• [^] # Re: En effet, mais on parle aussi de libre parfois ici

    Posté par . En réponse au journal Le Guide du Voyageur Galactique a enfin un successeur : Pixel !. Évalué à 7.

    Peut-être qu'à un moment il faut se dire qu'il y a trop? On parle de milliers de nouveaux ouvrages par an, est-ce utile à la société?

    Quelques milliers, en fonction du point de vue, ce n'est pas tant que ça : il y a clairement des centaines de milliers de lecteurs, voire des millions, donc techniquement un public pourrait exister — et existe souvent — pour bon nombre de ces livres, ce public est juste insuffisant d'un point de vue économique pour la plupart (que ce soit du fait des difficultés à se faire connaître et donc distribution inégale, ou simplement d'une demande insuffisante). Individuellement, un auteur sans succès a de bonnes chances de contribuer au bonheur de juste quelques dizaines ou centaines de personnes, mais, tous ensemble (c'est-à-dire la grande majorité des auteurs), ces auteurs contribuent, à mon avis, à la diversité de façon essentielle.

    Appliquer la loi de l'économie de marché à cette diversité qui n'a pas de sens économique d'exister, c'est un peu comme appliquer la loi du plus fort dans l'évolution, c'est peut-être le plus facile à faire, mais ce n'est pas satisfaisant (de mon point de vue). C'est applicable à d'autres domaines, certains reconnus comme méritant un traitement particulier non « naturel », comme la recherche ou les pompiers, d'autres non (genre nettoyer les forêts pour réduire les risques d'incendie se fait pas assez, car pas rentable dans l'économie de marché).

    Et ne pas oublier que dans le logiciel, la grande majorité des développeurs (libre ou pas) n'ont pas plus que de quoi se payer un café, pour les mêmes raisons.

    Hm, si j'aurais pu facilement trouver beaucoup de points négatifs à trouver dans le métier de développeur (être auteur est sans doute souvent plus créatif, reposant et meilleur pour la santé), je n'aurais pas pensé au revenus en premier :-)

    Je suis bien d'accord, mais justement il faudrait peut-être en débattre plutôt que de rejeter viscéralement le libre, voir ce qu'on peut en faire. Je ne dis pas que c'est simple, mais en tant que développeur libre (je suis nul en écriture de mots ou dessins) j'en chie aussi et c'est je trouve un peu trop facile de balancer que le libre n'est pas à regarder.

    Oh, mais moi je ne rejette pas viscéralement le libre, je serais juste plutôt partisan de considérer également la possibilité de se contenter du RSA (ou de travailler un minimum à côté) afin de pouvoir s'y consacrer, plutôt que d'essayer à tout prix de réussir à caser ça dans l'économie de marché, car ce n'est pas un truc pour tout le monde : compétences annexes (marketting et étude du marché sont des métiers à part, ça plaît pas à tout le monde), restreint ta créativité (il faut se guider par le marché, donc se limiter aux trucs où la demande est suffisante, etc.).

    Désolé, mais des gens qui savent écrire, il y en a plein (on est des milliards sur Terre...) et ceux qui sortent du lot sont ceux qui ont "quelque chose en plus".

    Ceux qui sortent du lot (au sens rentables, je suppose ?) sont ceux qui ont su avoir plusieurs atouts à la fois : un minimum de qualité, une bonne publicité, un thème avec public large disposé à payer et un minimum de chance même avec tout le reste. À elles seules, ces œuvres contribuent de façon assez minimale à la diversité. Même certaines œuvres qui sortent du lot, le font une fois l'auteur mort depuis longtemps, ou bien vingt ans après leur création, vingt ans pendant lesquels l'auteur a fait ça sachant que l'économie ne l'y encourage pas. Qui sait combien de petites merveilles se perdent en chemin du fait d'une société peu propice au soutien de la créativité ? Sans compter toutes celles qui ne se perdent pas vraiment et réussissent au moins à atteindre une centaines de personnes qui par la suite peut-être créeront d'autres choses qui s'en inspirent.

    Tu peux, car le revenu universel n'est pas vraiment basé sur cette idée, juste d'avoir de quoi tenter sans avoir peur. Tenter de faire de l'art, pourquoi pas, mais dire que le revenu universel sert à arrêter de penser à comment rentabiliser un travail est donner des munitions aux anti-revenu universel. dit plutôt que ça permet de tenter des approches différentes.

    Sauf que ce n'est pas comme ça que je vois la chose : cette idée de "tenter" rapporte tout à l'idée d'espérer rentabiliser l'activité dans l'économie de marché, comme si seulement ce qui réussit à remplir cet objectif contribue significativement à la société et tout le reste se doit de cesser d'exister par les lois de la nature. Pour moi le revenu universel pourrait permettre simplement aux êtres humains de créer tout en dépassant les restrictions de l'économie de marché et cette disparité qu'elle crée et dont tu parles plus bas entre les "premiers" et les "autres", et qui affecte en effet pas uniquement l'art (c'est juste très visible dans la plupart des arts).

    A noter que pas mal d'artistes sont tombé sur l'auteur libre qui avait de plus en plus de succès en le traitant de traître car il demandait moins qu'eux à l'éditeur physique, sans vraiment s’interroger sur le pourquoi et comment, juste car il faisait pas pareil que le système habituel, ce système qu'ils critiquent car pas rémunérateur d'après eux, gloups pour l'ouverture d'esprit et la curiosité sur une tentative de faire différemment.

    Je suis bien d'accord, mais ce n'est absolument pas surprenant : les artistes sont souvent bons dans leur métier, mais ils sont souvent à la ramasse pour ce qui est de rentabiliser leur activité (ce qui est normal) et, étant humains, certains réagissent négativement par l'envie, la peur, la jalousie, l'intolérance etc. dès qu'ils ne comprennent pas quelque chose ou qu'ils pensent que quelqu'un d'autre leur vole quelque chose. Mais tout ça, bien que malheureux, est assez orthogonal au problème en soi (mais ça n'aide pas, on est d'accord).

    Ca peut pour le moment être "on en parle mais on a pas trouvé de bonne idée pour", j'aurai trouvé normal cette réponse qu'aurait pu faire l'auteur plutôt que de sous-entendre que le libre est par définition de la merde et qu'une personne trouvant dommage que ce ne soit pas libre

    Je suis d'accord, c'est pour ça, qu'en attendant, j'aurais tendance à conseilleur aux auteurs de se passer de maison d'édition, auto-éditer pour conserver les droits et se réserver la possibilité de passer au libre si un jour ils voient comment faire et ça leur paraît raisonnable. Ceci dit, je dis « tendance à conseiller », car c'est un truc sensible, pour certains passer par une maison d'édition sera bénéfique, pour beaucoup d'autres ça ne changera rien, pour certains l'auto-édition sera plus efficace, c'est pas évident à prévoir et dépend aussi beaucoup des compétences (beaucoup d'auteurs savent écrire mais manquent de connaissances techniques/relecteurs pour faire eux-même une publication).

    Ce que j'ai trouvé dommage dans la présentation faite de ce livre dans le journal, c'est que je ne vois pas de lien avec les moules ici (en théorie plus intéressés par le libre que par nommer "Pixel" et "Linus" des personnages et en parlant d'un méchant qui contrôle tout, tout en ayant son site web principal avec une URL Facebook sous une excuse fallacieuse), du coup on a un livre présenté qui ressemble aux milliers d'autres qui existent déjà ou sortent en même temps

    En effet, mais dis-toi que lorsqu'il s'agit d'un auteur publié par une des plus grandes maisons d'édition, ce genre de pub est beaucoup plus généralisé et beaucoup moins critiqué : le journal n'est clairement pas du spam, c'est un geek linuxfrien qui partage ici juste parce que c'est un site qu'il connait bien, je suppose, et qu'il s'agit d'une occasion particulière pour lui (c'est le côté journal/blog de linuxfr), perso je trouve ça bien et trouve même limite dommage qu'il ait besoin de tout un paragraphe introductif pour se justifier, un simple « Je veux partager avec mes chers linuxfriens un truc important pour moi » me semblerait ok (ça me gênerait beaucoup plus que quelqu'un vienne ici faire de la pub pour le dernier prix goncourt ou autre truc du genre qui a déjà suffisamment de lecteurs et que je ne lirai donc probablement jamais).

    PS : merci d'avoir relevé le niveau de l'échange :). bon, j'ai trop écrit, mais j'avais envie de réagir à la facilité de "l'art est le seul endroit qui ne paye pas et son système est pourri" trop stéréotype...

    Bon, pour compenser, j'ai trop écrit aussi :-)