En tant que biologiste, la liberté d'accès à l'information dans le domaine des sciences me semble très semblable à la liberté d'accès au code source, tout comme les problèmes d'accès au code génétique séquencé (mais c'est un autre débat).
Bien que je ne sois pas sûr du succès de telles initiatives (pessimisme génétique), il serait intéressant qu'elles deviennent plus répandues. De telles initiatives sont très appréciées dans le domaine des sciences de la vie (voir aussi l'Open Access Initiative : http://www.soros.org/openaccess/(...) ). Malheureusement, les usages sont également bien ancrés ...
Voici un aperçu de la situation actuelle :
Pour le moment, tout scientifique voulant publier une découverte doit soumettre (à ses frais) un article à une revue scientifique. Celle-ci l'envoie à des pairs (système de peer review ; les pairs sont des scientifiques travaillant dans le domaine de l'article) qui vont lire cet article, le critiquer et, finalement, émettre un jugement sur l'opportunité de publier cet article dans la revue (les critères sont très variables). La qualité des articles publiés dans la revue va donner une certaine "aura" à la revue, les articles dans les revues prestigieuses seront plus souvent cités, le travail mieux reconnu, etc.
Le prestige des revues est recalculé chaque année et publié dans comme Impact Factor (maintenant Journal Citation Report : http://isiknowledge.com/(...) ). Ainsi, des revues prestigieuses comme Nature ou Science ont de grands facteurs d'impact (27 et 23), de plus "petites" revues en ont de plus petits (exemple : Brain Research = 2). A la fin de son mandat/contrat, le scientifique est évalué sur son nombre de publications et sur le facteur d'impact des revues dans lequel il a publié.
Et c'est ainsi que le système fonctionne. Alors, où est le problème ? Le scientifique publiant sa découverte a souvent travaillé avec des fonds publics (le privé ne publiant maintenant souvent qu'après être sûr de pouvoir commercialiser et/ou breveter la découverte). Or, le scientifique paie ses envois aux revues et aux pairs. Parfois, il est même obligé de s'inscrire dans une société savante pour pouvoir publier. Et, finalement, il doit signer un papier par lequel il donne tous ses droits (copyright, etc.) à la revue qui a accepté de le publier (*). Par un raccourci très rapide, la revue possède alors tous les droits sur des recherches pour lesquelles elle n'a rien du payer car les contribuables d'un pays l'ont fait pour elle.
Ce système est tout bénéfice pour la société éditrice. Ses frais sont (en gros) les suivants : payer l'imprimeur et le papier, payer des administratifs pour gérer la boîte et la sélection des pairs (les pairs sont rarement ou très peu rémunéré). Les rentrées proviennent des frais d'abonnement. Par exemple, les frais d'abonnement aux revues d'Elsevier coûte des millions d'Euros et cela augmente chaque année (au point qu'on doivent rogner sur le personnel pour continuer des abonnements). De plus, ces abonnements contiennent énormément de conditions : avec un livre acheté, vous pouvez faire ce que vous voulez ; pas avec une revue à laquelle vous vous abonnez.
Sa carrière étant basée sur ses publications, un scientifique aura légitimement peur de confier son article à une revue qui n'a pas de grand facteur d'impact, même s'il en retire des avantages par ailleurs. Et c'est le problème pour toutes les nouvelles revues ("gratuites" ou non) : il faut se faire un nom pour attirer les publications et pour se faire un nom, il faut des publications ...
(*) Pour éviter que le scientifique n'ait pas accès à son article s'il n'est pas abonné à la revue, cette dernière lui envoie des "reprints" (copie papier ou électronique de son article tel que publié). On tolère alors que l'auteur envoie ces reprints à ses collègues.
# Re: Naissance de deux revues scientifiques gratuites et libres
Posté par jepoirrier . En réponse à la dépêche Naissance de deux revues scientifiques gratuites et libres. Évalué à 10.
Bien que je ne sois pas sûr du succès de telles initiatives (pessimisme génétique), il serait intéressant qu'elles deviennent plus répandues. De telles initiatives sont très appréciées dans le domaine des sciences de la vie (voir aussi l'Open Access Initiative : http://www.soros.org/openaccess/(...) ). Malheureusement, les usages sont également bien ancrés ...
Voici un aperçu de la situation actuelle :
Pour le moment, tout scientifique voulant publier une découverte doit soumettre (à ses frais) un article à une revue scientifique. Celle-ci l'envoie à des pairs (système de peer review ; les pairs sont des scientifiques travaillant dans le domaine de l'article) qui vont lire cet article, le critiquer et, finalement, émettre un jugement sur l'opportunité de publier cet article dans la revue (les critères sont très variables). La qualité des articles publiés dans la revue va donner une certaine "aura" à la revue, les articles dans les revues prestigieuses seront plus souvent cités, le travail mieux reconnu, etc.
Le prestige des revues est recalculé chaque année et publié dans comme Impact Factor (maintenant Journal Citation Report : http://isiknowledge.com/(...) ). Ainsi, des revues prestigieuses comme Nature ou Science ont de grands facteurs d'impact (27 et 23), de plus "petites" revues en ont de plus petits (exemple : Brain Research = 2). A la fin de son mandat/contrat, le scientifique est évalué sur son nombre de publications et sur le facteur d'impact des revues dans lequel il a publié.
Et c'est ainsi que le système fonctionne. Alors, où est le problème ? Le scientifique publiant sa découverte a souvent travaillé avec des fonds publics (le privé ne publiant maintenant souvent qu'après être sûr de pouvoir commercialiser et/ou breveter la découverte). Or, le scientifique paie ses envois aux revues et aux pairs. Parfois, il est même obligé de s'inscrire dans une société savante pour pouvoir publier. Et, finalement, il doit signer un papier par lequel il donne tous ses droits (copyright, etc.) à la revue qui a accepté de le publier (*). Par un raccourci très rapide, la revue possède alors tous les droits sur des recherches pour lesquelles elle n'a rien du payer car les contribuables d'un pays l'ont fait pour elle.
Ce système est tout bénéfice pour la société éditrice. Ses frais sont (en gros) les suivants : payer l'imprimeur et le papier, payer des administratifs pour gérer la boîte et la sélection des pairs (les pairs sont rarement ou très peu rémunéré). Les rentrées proviennent des frais d'abonnement. Par exemple, les frais d'abonnement aux revues d'Elsevier coûte des millions d'Euros et cela augmente chaque année (au point qu'on doivent rogner sur le personnel pour continuer des abonnements). De plus, ces abonnements contiennent énormément de conditions : avec un livre acheté, vous pouvez faire ce que vous voulez ; pas avec une revue à laquelle vous vous abonnez.
Sa carrière étant basée sur ses publications, un scientifique aura légitimement peur de confier son article à une revue qui n'a pas de grand facteur d'impact, même s'il en retire des avantages par ailleurs. Et c'est le problème pour toutes les nouvelles revues ("gratuites" ou non) : il faut se faire un nom pour attirer les publications et pour se faire un nom, il faut des publications ...
Quelques liens pour approfondir la question :
- Un article long et fouillé sur la question (en français) : http://www.ulg.ac.be/libnet/spring/futur.htm(...)
- Un autre article en anglais : http://www.ensta.fr/~muguet/openaccess/(...)
- Le forum de Nature (opposé à l'open access, en anglais) : http://www.nature.com/nature/debates/e-access/(...)
- D'autres modèles économiques sont proposés, voir par exemple BioMed Central dans cet article : http://www.captaindoc.com/breves/breves08.html(...)
(*) Pour éviter que le scientifique n'ait pas accès à son article s'il n'est pas abonné à la revue, cette dernière lui envoie des "reprints" (copie papier ou électronique de son article tel que publié). On tolère alors que l'auteur envoie ces reprints à ses collègues.