J'ai eu un parcours en certains points similaire au tien : j'ai commencé à chercher du travail et à travailler dans l'informatique, et maintenant je fais autre chose.
Et mon premier travail en CDI (pour une SSII) m'a beaucoup usé. La charge de travail n'était pas du tout excessive, mais le boulot n'avait pas grand chose à voir avec ce qui m'avait poussé à m'intéresser à l'informatique. Je n'ai pas eu le courage de vouloir claquer la porte (dans ma génération, quand on a un CDI, on s'y accroche comme une moule à (削除) la trib (削除ここまで) un rocher), et on m'a cordialement accompagné vers la sortie (puisque la SSII, le client et moi-même étions arrivé à la conclusion que je n'avais pas vraiment ma place).
J'ai continué à chercher du travail dans l'informatique, sans trouver. Ça n'a pas été les plus beaux moments de ma vie : au chômage, dans une ville (agglo lyonnaise) radicalement différente de mon milieu d'origine (j'ai passé mon enfance et mon adolescence dans des anciennes fermes, au milieu de hameaux à la campagne), avec un sentiment d'échec professionnel et de décalage entre les valeurs de ma famille et de mon milieu d'origine, et le milieu que j'étais censé fréquenter en temps que geek urbain qui cherche un boulot dans l'informatique.
Jusqu'à ce que je sois coopté dans une PME d'assainissement, au départ pour y faire de l'informatique et donner des coups de main au bureau (saisir des milliers de documents papier dans une BDD, répondre aux clients, éditer des documents, relancer des clients qui ne paient pas..). L'entreprise manquant de main-d'oeuvre sur le terrain, je me suis retrouvé 95% du temps sur les chantiers, à exercer un travail manuel, dans un milieu beaucoup plus proche de mes racines. Je fais toujours un peu d'informatique,dans un cadre très différent de l'informatique "grands comptes/SSII". J'ai une totale autonomie, avec tout ce qui va avec : le risque de devoir faire 2H au bureau après 8H de chantier si je dois réparer en urgence, la difficulté de devoir guider un·e collègue par téléphone pour un petit dépannage, le plaisir d'être celui qui rédige la doc' et les procédures (et non celui qui essaie de les comprendre), la joie de continuer à choisir une bécane pièce par pièce et à l'assembler...
Si je peux me permettre de te donner quelques conseils :
Après un travail trop physique ne me conviendrait peut-être pas en raison de certains problèmes de santé (entre autres, problèmes de dos : rien de grave, mais des limites de ce genre à prendre en compte)
Je ne sais pas quel est ton état de santé, mais un travail physique modéré, pouvant nécessiter de l'endurance (cardio), ou le développement de certaines capacités (souplesse, savoir s'accroupir et se relever en gardant le dos droit) peuvent être meilleurs pour le dos que... rester assis toute la journée devant un écran. Par contre, ce n'est pas facile d'entrer dans le monde du travail par la petite porte de l'intérim, et de pouvoir dès le début être "menagé" physiquement. Si tu as un peu de capital d'avance, tu as la chance de pouvoir refuser une mission et/ou la quitter rapidement si tu sens que la pente est trop raide.
C'est en forgeant qu'on devient forgeron. Tu es peut-être plus visuel et habile que tu ne le penses, si tu as l'habitude de travailler avec un écran et un clavier. Si tu sais écrire rapidement, tu es capable de placer rapidement tes doigts au bon endroit. Tu apprendras plus facilement un métier où il faut (par ex.) mettre en place de petits objets à une cadence soutenue. Et il ne faut pas croire que le rythme c'est forcément "passer plusieurs heures d'affilée à faire un geste toutes les 3 secondes" : beaucoup de métiers ont des phases d'activité rapide/complexe/physique, suivies par des moments plus calmes, voire d'attente.
Enfin : si ton métier actuel a un lien avec des métiers physiques/manuels, je t'encourage à chercher d'abord du travail dans ces métiers-là (peut-être dans la même entreprise ?)
Tu auras toujours un peu plus de repères. Parfois même des coups d'avance surprenant pour des collègues bien plus anciens à ce poste. La possibilité, si ton poste actuel t'en donne un aperçu, de savoir lesquelles de ces foutues paperasses doivent être traitées avec autant de sérieux qu'un vrai outil, et lesquelles peuvent être signées d'une croix et fourrées au fond du sac qui contient les restes de casse-croûte.
Si tu retournes à ton métier d'informaticien, cette expérience ne peut qu'améliorer l'adéquation entre ton travail et les besoins du terrain.
Dans une société de plus en plus compartimentée et refermée en communautés et classes qui ont du mal à se parler et se comprendre, c'est une richesse incroyable de changer radicalement de métier et de milieu. Et la culture des milieux populaires est immensément riche : un chantier, c'est un endroit où peuvent travailler ensemble des dizaines de personnes qui n'habitent pas au même endroit, ne mangent pas la même chose, parfois ne parlent pas la même langue. Et pourtant, le chantier doit forcément se passer à peu près bien, et on perd vite les "bonnes manières" des milieux aisé, pour adopter des manières pratiques, des méthodes de communication efficaces : c'est plus facile de comprendre un maçon étranger pour savoir quelle partie du réseau nettoyer, que comprendre un donneur d'ordre qui parle français mais n'a jamais mis les pieds sur le chantier. Et je trouve que c'est plus facile d'être "différent" : de ne pas manger la même chose, de ne pas avoir les mêmes loisirs... il y a moins d'hypocrisie dans la façon de se parler. On gueule plus souvent (travailler dans le bruit n'aide pas), personne ne se formalise des expressions politiquement incorrectes, les décalages culturels sont traités avant tout avec du sens pratique, et pourtant les gens apprennent vite à se connaître, se faire confiance mutuellement, poser des limites et respecter celles des autres. Parce que le chantier doit se passer au moins à peu près bien : sinon, notre civilisation se serait écroulée depuis longtemps.
THIS IS JUST A PLACEHOLDER. YOU SHOULD NEVER SEE THIS STRING.
# Retour d'expérience
Posté par Grunt . En réponse au journal Changement de carrière.. Évalué à 10.
J'ai eu un parcours en certains points similaire au tien : j'ai commencé à chercher du travail et à travailler dans l'informatique, et maintenant je fais autre chose.
Et mon premier travail en CDI (pour une SSII) m'a beaucoup usé. La charge de travail n'était pas du tout excessive, mais le boulot n'avait pas grand chose à voir avec ce qui m'avait poussé à m'intéresser à l'informatique. Je n'ai pas eu le courage de vouloir claquer la porte (dans ma génération, quand on a un CDI, on s'y accroche comme une moule à
(削除) la trib (削除ここまで)un rocher), et on m'a cordialement accompagné vers la sortie (puisque la SSII, le client et moi-même étions arrivé à la conclusion que je n'avais pas vraiment ma place).J'ai continué à chercher du travail dans l'informatique, sans trouver. Ça n'a pas été les plus beaux moments de ma vie : au chômage, dans une ville (agglo lyonnaise) radicalement différente de mon milieu d'origine (j'ai passé mon enfance et mon adolescence dans des anciennes fermes, au milieu de hameaux à la campagne), avec un sentiment d'échec professionnel et de décalage entre les valeurs de ma famille et de mon milieu d'origine, et le milieu que j'étais censé fréquenter en temps que geek urbain qui cherche un boulot dans l'informatique.
Jusqu'à ce que je sois coopté dans une PME d'assainissement, au départ pour y faire de l'informatique et donner des coups de main au bureau (saisir des milliers de documents papier dans une BDD, répondre aux clients, éditer des documents, relancer des clients qui ne paient pas..). L'entreprise manquant de main-d'oeuvre sur le terrain, je me suis retrouvé 95% du temps sur les chantiers, à exercer un travail manuel, dans un milieu beaucoup plus proche de mes racines. Je fais toujours un peu d'informatique,dans un cadre très différent de l'informatique "grands comptes/SSII". J'ai une totale autonomie, avec tout ce qui va avec : le risque de devoir faire 2H au bureau après 8H de chantier si je dois réparer en urgence, la difficulté de devoir guider un·e collègue par téléphone pour un petit dépannage, le plaisir d'être celui qui rédige la doc' et les procédures (et non celui qui essaie de les comprendre), la joie de continuer à choisir une bécane pièce par pièce et à l'assembler...
Si je peux me permettre de te donner quelques conseils :
Je ne sais pas quel est ton état de santé, mais un travail physique modéré, pouvant nécessiter de l'endurance (cardio), ou le développement de certaines capacités (souplesse, savoir s'accroupir et se relever en gardant le dos droit) peuvent être meilleurs pour le dos que... rester assis toute la journée devant un écran. Par contre, ce n'est pas facile d'entrer dans le monde du travail par la petite porte de l'intérim, et de pouvoir dès le début être "menagé" physiquement. Si tu as un peu de capital d'avance, tu as la chance de pouvoir refuser une mission et/ou la quitter rapidement si tu sens que la pente est trop raide.
C'est en forgeant qu'on devient forgeron. Tu es peut-être plus visuel et habile que tu ne le penses, si tu as l'habitude de travailler avec un écran et un clavier. Si tu sais écrire rapidement, tu es capable de placer rapidement tes doigts au bon endroit. Tu apprendras plus facilement un métier où il faut (par ex.) mettre en place de petits objets à une cadence soutenue. Et il ne faut pas croire que le rythme c'est forcément "passer plusieurs heures d'affilée à faire un geste toutes les 3 secondes" : beaucoup de métiers ont des phases d'activité rapide/complexe/physique, suivies par des moments plus calmes, voire d'attente.
Enfin : si ton métier actuel a un lien avec des métiers physiques/manuels, je t'encourage à chercher d'abord du travail dans ces métiers-là (peut-être dans la même entreprise ?)
Tu auras toujours un peu plus de repères. Parfois même des coups d'avance surprenant pour des collègues bien plus anciens à ce poste. La possibilité, si ton poste actuel t'en donne un aperçu, de savoir lesquelles de ces foutues paperasses doivent être traitées avec autant de sérieux qu'un vrai outil, et lesquelles peuvent être signées d'une croix et fourrées au fond du sac qui contient les restes de casse-croûte.
Si tu retournes à ton métier d'informaticien, cette expérience ne peut qu'améliorer l'adéquation entre ton travail et les besoins du terrain.
Dans une société de plus en plus compartimentée et refermée en communautés et classes qui ont du mal à se parler et se comprendre, c'est une richesse incroyable de changer radicalement de métier et de milieu. Et la culture des milieux populaires est immensément riche : un chantier, c'est un endroit où peuvent travailler ensemble des dizaines de personnes qui n'habitent pas au même endroit, ne mangent pas la même chose, parfois ne parlent pas la même langue. Et pourtant, le chantier doit forcément se passer à peu près bien, et on perd vite les "bonnes manières" des milieux aisé, pour adopter des manières pratiques, des méthodes de communication efficaces : c'est plus facile de comprendre un maçon étranger pour savoir quelle partie du réseau nettoyer, que comprendre un donneur d'ordre qui parle français mais n'a jamais mis les pieds sur le chantier. Et je trouve que c'est plus facile d'être "différent" : de ne pas manger la même chose, de ne pas avoir les mêmes loisirs... il y a moins d'hypocrisie dans la façon de se parler. On gueule plus souvent (travailler dans le bruit n'aide pas), personne ne se formalise des expressions politiquement incorrectes, les décalages culturels sont traités avant tout avec du sens pratique, et pourtant les gens apprennent vite à se connaître, se faire confiance mutuellement, poser des limites et respecter celles des autres. Parce que le chantier doit se passer au moins à peu près bien : sinon, notre civilisation se serait écroulée depuis longtemps.
THIS IS JUST A PLACEHOLDER. YOU SHOULD NEVER SEE THIS STRING.