• [^] # Re: Compréhension réciproque

    Posté par . En réponse au journal Typographie et langues, mes ressources (quelques‐unes) à toutes fins utiles. Évalué à 3.

    Avec de l'habitude, on peut alléger la charge sur la mémoire à court terme en repérant automatiquement les motifs secondaires, comme les incises. Ceci dit, c'est un fait très recherché que la mémoire à court terme est assez limitée en capacité et que toute charge extrinsèque a un impact sur nos performances. Les incises et adjectifs superflus sont en concurrence avec le reste du contenu pour obtenir de la place dans la mémoire à court terme. Ce sont donc a priori des charges extrinsèques qui réduisent l'efficacité de la communication.

    Ces compétences dont tu parles peuvent réduire l'impact des charges extrinsèques, mais ne peuvent pas faire disparaître complètement les limites de notre cerveau. À un moment, le superflu passe par la mémoire court terme, bien qu'avec l'expérience on puisse le mettre de côté plus vite.

    Le style plus oral a des milliers d'années d'évolution pour justifier de son efficacité. Leur façon d'écrire ne repose ni sur l'évolution, ni sur une étude scientifique quelconque. Améliorer un texte en le rendant moins redondant et plus standard qu'une communication orale, c'est utile. Vouloir l'améliorer en produisant des phrases totalement éloignées de la communication naturelle... c'est osé :-)

    Par ailleurs, j'ai l'impression qu'ils parlent un peu sans savoir de quoi ils parlent. Par exemple :

    [...] il est important, pensons-nous, de rappeler qu’une idéologie, quelle qu’elle soit, n’a pas à prendre le pas sur la science, grammaticale en l’occurrence, telle qu’elle s’est constituée au cours de siècles d’un travail systématique [...]

    me pousse à croire qu'ils confondent la grammaire au sens normatif (prescriptif) avec la grammaire au sens linguistique (descriptif). Au sens normatif, c'est un code, un standard, au même titre qu'un protocole informatique. C'est une construction sociale utile pour faciliter les échanges à l'écrit et les communications officielles. Ce n'est pas une science, c'est de l'ingénierie. La grammaire au sens linguistique est une science qui étudie ce que les locuteurs natifs d'une langue reconnaissent comme correct, sans porter de jugement. Elle s'intéresse essentiellement à la grammaire de la langue parlée, acquise de façon principalement implicite par les enfants. Rien de systématique au cours des siècles là-dedans.

    Par exemple, une citation de Introductory Linguistics de Hayes :

    [...] speaking a language and knowing its structure are different things. In speaking a language, one uses thousands of grammatical rules without being aware of them; they speaking a language, one uses thousands of grammatical rules without being aware of them; they are "unconscious knowledge." Linguists attempt to make explicit this unconscious knowledge by looking closely at the data of language. That is, they attempt to make the "implicit knowledge" of native speakers into explicit knowledge.

    Obtenir ces connaissances implicites est difficile, car étant implicites, le locuteur natif ne peut pas les expliquer. La linguistique est une science plutôt jeune. Ceci dit, tout le monde est à peu près d'accord sur une chose : l'acquisition de la langue est un processus essentiellement implicite dans notre cerveau, elle ne requiert pas la connaissance explicite d'une grammaire. En fait, personne n'est encore capable de connaître explicitement la grammaire de sa propre langue, alors que n'importe quel enfant la connaît implicitement. C'est la dure réalité scientifique ; frustrant et merveilleux à la fois :-)