• [^] # Re: J'aime beaucoup l'idée.

    Posté par . En réponse au journal La tentation de l'édition. Évalué à 8.

    Je ne sais pas si tu es un auteur qui veut s'éditer lui-même ou si tu veux éditer les autres.

    Dans le premier cas, on est dans la même problématique que l'automédication. Il n'est pas conseillé conseillé de se soigner sans l'avis d'un professionnel mais parfois on n'a pas le choix. En matière de littérature générale (les romans par ex.), les manuscrits refusés par les éditeurs le sont pour cause de médiocrité. Je crois qu'il y a 98 % de refus. Mais il y a des contre-exemples célèbres. En matière de littérature technique ou scientifique, l'auteur a vraiment intérêt à s'adresser aux éditions spécialisées dans ces domaines. Reste le cas d'une niche non couverte par ces éditeurs : le mieux est d'en démarcher un et le convaincre d'ouvrir une nouvelle collection.

    Dans le second cas, on a deux métiers à apprendre. Le premier est celui d'entrepreneur et le second celui d'éditeur. Ce sont des choses à aborder sérieusement ET séparément. Le côté entrepreneurial est parfaitement bien balisé avec les chambres de commerce qui font admirablement bien leur boulot. Si tu as déjà eu un numéro SIRET, si tu as déjà fait des versements à l'URSSAF, tu vois de quoi je parle. Sinon, il faut commencer par le B-A BA de l'apprentissage d'une création d'entreprise dont beaucoup de matières sont communes que ce soit pour une pizzeria ou une entreprise de nettoyage. Être éditeur c'est avant tout tenir une entreprise. Rien que ça c'est un très gros morceau à avaler. Donc, si tu n'as jamais eu d'entreprise, pointe-toi au guichet d'une Chambre de commerce quelconque, avec un sourire niait, et explique ton rêve. Tu seras chouchouté, crois-moi !

    La deuxième phase est de comprendre qui fait quoi dans les métiers du livre. C'est vraiment quelque chose dont je ne suis pas certain d'avoir entièrement survolé. Ce que je sais, de façon certaine après contact auprès de nombreux professionnel, c'est que les professionnels eux-mêmes n'ont qu'une vision partielle de la chose. Dans les grosses structures éditoriales, tout le monde est spécialisé et n'a à connaître dans la chaîne que la maille précédente et la maille suivante. Les éditeurs unipersonnels (mon cas) doivent remplir les rôles de plusieurs personnes ayant fait les études qui vont bien. Rien que graphiste, ça demande au minimum 2 à 3 ans d'études. Et ça ne vous fait pas quelqu'un de très compétant en typographie fine et encore moins en tant que correcteur.

    Ça c'est le côté "traitement de texte". Il y a l'autre côté qui est la commercialisation des livres. C'est là où le petit éditeur a de gros soucis. 1. parce qu'il entre dans un jeu de quille qu'il ne connaît pas ; 2. parce que la logistique est assurée par de très gros acteurs très peu nombreux et qui ne connaissent que les diffuseurs. Les diffuseurs sont ceux qui démarchent les libraires qui seront livrés par les logisticiens (les distributeurs). Le libraire voit plus dans un livre le nom du diffuseur que celui de l'éditeur. Il faut savoir que les livres en librairie sont mis en une sorte de dépôt-vente. Le libraire ne paye les ouvrages que (typiquement) trois mois après et, s'il ne le veut pas, il les retourne à l'expéditeur. C'est ce que l'on appelle "les retours". Il y a en France une hallucinante chaîne logistique qui gère ces livraisons et ces retours. Pour entrer dans la danse, ce ne m'a pas paru évident mais je dois reconnaître que je n'ai rencontré que de gentilles personnes et que j'aurais même pu faire un mini stage en librairie pour comprendre ce fatras. Une alternative, si l'on a encore une longue vie devant soi, est de d'ouvrir (ou reprendre) une librairie et de se commercialiser soi-même. Ainsi on met un pied dans le milieu, on a le temps d'apprendre puis gravir l'échelle par la suite. C'est un processus fréquent en littérature régionaliste.

    Encore une facette : la gestion de l'auteur. s'il est mort depuis plus de 50/70 ans, ça peut sembler anecdotique. Mais il faut savoir que le droit moral peut se transmettre aux héritiers sur plusieurs siècles. Donc, publier un mort c'est comme la médecine légale, il faut respecter le défunt. Il y a le cas des auteurs morts depuis moins longtemps dont les héritiers sont inconnus et dont l'éditeur d'origine est mort lui-aussi. C'est ce qu'on appelle les "œuvres orphelines". La loi française a parfaitement encadré ceci et il convient de la suivre.

    Si l'auteur est vivant, on tombe dans les relations humaines. On est bon dans ce domaine ou on ne l'est pas. D'un point de vue juridique ou fiscal c'est un peu comme votre employé (donc, gros soucis pour les entrepreneurs novices). Mais c'est lui qui vous fait vivre et qui peut ruiner votre réputation. C'est pourquoi j'ai cru plus prudent de débuter dans le domaine public pour limiter mes champs d'apprentissage.