Je pense que la plus grande crainte des majors n'est pas la perte de profits liée au piratage. La véritable raison, à mon avis, c'est que ces sociétés sont, fondamentalement, des intermédiaires entre les artistes et les consommateurs. Ils font un profit énorme en ponctionnant une taxe au passage, mais ils ne sont pas indispensables. Plus maintenant en tout cas.
Actuellement, le système marche encore, principalement par inertie. Je pense que leur véritable crainte est de voir un beau matin un artiste avoir du succés et gagner beaucoup d'argent en vendant directement ses chansons sur le net sans intermédiaire. Même à 1 le morceau l'artiste serait gagnant car il toucherait 100 % de la somme au lieu des cacahuètes auquel il a droit sur le prix d'un CD. Pour peu qu'il se mette à gagner vraiment de l'argent, d'autres suivraient et les majors n'auraient plus qu'à mettre la clé sous la porte.
En réfléchissant à cette possibilité, leur comportement est beaucoup plus clair :
1) Ils font toute la propagande qu'ils peuvent sur le thème mp3/graveur = pirate
2) Ils s'arrangent pour trouver quelques artistes pas bien futés et très bien payés et les utilisent pour leur propagande. Ils crient haut et fort que moins d'argent pour les majors=moins d'argent pour eux et la création musicale (ce qui manque singulièrement de cohérence car les artistes les plus piratés sont aussi les plus connus et n'ont plus ce problème de notoriété, tandis que les petits nouveaux, à peu près inconnus, sont sans doute beaucoup moins piratés et ne demandent qu'à se faire connaître).
Le plus triste dans tout ça, c'est de voir des artistes sincèrement convaincus que le piratage leur cause plus de tort que les majors, alors même qu'une politique de vente directe sur le net pourrait leur rapporter beaucoup plus que les miettes auxquelles ils ont droit.
Petit calcul rapide : disons qu'un artiste touche 10 % du prix de vente d'un CD (je ne connais pas le pourcentage exact, mais l'ordre de grandeur doit être correct), et comparons ses bénéfices avec une vente directe.
Pour un CD à 15 et 100 000 disques vendus (ce qui n'est pas trop mauvais), il doit toucher 15x100 000x0,1 = 150 000 . Le reste se partage entre les circuits de distribution et les majors. Maintenant, si tout se vend sur le net, la situation est différente. En mettant pour simplifier dix morceaux à 1 par disque, l'auteur peut espérer toucher 10 000 000 , et sans doute encore plus si on prend en compte le temps (les morceaux peuvent rester disponibles en ligne des années après qu'un distributeur classique les ait retirés du marché).
Pour simplifier, en vendant de la musique en ligne on a :
a) Un prix légèrement plus faible pour le consommateur
b) Des bénéfices potentiellement beaucoup plus élevés pour l'artiste, et
c) Plus rien pour les majors
Les majors se moquent pas mal de a) et b), mais certainement pas de c). Par contre, les artistes ne semblent pas encore avoir tous saisis la subtilité du point b)...
# Les majors sont des intermédiaires
Posté par Daneel . En réponse à la dépêche Musique et p2p : une autre vision. Évalué à 8.
Actuellement, le système marche encore, principalement par inertie. Je pense que leur véritable crainte est de voir un beau matin un artiste avoir du succés et gagner beaucoup d'argent en vendant directement ses chansons sur le net sans intermédiaire. Même à 1 le morceau l'artiste serait gagnant car il toucherait 100 % de la somme au lieu des cacahuètes auquel il a droit sur le prix d'un CD. Pour peu qu'il se mette à gagner vraiment de l'argent, d'autres suivraient et les majors n'auraient plus qu'à mettre la clé sous la porte.
En réfléchissant à cette possibilité, leur comportement est beaucoup plus clair :
1) Ils font toute la propagande qu'ils peuvent sur le thème mp3/graveur = pirate
2) Ils s'arrangent pour trouver quelques artistes pas bien futés et très bien payés et les utilisent pour leur propagande. Ils crient haut et fort que moins d'argent pour les majors=moins d'argent pour eux et la création musicale (ce qui manque singulièrement de cohérence car les artistes les plus piratés sont aussi les plus connus et n'ont plus ce problème de notoriété, tandis que les petits nouveaux, à peu près inconnus, sont sans doute beaucoup moins piratés et ne demandent qu'à se faire connaître).
Le plus triste dans tout ça, c'est de voir des artistes sincèrement convaincus que le piratage leur cause plus de tort que les majors, alors même qu'une politique de vente directe sur le net pourrait leur rapporter beaucoup plus que les miettes auxquelles ils ont droit.
Petit calcul rapide : disons qu'un artiste touche 10 % du prix de vente d'un CD (je ne connais pas le pourcentage exact, mais l'ordre de grandeur doit être correct), et comparons ses bénéfices avec une vente directe.
Pour un CD à 15 et 100 000 disques vendus (ce qui n'est pas trop mauvais), il doit toucher 15x100 000x0,1 = 150 000 . Le reste se partage entre les circuits de distribution et les majors. Maintenant, si tout se vend sur le net, la situation est différente. En mettant pour simplifier dix morceaux à 1 par disque, l'auteur peut espérer toucher 10 000 000 , et sans doute encore plus si on prend en compte le temps (les morceaux peuvent rester disponibles en ligne des années après qu'un distributeur classique les ait retirés du marché).
Pour simplifier, en vendant de la musique en ligne on a :
a) Un prix légèrement plus faible pour le consommateur
b) Des bénéfices potentiellement beaucoup plus élevés pour l'artiste, et
c) Plus rien pour les majors
Les majors se moquent pas mal de a) et b), mais certainement pas de c). Par contre, les artistes ne semblent pas encore avoir tous saisis la subtilité du point b)...