• [^] # Re: Information extraordinaire

    Posté par . En réponse à la dépêche « Hygiène mentale » : une chaîne de vidéos sur l’esprit critique, sous licence de libre diffusion. Évalué à 2.

    Pour un sujet donné, si mon curseur est à 20 % et que le tient est à 80 % c'est que notre première exposition n'est pas la même, et que les informations suivantes sont légères.

    C'est un cas fréquent, en effet : ceci dit, ça reste un cas justement important dans le cadre de l'esprit critique, car dans certains domaines importants, mais difficiles à caser dans un labo, on n'a d'habitude accès qu'à des informations relativement légères (reproductibilité difficile, vérification de première main impossible, indépendance des sources difficile à établir, etc.), or il faut pourtant essayer de se faire une opinion sur la probabilité d'un fait et non seulement des faits passés, mais des faits à venir : dans ces cas-là c'est souvent même plus intéressant, car on peut potentiellement avoir encore un impact sur la probabilité d'un fait à venir (bon, j'avoue qu'en pratique c'est rare).

    Plus que « première exposition n'est pas la même » et « informations suivantes sont légères », le cas où l'esprit critique me semble particulièrement crucial, je pense, est celui où les informations spécifiques à un fait sont intrinsèquement légères (au sens ci-dessus), mais que l'on a eu une longue exposition de faits (au fond relativement les mêmes, mais sur une très longue période et dans des environnements parfois différents) qui nous permettent de malgré tout placer un curseur quelque part à l'aide d'une petite poignée d'informations (via notre compréhension personnelle de comment marche la société, l'économie, la psychologie humaine, etc.).

    Exemples concrets de faits où l'on peut voir un intérêt à placer le curseur avant qu'il soit possible d'avoir des informations spécifiques fiables : « probabilité que le Brexit se réalise » (plus approximation de comment et quand), « probabilité que le gouvernement Grec respecte le référendum », « probabilité d'existence d'armes de destruction massive dans un pays X », « probabilité qu'une mesure spécifique X du programme soit réalisée », etc. pour lesquelles, par manque d'information spécifiques fiables/vérifiables à elles-seules, on va essayer d'estimer leur fiabilité à l'aide de la probabilité que l'on donne à d'autres faits, comme « parmi les parties en conflit d'intérêt, laquelle a le plus d'influence », « probabilité qu'un dirigeant élu respecte ses électeurs », etc., or ces derniers faits vont offrir une grande variance dans les estimations.

    Notons que, effectivement, discuter de faits où les informations sont légères peut conduire à des discussions improductives : cependant, dans ces cas-là, ce qui est intéressant ce n'est pas de s'enliser dans une conversation sur le fait spécifique, mais plutôt d'essayer d'identifier les faits divergents qui conduisent à placer le curseur différemment sur ce fait spécifique : par exemple, identifier « probabilité qu'un dirigeant élu respecte ses électeurs » (parfois des variantes dans des situations plus ou moins spécifiques de cet énoncé) comme principal axiome fautif dans plus d'un cas m'a aidé à comprendre pourquoi, malgré un accès à des informations spécifiques identiques ou presque sur un sujet et une façon similaire d'appliquer la méthode, on peut en arriver à des balances/conclusions/résultats très différents sur un fait spécifique.

    Je suis d'accord, cependant, que c'est quelque chose qui arrive beaucoup moins lorsque la personne a accès à des informations plus concrètes auxquelles elle peut plus facilement faire confiance. Par exemple, pour des personnes vivant dans un environnement pas trop différent (« en France » par exemple), la probabilité de « on peut faire confiance à une personne au hasard dans la rue » est probablement relativement élevée pour la plupart (après, il y a par contre des différences significatives sur est-ce qu'une certaine probabilité donnée, même faible, est vue comme acceptable ou non, mais là, on rentre bien dans le subjectif).