l’étape suivante est la perte de la formulation, c’est à dire la capacité à ordonner une pensée.
La chaîne YouTube Linguisticae a récemment sorti une vidéo sur la Novlangue. Le lien pointe directement sur la partie du vidéo qui démonte cette idée impossibilité à ordonner une pensée par la perte de la formulation.
Il ne faut pas voir un absolu dans ma phrase, tout comme la méthode globale n’a pas rendu toutes les générations l’ayant pratiquées absolument analphabètes. Le langage est un outil efficace pour structurer la penser. Par exemple la méthode globale tire moins parti de l’analyse syllabique que la méthode syllabique (par définition) et repose beaucoup plus sur la reconnaissance d’un lexique prédéfini que des mécanismes qui composent la langue au delà des limites de ce lexique. La faiblesse de l’exercice analytique exercé dans l’apprentissage peut se manifester dans d’autres domaines, et dans le langage, freiner l’extension du lexique et la découverte de nouvelles formes qui portent de nouvelles idées.
Je ne parlerait donc pas d’impossibilité à ordonner une pensée par la perte de tel ou tel outil de formulation que l’homme a mis des millénaires à développer. Cela serait d’ailleurs incongru car il a bien fallu ordonner préalablement une pensée pour établir le premier langage. Je ne peux cependant que reconnaître que ces outils ont été forgés précieusement et conservés pour leur utilité. Un peu comme les espèces, les outils de formulation sont soumis à une sélection. Le primitif « Hein ? » survit dans le langage courant, mais ce moyen d’expression qui est un langage à part entière ne survit pas vraiment dans les publications à comité de lectures.
Je ne m’inquiète pas que les générations futures perdent intégralement la pensée, je n’y crois pas du tout d’ailleurs, mais je m’inquiète qu’elles y éprouvent des difficultés parce que nous leur léguerions des outils dont nous n’aurions pas pris suffisamment soin, voire que nous aurions abîmé, ce qui pourrait causer un vocabulaire appauvri, des capacités analytiques moins exercées, des difficultés à lire de long exposés et à exprimer un discours et transmettre une pensée, etc.
J’ai découvert récemment la chaîne Cover in French (exemple) », j’ai pris une claque. Il y a souvent des commentaires qui disent « en français j’avoue que j’avais peur, de l’appréhension », d’autres que « en plus en français, vous n’êtes pas aidé ». Pour moi cette chaîne m’a définitivement convaincu que lorsque quelqu’un dit qu’il chante en anglais parce qu’en français ça sonne mal, c’est qu’il y a soit un défaut dans l’instrumentation, la performance vocale, l’arrangement, la production... ou la rédaction. Ce n’est pas d’exprimer ses sentiments ou de raconter des histoires en français qui sonne mal, c’est de les exprimer et les raconter dans le langage de tous les jours, comme on achète un poisson ou renvoie un téléprospecteur. La langue est un support, et un support fragilisé échoue plus facilement à transporter ce qu’il doit transporter.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
[^] # Re: Réponse éclairée faite à 2h du mat
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Écriture inclusive, féministes et Wikipédia. Évalué à 5.
Il ne faut pas voir un absolu dans ma phrase, tout comme la méthode globale n’a pas rendu toutes les générations l’ayant pratiquées absolument analphabètes. Le langage est un outil efficace pour structurer la penser. Par exemple la méthode globale tire moins parti de l’analyse syllabique que la méthode syllabique (par définition) et repose beaucoup plus sur la reconnaissance d’un lexique prédéfini que des mécanismes qui composent la langue au delà des limites de ce lexique. La faiblesse de l’exercice analytique exercé dans l’apprentissage peut se manifester dans d’autres domaines, et dans le langage, freiner l’extension du lexique et la découverte de nouvelles formes qui portent de nouvelles idées.
Je ne parlerait donc pas d’impossibilité à ordonner une pensée par la perte de tel ou tel outil de formulation que l’homme a mis des millénaires à développer. Cela serait d’ailleurs incongru car il a bien fallu ordonner préalablement une pensée pour établir le premier langage. Je ne peux cependant que reconnaître que ces outils ont été forgés précieusement et conservés pour leur utilité. Un peu comme les espèces, les outils de formulation sont soumis à une sélection. Le primitif « Hein ? » survit dans le langage courant, mais ce moyen d’expression qui est un langage à part entière ne survit pas vraiment dans les publications à comité de lectures.
Je ne m’inquiète pas que les générations futures perdent intégralement la pensée, je n’y crois pas du tout d’ailleurs, mais je m’inquiète qu’elles y éprouvent des difficultés parce que nous leur léguerions des outils dont nous n’aurions pas pris suffisamment soin, voire que nous aurions abîmé, ce qui pourrait causer un vocabulaire appauvri, des capacités analytiques moins exercées, des difficultés à lire de long exposés et à exprimer un discours et transmettre une pensée, etc.
J’ai découvert récemment la chaîne Cover in French (exemple) », j’ai pris une claque. Il y a souvent des commentaires qui disent « en français j’avoue que j’avais peur, de l’appréhension », d’autres que « en plus en français, vous n’êtes pas aidé ». Pour moi cette chaîne m’a définitivement convaincu que lorsque quelqu’un dit qu’il chante en anglais parce qu’en français ça sonne mal, c’est qu’il y a soit un défaut dans l’instrumentation, la performance vocale, l’arrangement, la production... ou la rédaction. Ce n’est pas d’exprimer ses sentiments ou de raconter des histoires en français qui sonne mal, c’est de les exprimer et les raconter dans le langage de tous les jours, comme on achète un poisson ou renvoie un téléprospecteur. La langue est un support, et un support fragilisé échoue plus facilement à transporter ce qu’il doit transporter.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes