• # prends ton temps

    Posté par . En réponse au journal La belle au bois dormant et l'oiseau tapageur. Évalué à 10.

    Si bien évidemment c'est un test d'outil et qu'au final mon message n'est pas important, l'histoire mériterait une version plus aboutie. Je ne vais pas trop rentrer dans les détails et fournir des points généraux d'amélioration (qui peuvent parfois couvrir d'autres média de création et d'expression, d'où les comparaisons interdisciplinaires).

    En effet, une BD c'est beaucoup de travail et la complexité réside dans le mélange de diverses disciplines. Il y a des choses intéressantes mais l'ensemble manque de maturation.
    Donc ne brûle pas les étapes, prends le temps de préparer les fondations de ton dessin. Que ce soit en mise en page, en cadrage, en décors, en personnages, en style de dessin et en ombrage/mise en volume, etc. je ne peux que conseiller de chercher de la doc à foison pour t'inspirer. Des manga bien sûr vu que c'est ton inspiration première mais aussi d'autres formes de BD, des peintures, des gravures, des photos, des vidéos,... bref tout est bon à analyser. On voit qu'il y a déjà des références, des codes, mais assez instinctifs, pas forcément choisis de manière consciente et donc utilisés à des endroits pas toujours appropriés ou de manière cohérente.

    Ensuite, place au storyboard. Pour chaque acte/planche/case, demande-toi l'émotion que tu veux transmettre, quels sont les éléments à mettre en valeur, ceux qui sont nécessaires, et ceux qui ne font que diluer la narration ou complexifier la lecture. Par exemple, la première page peut être quasiment retirée et les infos condensées dans la deuxième comme le fait d'intégrer petit à petit la description dans l'action d'un récit écrit (sur le principe du "show, don't tell"). Tu pourrais aussi réorganiser les cases en commençant par un zoom arrière, montrer l'oiseau, revenir sur un plan intérieur du perso qui dort puis l'oiseau qui crie ou en faisant directement un incipit, ou encore démarrer par le début du rêve et le continuer quand elle se recouche. Bref, explore différentes pistes de mise en page.
    Travaille aussi la lisibilité avec des premiers avis extérieurs sur le storyboard. Il m'a fallu plusieurs lectures pour me rendre compte que la porte était ouverte au début et que le personnage l'avait refermé. Je n'ai pas du tout compris ce que tu voulais raconter avec les plans sur la fleur.

    En terme de dynamisme, il y a un bon travail avec le cadrage, l'agencement et la taille des cases mais tu peux l'accentuer davantage et aussi l'apporter différemment en variant davantage les plans, les compositions de tes cases ainsi qu'en jouant avec les ellipses temporelles entre les cases. C'est une symphonie, le rythme et l'intensité doivent varier.

    Une fois que tout ce travail de storyboard est terminé, cherche d'abord à aligner les marges de tes pages pour apporter une structure d'ensemble, une cohérence globale. Ensuite fais attention niveau technique de dessin. Prépare tes décors en soignant les perspectives et la cohérence des changements de plan, soigne aussi le design, les poses et l'anatomie des personnages (créé ta propre documentation photographique si besoin). N'hésite pas à déborder allègrement de la case pour bien construire les éléments. Apporte-leurs aussi du vécu avec des détails qui rendent un lieu habité, des objets usés, un personnage marqué, invente une histoire aux éléments de ton univers avant le récit (en jeu vidéo on parle de narration environnementale, ce qui rejoint le show, don't tell). Travaille aussi les expressions faciales et corporelles, en particulier pour une histoire sans paroles.
    Faire du croquis, du dessin de modèle vivant et de nature morte c'est aussi important que faire du solfège et des gammes en musique. Évite de t'inspirer directement de manga pour dessiner des personnages parce que leurs auteurs n'ont souvent pas de formation académique et que beaucoup de leurs lacunes sont masqués par de la codification. Comme nombre d'entre eux tu risques de t'enfermer trop tôt dans un style et de ne plus réussir à sortir de cette zone de confort.

    Regarde aussi comment sont les encrages de différentes BDs et cherche à fermer tes formes, à varier l'épaisseur, la vitesse du tracé sauf quand tu choisis volontairement de ne pas faire ces choses pour donner un effet particulier. Pour avoir un geste assuré et continu, sans ondulations ou arrêts prématurés, visualise les points de départ et d'arrivée de tes traits et comme une feuille de papier, pivote ta tablette et ton espace de dessin virtuel pour avoir plus d'aisance.

    Enfin, si tu veux apporter des niveaux de gris, pense au contraste et au détail des différents éléments (ça fait aussi parti de la lisibilité et du dynamisme) et pour coloriser entraine-toi déjà sur le sens de tes hachures et la façon de les croiser. Un bon exercice de contraste est de travailler à partir d'une couche de gris moyen, à la façon d'un papier mi-teinte, qu'on éclaircit et assombrit par endroits. Comme pour la mise en page tu peux aussi faire différentes versions, ou même tester en partant d'un gris sombre ou du noir.
    Une fois que le hachurage te convient, reproduis-le avec le pinceau (peindre ou faire du lavis ce n'est en fait quasiment que faire des hachures) puis éventuellement adouci les transitions mais comme pour le reste, avec parcimonie en laissant des zones plus brutes.