• [^] # Re: Je veux pas dire mais...

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Wikimedia pris en otage. Évalué à 9.

    Je ne veux pas parler à la place d'Ysabeau et ne répondrai donc pas directement (d'autant plus que je ne connais pas ses positions), mais je souhaite simplement soulever un point relatif à une confusion courante, ton commentaire m'en fournissant l'occasion.

    L'argument que tu soulèves est courant et repose à mon avis sur une erreur fondamentale qui est celle, pour parler prosaïquement, de la comparaison des carottes et des tomates.
    Dire que les immigrés sont des terroristes et que les hommes sont en position de domination ne relève pas du tout du même type de constat parce que dans un cas, on parle d'une identité, de l'autre d'un rapport social. "Terroriste" n'est pas un rapport social, mais une somme de caractéristiques, actuelles ou potentielles, et d'actes, que l'on attribue à un individu ou à un groupe. Pour dire les choses autrement, "terrorriste" est un état "statique".

    La question de la domination masculine ("les hommes sont en position de pouvoir") est relative à un rapport social, pas une identité, fut-elle collective. Il s'agit d'un rapport "dynamique". Bien entendu, "homme" peut également être une identité, mais ce n'est pas ce dont il s'agit ici. Et c'est là que la confusion opère : les considérations consistant à dire qu'en établissant le fait que les hommes sont en position de domination est une généralisation et qu'en fait, tous les hommes en tant qu'individus ne sont pas sexistes, n'ont pas de sens. En effet, il ne s'agit pas de juger les hommes en tant qu'individus dotés d'une identité donnée.

    Si je suis un homme, au regard de cette question, le fait que je sois sexiste ou non (ce qui, par ailleurs, paraît bien difficile à établir - je peux très bien, et c'est mon cas, me considérer comme non sexiste et, comme cela m'arrive très certainement, avoir des comportements sexistes malgré moi, à mon insu ou que je nie) n'a aucune importance. Quand bien même je ne serais absolument pas sexiste, je n'en disposerais pas moins d'un certain nombre d'avantages d'ordre divers : on m'écoute davantage, je peux couper la parole sans qu'on me reprenne, on attend davantage de moi que je réussisse socialement, j'ai plus de chances d'obtenir un entretien d'embauche, j'ai très peu de chances de subir des violences sexuelles, j'ai plus de chances d'être en position de négocier mon salaire, j'ai moins de chances d'être perçu comme égoïste, négligent ou défaillant si je préfère poursuivre mes activités personnelles plutôt que de faire le ménage ou m'occuper de mes enfants, etc.

    Ces avantages sont indépendants de ma volonté : j'en jouis par défaut que je le veuille ou non, le plus souvent sans même que j'en aie conscience, et ce même si je ne suis pas attaché à (ou que je n'ai pas du tout) une identité d'homme. Il ne s'agit pas d'attributs individuels : je suis perçu comme un homme et jouis donc des avantages que l'on prête au groupe auquel on me rattache : cela n'a rien à voir avec moi, mais avec l'ensemble auquel j'appartiens (malgré moi ou pas).