On vit dans un monde assez bizarre si cette phrase puisse être comprise comme une insulte :-)
Tu pars du principe que le rapport de force économique est forcément juste et justifié.
Un rapport de force n'a aucune raison d'être juste. Il est. Est-ce que le fait que les lions mangent les gazelles est juste? Est-ce que le fait que seul le mâle dominant se reproduise chez les gorilles est juste?
Ce que la loi peut faire, c'est de changer les conditions du rapport de force pour le rendre plus avantageux pour une des parties. Mais l'existence du rapport de force en lui-même, tu n'y peux pas grand chose. En plus, en général, si le compromis est trop artificiel, le rapport de force disparait, et tout le monde y perd. Par exemple, le rapport de force entre la main d'œuvre non-qualifiée et les entreprises, en France, est devenu artificiel dans certains secteurs, du fait de l'existence de garanties sociales (salaire minimal, accords de branches, etc) qui rendaient l'activité économique non-viable. Le résultat, c'est la délocalisation. C'est une conséquence (qu'on doit assumer) de la régulation de certains rapports de force.
L'éditeur te dit c'est 8% (souvent c'est moins) et le reste j'en fait ce que je veux, si tu n'es pas content, tu peux prendre la porte.
Et la seule raison pour laquelle tu ne prends pas la porte, c'est que les autres éditeurs ne te proposent pas mieux. La question, c'est pourquoi? Tu as l'air de supposer qu'il existe une entente déloyale entre éditeurs, comme celle qui a causé la stagnation des prix des abonnements téléphoniques dans les années 2000. Une telle entente était illégale, et les opérateurs ont payé de lourdes amendes. Ironiquement, ces amendes sont justifiées par le dogme libéral de la concurrence libre et non-faussée (c'est donc paradoxal de fustiger à la fois le capitalisme et le libéralisme, qui sont en opposition frontale sur ce genre de sujets).
Si tu penses que c'est possible d'offrir 40% du prix de vente aux auteurs, pourquoi ne pas créer une maison d'édition qui fonctionne comme ça? Tous les auteurs à succès iraient chez toi, et tu écraserais la concurrence.
Peut-être qu'en effet, les éditeurs pourraient, s'il étaient contraints, offrir 10%, ou 15%, aux auteurs, je n'en sais rien. Ça réduirait leurs marges, leurs bénéfices, la rémunération des actionnaires, qui prétendraient automatiquement que gna gna gna, ça va nuire à leur capacité d'investissement, sur la pérennité du modèle à long terme, etc. Mais de toutes manières, pourquoi ils feraient ça? De la même manière que les auteurs ne voudraient pas aller dans une maison d'édition qui leur donnerait 2% du prix de vente, les propriétaires des maisons d'édition ne veulent pas donner 15% aux auteurs. Comment voudrais-tu régler ce conflit? En faisant intervenir l'État? À la première crise du livre, le compromis risquerait de devenir intenable pour l'une ou l'autre des parties, on renégocie, on refait intervenir l'État? Ou bien on te nomme «juste de chez juste», et c'est toi qui, au coup par coup, va déterminer ce qui est la juste rémunération des auteurs?
tu payais ton abonnement Orange, Bouygues ou SFR très cher. Tu étais sans doute très mauvais en négociation.
Le résultat, c'est que maintenant, on paye nos abonnements "low cost" sous le prix de revient (bah oui, à 2€ par mois, ça ne doit même pas payer l'alimentation électrique des antennes-relai...). Pas besoin d'être grand clerc pour voir que ça ne mène pas à grand chose ; quand les actionnaires vont voir que les parts de marché se stabilisent et que le nombre d'abonnés stagne, entrainant également une stagnation de la capitalisation boursière, ils vont vouloir tirer des dividendes de leurs actions qui ne prennent plus de valeur. Et là, paf, on va faire semblant de s'étonner de pratiques agressives (augmentation du prix des abonnements, dégraissage de personnel).
[^] # Re: La FSF défend le logiciel libre, pas le libre
Posté par arnaudus . En réponse au journal La FSF n-a-t-elle rien compris au libre ?. Évalué à 1.
On vit dans un monde assez bizarre si cette phrase puisse être comprise comme une insulte :-)
Un rapport de force n'a aucune raison d'être juste. Il est. Est-ce que le fait que les lions mangent les gazelles est juste? Est-ce que le fait que seul le mâle dominant se reproduise chez les gorilles est juste?
Ce que la loi peut faire, c'est de changer les conditions du rapport de force pour le rendre plus avantageux pour une des parties. Mais l'existence du rapport de force en lui-même, tu n'y peux pas grand chose. En plus, en général, si le compromis est trop artificiel, le rapport de force disparait, et tout le monde y perd. Par exemple, le rapport de force entre la main d'œuvre non-qualifiée et les entreprises, en France, est devenu artificiel dans certains secteurs, du fait de l'existence de garanties sociales (salaire minimal, accords de branches, etc) qui rendaient l'activité économique non-viable. Le résultat, c'est la délocalisation. C'est une conséquence (qu'on doit assumer) de la régulation de certains rapports de force.
Et la seule raison pour laquelle tu ne prends pas la porte, c'est que les autres éditeurs ne te proposent pas mieux. La question, c'est pourquoi? Tu as l'air de supposer qu'il existe une entente déloyale entre éditeurs, comme celle qui a causé la stagnation des prix des abonnements téléphoniques dans les années 2000. Une telle entente était illégale, et les opérateurs ont payé de lourdes amendes. Ironiquement, ces amendes sont justifiées par le dogme libéral de la concurrence libre et non-faussée (c'est donc paradoxal de fustiger à la fois le capitalisme et le libéralisme, qui sont en opposition frontale sur ce genre de sujets).
Si tu penses que c'est possible d'offrir 40% du prix de vente aux auteurs, pourquoi ne pas créer une maison d'édition qui fonctionne comme ça? Tous les auteurs à succès iraient chez toi, et tu écraserais la concurrence.
Peut-être qu'en effet, les éditeurs pourraient, s'il étaient contraints, offrir 10%, ou 15%, aux auteurs, je n'en sais rien. Ça réduirait leurs marges, leurs bénéfices, la rémunération des actionnaires, qui prétendraient automatiquement que gna gna gna, ça va nuire à leur capacité d'investissement, sur la pérennité du modèle à long terme, etc. Mais de toutes manières, pourquoi ils feraient ça? De la même manière que les auteurs ne voudraient pas aller dans une maison d'édition qui leur donnerait 2% du prix de vente, les propriétaires des maisons d'édition ne veulent pas donner 15% aux auteurs. Comment voudrais-tu régler ce conflit? En faisant intervenir l'État? À la première crise du livre, le compromis risquerait de devenir intenable pour l'une ou l'autre des parties, on renégocie, on refait intervenir l'État? Ou bien on te nomme «juste de chez juste», et c'est toi qui, au coup par coup, va déterminer ce qui est la juste rémunération des auteurs?
Le résultat, c'est que maintenant, on paye nos abonnements "low cost" sous le prix de revient (bah oui, à 2€ par mois, ça ne doit même pas payer l'alimentation électrique des antennes-relai...). Pas besoin d'être grand clerc pour voir que ça ne mène pas à grand chose ; quand les actionnaires vont voir que les parts de marché se stabilisent et que le nombre d'abonnés stagne, entrainant également une stagnation de la capitalisation boursière, ils vont vouloir tirer des dividendes de leurs actions qui ne prennent plus de valeur. Et là, paf, on va faire semblant de s'étonner de pratiques agressives (augmentation du prix des abonnements, dégraissage de personnel).