• # Souvenirs du boy's club

    Posté par . En réponse au journal Pourquoi les femmes ont déserté l’informatique dans les années 1980. Évalué à 10. Dernière modification le 23 avril 2019 à 15:47.

    Nous étions dans les années 90, j'étais à peine ado, je n'avais pas encore internet, je lisais donc la presse. Le pirate informatique, quel super journal, en plus il y avait les bellaminettes qui ne manquaient pas de m'émouvoir. D'ailleurs les autres revues venaient aussi avec un CD-ROM qui contenait du porn, à débloquer à l'aide d'un code à obtenir sur le minitel. J'étais motivé pour voir les images sans payer bien sûr, et j'ai finis par trouver: il suffisait de déplacer les fichiers payants dans le bon répertoire. Ça n'a l'air de rien, mais au passage, j'ai commencé à comprendre ce qu'un programme faisait et comment le duper.

    Vint internet. Je lisais les newsgroups. On rigolait bien, j'y ai découvert le folklore geek: la bière, l'asociabilité, les barbes... Comment être un vrai et reconnu comme tel par ses pairs. J'y appris les joutes verbales ; les débats qui sont faits pour être gagnés, les arguments portés avec véhémence, la mauvaise foi et le dénigrement de l'adversaire d'un jour, tout ça pour de rire... Je me marrais en lisant le site copinedegeek, où l'on pouvait apprendre qu'être la petite amie d'un geek, c'est avoir plein de place dans l'armoire pour les fringues que le geek peut payer. C'était de l'humour bien sûr.

    Au lycée, j'achetai mon premier compilateur avec un ami. Il s'appelait "CodeWarrior", avec un type bien viril sur la boîte, et des couleurs de travaux publics comme charte graphique. J'aimais bien cette image.

    Les études ; mes camarades et moi, nous mettions des jolies filles dessinées en fond d'écran. Avec mon terminal transparent, je pouvais en profiter tout le temps. Et puis les publicités pour windev... On ne les jetait pas tout de suite celles-là. Des collègues faisaient leur propre site de porn, à 18 ans, au moment de la bulle internet. On jouait aux jeux vidéos avec des personnage féminins particulièrement chatoyant pour nous yeux. On notait et classait les femmes. On avait peu de contact avec les quelques filles de la promo, elles restaient dans leur coin, on les trouvait austères et peu sympathiques.

    Lors de mon premier travail, la seule femme de la boîte qui codait, fraîchement arrivée, a été harcelée par le directeur. Elle s'est confiée à moi, mais je n'ai pas vraiment réagi. Je ne trouvais pas ça normal, je lui ai dit, mais c'est tout...

    Aujourd'hui, après plus de 10 ans de travail, toujours dans le code, je n'ai eu qu'une seule collègue femme, à un poste similaire au mien, que pendant 4 mois. Sur 10 ans. Elle était douée mais ne s'est pas intégrée à l'ambiance. On ne l'a pas gardée.