Article fort intéressant. Mais qui plonge tout de même le lecteur dans un abîme de perplexité : pourquoi faut-il ainsi toujours, en quelque sorte, redécouvrir la roue ? La tendance des richesses à la concentration n'est-elle pas quelque chose de parfaitement connue ? Acquis depuis littéralement l'antiquité, au moins ? Pourquoi la chimère puérile de quelques illuminés — non-lecteurs d'Adam Smith notamment[*] — croyant qu'il y aurait une main invisible des marchés pour diriger efficacement l'économie doit-il toujours ressortir et être combattu ? Alors que d'Aristote à la théorie des jeux, quiconque se penche sur la question ne serait-ce que quelques instants découvre sans surprise cet effet de ruissellement vers les abysses de l'éthique[+] ?
[*] Le texte d'A.Smith mentionnant la main invisible se traduit en ces termes :
« Mais le revenu annuel de toute société est toujours précisément égal à la valeur échangeable de tout le produit annuel de son industrie, ou plutôt c'est précisément la même chose que cette valeur échangeable. Par conséquent, puisque chaque individu tâche, le plus qu'il peut, premièrement d'employer son capital à faire valoir l'industrie nationale, et deuxièmement de diriger cette industrie de manière à lui faire produire la plus grande valeur possible, chaque individu travaille nécessairement à rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la société. A la vérité, son intention, en général, n'est pas en cela de servir l'intérêt public, et il ne sait même pas jusqu'à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l'industrie nationale à celui de l'industrie étrangère, il ne pense qu'à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'à son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d'autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société, que s'il avait réellement pour but d'y travailler. Je n'ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, à travailler pour le bien général, aient fait beaucoup de bonnes choses. Il est vrai que cette belle passion n'est pas très commune parmi les marchands, et qu'il ne faudrait pas de longs discours pour les en guérir. »
Le lecteur même moyennement attentif y trouvera deux éléments à l'encontre de la doxa. D'une part il y serait plutôt question d'une main invisible dirigeant l'industrie (dans un sens générique certes), et d'autre part une critique embryonnaire de l'activité des marchés ; point de « main invisible du marché » donc.
[+] Conférer « Les politiques », Livre 1, Aristote.
[^] # Re: Le ruissellement se fait vers le haut
Posté par ǝpɐןƃu∀ nǝıɥʇʇɐW-ǝɹɹǝıԀ (site web personnel) . En réponse au lien En France, toujours plus de pauvres, les riches bien plus riches : ça ruisselle mais ça imbibe pas !. Évalué à 8.
Article fort intéressant. Mais qui plonge tout de même le lecteur dans un abîme de perplexité : pourquoi faut-il ainsi toujours, en quelque sorte, redécouvrir la roue ? La tendance des richesses à la concentration n'est-elle pas quelque chose de parfaitement connue ? Acquis depuis littéralement l'antiquité, au moins ? Pourquoi la chimère puérile de quelques illuminés — non-lecteurs d'Adam Smith notamment[*] — croyant qu'il y aurait une main invisible des marchés pour diriger efficacement l'économie doit-il toujours ressortir et être combattu ? Alors que d'Aristote à la théorie des jeux, quiconque se penche sur la question ne serait-ce que quelques instants découvre sans surprise cet effet de ruissellement vers les abysses de l'éthique[+] ?
[*] Le texte d'A.Smith mentionnant la main invisible se traduit en ces termes :
Le lecteur même moyennement attentif y trouvera deux éléments à l'encontre de la doxa. D'une part il y serait plutôt question d'une main invisible dirigeant l'industrie (dans un sens générique certes), et d'autre part une critique embryonnaire de l'activité des marchés ; point de « main invisible du marché » donc.
[+] Conférer « Les politiques », Livre 1, Aristote.
« IRAFURORBREVISESTANIMUMREGEQUINISIPARETIMPERAT » — Odes — Horace