la suite

    Je le trouve beaucoup plus intéressant. Déjà parce qu’il s’y passe quelque chose : on le lit pour suivre une histoire, pas simplement pour avoir une description d’un univers. Il pose une problématique et des éléments d’univers spécifiques, c’est intéressant.

    Après en l’état, je ne sais pas ce qu’il vaut en tant que prologue : soit le personnage principal est celui du roman, auquel cas c’est plus une introduction qu’un prologue ; soit c’est complètement séparé auquel cas... c’est très bizarre comme prologue.

    D’autre part, il pose une question très importante que je vois comme ultra casse-gueule dans son traitement : le protagoniste semble avoir des gènes brevetés de plein de compagnies dont il ne peut pas payer les licences, mais ces gènes semblent lui avoir été « fournis » de manière naturelle par ses parents. Donc, de ce que je comprends de ton prologue, ça implique :

    • Soit que le cas de ce protagoniste est le cas général d’une grosse part de la population (ou le sera à court terme), ce qui n’a pas l’air d’être le cas d’après ce qui lui arrive ;
    • Soit que dans ton univers les personnes aux gènes « affiliés » à une marque se reproduisent entre elles, ce qui a des impacts sociétaux majeurs que je m’attends à retrouver dans le texte ;
    • Soit une autre astuce que le prologue ne laisse pas deviner mais qu’il sera difficile d’esquiver pour la cohérence de l’histoire.

    Sur l’écriture

    (Je ne considère que le prologue choisi, pas l’autre).

    Je suis assez étonné quand tu dis que le texte, en l’état, est disponible à la vente sur diverses plateformes : pour moi tu as un premier jet intéressant, mais clairement pas un produit fini.

    D’une part à cause d’un problème bête de « technique » (orthographe / grammaire / etc) : ta première phrase contient une confusion futur / conditionnel (ou alors est très étrange et peu cohérente avec la seconde).

    D’autre part parce que si le texte n’est pas mauvais en soi, il peut être encore assez bien amélioré. Par exemple dans la cohérence du vocabulaire du protagoniste (son « fléchir » me semble étrange, dans la seconde phrase). On pourrait rentrer dans les détails mais ça devient du travail de bêta-lecture (cf infra) et/ou d’édition, que je ne vais pas faire ici.

    Je ne peux que te conseiller (si tu n’utilises pas déjà ce genre d’outils) :

    1. De passer ton texte à la moulinette d’outils informatiques, genre grammalecte.
    2. De te trouver un ou plusieurs bêta-lecteurs. Des lecteurs qui vont relire ton texte et qui vont être capable de te dire honnêtement ce qu’ils y ont trouvé de bien ou de pas bien. Ça exclut d’office pratiquement toute ta famille et une grande partie de tes amis (en particulier ceux qui sont trop diplomates et ceux qui ne lisent pas assez).
    3. De trainer sur des forums d’écriture. En littératures de l’imaginaire, on peut citer Cocyclics ou L’atelier perché (très proches dans la forme et le fond, le second étant un fork du premier). Les deux permettent d’avoir des conseils et de la bêta-lecture.

    Et pour finir, deux conseils : lis ton texte à voix haute (ou au moins les dialogues), ça permet de repérer très facilement ce qui n’est pas naturel ; et tu peux prendre du recul « artificiellement » sur un texte en changent drastiquement sa mise en page (ou mieux, en changeant son support : si tu l’écris sur l’ordi, tu le relis imprimé ou sur liseuse).

    Je serais curieux de lire une version finalisé de ton texte :)

    La connaissance libre : https://zestedesavoir.com