• [^] # Re: Parfois, ça passe

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Un libriste dans une liste pour les municipales 2020. Évalué à 6. Dernière modification le 12 février 2020 à 09:27.

    Pour moi, le libre est éminemment politique, et même si je comprends que les utilisateurs et même des défenseurs puissent avoir telle fibre partisane ou telle autre, je vois dans les libertés du Logiciel Libre des « « valeurs de gauche » ». Souveraineté certes, partage, union et fraternité dans la coopération, universalité (absence de frontières dans les faits), diversité (encouragée par la liberté de modification), résilience à travers cette diversité et la coopération...

    C'est ce que toi tu vois, c'est largement sujet à discussion. En fait tout parti sur l'échiquier politique peut retrouver de ses valeurs dedans.

    Le LL est aussi très libéral, en faisant en sorte que l'utilisateur d'un programme libre ait accès à son code, il peut facilement trouver un autre prestataire pour l'améliorer si le créateur d'origine ne donne pas satisfaction ou disparaît. Tu n'es pas bloqué ce qui favorise la concurrence.

    D'ailleurs le fait qu'aucune liberté ne parle de communauté et ne force à faire du développement communautaire est un indice que ce n'est pas si de gauche que cela peut en avoir l'air. Tu peux faire du libre à la Google en libérant le code mais en verrouillant son développement et en ne renversant rien aux projets d'origine. La FSF n'a rien fait pour que le libre oblige quoique ce soit à ce sujet.

    J‘y vois un fil conducteur avec l’écologie, qui ne peut-être que décroissante et donc anticapitaliste (cf dernièrement cette excellente conférence de Bégaudeau : https://terhemis.fr/aiguillage/#08022020).

    Je trouve un peu pénible de toujours opposer des notions qui n'ont en fait pas de rapport.

    Le capitalisme a une définition pourtant simple. C'est juste que les moyens de production et le capital sont détenus de manière privée. C'est tout.

    Ton boulanger qui détient sa boulangerie et ses outils fait donc du capitalisme. Pourtant son activité n'a rien de fondamentalement anti-écologique, anti-social ou à la recherche du profit avant tout le reste. En fait l'orientation d'une entreprise capitaliste dépend de ce que veut faire le détenteur de l’entreprise, en l’occurrence le patron. Intrinsèquement le capitalisme n'a aucune orientation de ce genre.

    De même que dans le communisme tu peux faire une orientation écologique ou pas, le communisme productiviste n'est pas un mouvement très écologiste au contraire.

    J’estime que l’open source et le Logiciel Libre sont deux versants d’une même idée, l’une se passant de morale donc, l’autre s’appuyant du moins sur des valeurs et les promouvant (en incitant à contribuer au pot commun - il ne s’agit pas d’une simple mise à disposition)...

    Le libre et l'OpenSource sont dans les faits la même chose. C'est voulu par les fondateurs de l'OSI qui aimaient le LL mais pas la communication de la FSF. La FSF communique au delà du libre, son idéologie repose sur des ajouts aux libertés qu'elle a crée sans jamais le formaliser ce qui réduit la porté de ce qu'ils font finalement. Non pas qu'ils ne croient pas en leur discours, mais que si c'était si important, ils l'auraient mis dans la définition même du LL.

    Là où je bloque en l’état de ma réflexion, c’est quand le noyau Linux sert de base à un mouchard globalisé réparti sur plus d’un milliard d’appareils qu’est Android. En l’état, on peut dire que le Logiciel libre contribue à un système de surveillance généralisée, qualifié par Amnesty International de menace pour les libertés. On peut se rassurer en se disant que sans ce noyau, Google aurait fait autrement, et que c’est sans doute du fait de ce noyau que des projets tels que /e/ sont possibles... mais pour moi ça indique surtout qu’il y a un couac et quelque chose à améliorer dans notre gestion des biens communs logiciels, ou plus concrètement qu’il nous manque une gouvernance pour qu’on puisse véritablement parler de bien commun

    Le libre permet de concevoir des logiciels tueurs de gens, destructeurs de l'environnement, qui aide au maintient d'une dictature et d'autres. Même à partir de logiciels à la base innocents.

    C'est voulu, c'est le côté libéral du LL par ailleurs qui le permet. C'est aussi une bonne chose. On a tous des points de vue différents sur ce qui est bien ou mal, si tu commences à mettre des limitations arbitraires dans l'usage possible du code tu contrevient à une liberté fondamentale du LL qui rend le concept presque caduque.

    Pour certains l'usage commercial devrait être interdit, pour d'autre cela ne doit pas servir au monde politique, pour certains ce sont certaines personnes ou pays qui ne devraient pas pouvoir s'en servir, etc. Des concepts tellement vague que tu limiterais très arbitrairement l'usage possible du LL et qui aurait des conséquences fâcheuses.

    Il faut voir ça comme les Droits de l'Homme, l'universalisme d'une définition (ici juridique) implique qu'on doit limiter au maximum les exceptions sous peine de réduire la portée de ce qui est promu. Même si dans le lot tu as des effets de bord.

    Je digresse encore un peu, mais c’est pour ça que je tiens à ma clause NC. J’estime qu’elle n’est pas une régression anti-Libre, mais une progression, correspondant à l’aspiration d’une société non marchande.

    Ce n'est donc pas libre, c'est tout. Après tu fais ce que tu veux. C'est peut être un indice que finalement le LL n'est pas finalement ce que tu recherches. Ce n'est pas un mal en soit évidemment mais tu devrais peut être réfléchir sur ce point.