• [^] # Re: Oui, attaquons nous au problèmes importants !

    Posté par . En réponse au journal Le moment crucial. Évalué à 9.

    Pour parler d'hypercorrection, il ne te suffit pas de considérer l'expression seule: tu dois faire en plus l'hypothèse que la personne qui écrit "essaie de pallier l'insécurité linguistique qu'il ressent" (pour reprendre la formulation de wikipedia).

    Je ne trouve pas cette définition en dehors de Wikipédia, je pense qu'elle est fautive. Universalis dit "en linguistique, fait de reconstruire d'une manière erronée une forme qu'on croyait altérée", Linternaute dit "Usage fautif (généralement grammatical), d'une langue, par envie de s'exprimer de façon soutenue ; c'est-à-dire parler incorrectement à trop vouloir parler correctement. ", et les définitions de Google (qui viennent d'on ne sait où) disent "1. Reconstruction fautive d'une forme linguistique produisant une forme supposée correcte. 2. Le fait de produire des formes linguistiques anormales ou fautives par souci de manifester une maîtrise du discours signalant un statut social valorisé.".

    Bref, on a une acceptation factuelle (erreur d'orthographe et de grammaire en appliquant une règle "trop compliquée") et une explication sociale ("dans le but de s'exprimer dans un registre de langage élevé"), mais rien ne dit que le registre de langage n'est pas le sien (insécurité). C'est plus une forme de pédantisme (tu veux te placer au dessus des autres, ou tu veux singer le registre élevé sans forcément le maitriser) que d'insécurité.

    De toutes manières, il est souvent difficile de caractériser l'hypercorrection. Par exemple, j'ai toujours considéré le stupide "au temps pour moi" comme un exemple d'hypercorrection, ou du moins d'un pédantisme extrême (correction de la forme naturelle "autant pour moi", qui n'a rien d'erronnée). D'ailleurs, j'ai un vrai doute sur cette formule ; la forme "au temps pour moi" n'apparait jamais dans les archives avant sa publication sur le site de l'académie française, et je me suis toujours demandé si ça n'était pas une expérience pour analyser l'influence de l'académie. Ça serait le cadre parfait, on est dans un contexte où l'intégralité de la francophonie utilise "autant pour moi", c'est une expression principalement orale qui a peu été utilisée dans la litérature classique, son origine est suffisamment floue pour rendre des interprétations variées crédibles, et la formule est suffisamemnt employée pour que tout le monde la connaisse, mais pas commune au point où tout le monde trouverait un changement farfelu. Là-dessus, tu proposes une étymologie fantaisiste, avec quelques éléments un peu crédibles (sans être franchement convainquants), et tu laisses mijoter, sans trop intervenir. D'ailleurs, on se demande bien qui a bien pu demander à l'académie comment s'écrivait "autant pour moi" à une époque où personne n'avait aucun doute sur la forme correcte! Et à partir de la publication, l'info se répand d'abord sur les forums de linguistique, et elle est ensuite propagée par tous les "grammar nazis". Ça reste une hypothèse, hein, mais le contexte et les données de Google ngram la rendent quand même vraisemblable. Ça montrerait quand même l'infuence des grammar nazis sur l'évolution d'une langue!