Le truc, c'est que le linguiste sait que chacun participe dans la création ou évolution d'une langue : empruntant du vocabulaire ici et là, oubliant certains vieux mots, appliquant des terminaisons à des mots existants, créant des expressions, échangeant avec des personnes parlant d'autres langues, appliquant des changements en phonologie (important, car au fond, une langue c'est avant tout donner du sens à des sons et on l'oublie facilement).
On sait qu'il suffit d'une génération pour créer une langue complète et complexe à partir d'un pidgin. En même temps, le concept de langue en lui-même ne représente qu'un éventail de langues mutuellement suffisamment compréhensibles. La langue idéalisée/officialisée des dictionnaires n'est pas l'une d'elles : on trouve dans les dictionnaires beaucoup de mots qui parlent moins à la plupart des français que « croiver » dans « je croive que je parle français ».
On peut essayer de standardiser un peu certaines choses (en particulier pour l'écriture) et c'est même une bonne chose, mais la prescription linguistique a ses limites : une langue, ce n'est pas un protocole informatique. Lorsque menée trop loin, la prescription crée des inégalités sociales artificielles en écartant de certains métiers/domaines/sociétés ceux qui ont moins bon niveau dans l'utilisation du standard au nom d'une hypothétique communication plus efficace, plus « pure ».
Le purisme en langue est, à mon avis, très similaire en substance au racisme : discrimination, hiérarchisation et le tout fondé sur une ignorance du sujet d'un point de vue scientifique. Malheureusement, il y a beaucoup moins de sensibilisation à ce sujet.
[^] # Re: En fait non
Posté par anaseto . En réponse au journal Vive l'insertion digitale. Évalué à 6.
Le truc, c'est que le linguiste sait que chacun participe dans la création ou évolution d'une langue : empruntant du vocabulaire ici et là, oubliant certains vieux mots, appliquant des terminaisons à des mots existants, créant des expressions, échangeant avec des personnes parlant d'autres langues, appliquant des changements en phonologie (important, car au fond, une langue c'est avant tout donner du sens à des sons et on l'oublie facilement).
On sait qu'il suffit d'une génération pour créer une langue complète et complexe à partir d'un pidgin. En même temps, le concept de langue en lui-même ne représente qu'un éventail de langues mutuellement suffisamment compréhensibles. La langue idéalisée/officialisée des dictionnaires n'est pas l'une d'elles : on trouve dans les dictionnaires beaucoup de mots qui parlent moins à la plupart des français que « croiver » dans « je croive que je parle français ».
On peut essayer de standardiser un peu certaines choses (en particulier pour l'écriture) et c'est même une bonne chose, mais la prescription linguistique a ses limites : une langue, ce n'est pas un protocole informatique. Lorsque menée trop loin, la prescription crée des inégalités sociales artificielles en écartant de certains métiers/domaines/sociétés ceux qui ont moins bon niveau dans l'utilisation du standard au nom d'une hypothétique communication plus efficace, plus « pure ».
Le purisme en langue est, à mon avis, très similaire en substance au racisme : discrimination, hiérarchisation et le tout fondé sur une ignorance du sujet d'un point de vue scientifique. Malheureusement, il y a beaucoup moins de sensibilisation à ce sujet.